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Farhat Hached, 60 ans après , ouvrir les archives françaises

le 6 décembre 2012


Pouria Amirshahi, député de la Neuvième circonscription des Français de l’Étranger et Secrétaire de la Commission des Affaires étrangères à l’assemblée Nationale, Secrétaire national du Parti socialiste en charge des Transitions démocratiques et de la Francophonie, veut obtenir des autorités françaises l’ouverture des archives secrètes sur l’assassinat du syndicaliste tunisien Farhat Hached en 1952.

Point Historique…

Le 5 décembre 1952, Farhat Hached, dirigeant et fondateur de l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail), fut assassiné. La Tunisie était alors encore un protectorat français.

Dès 1946, Hached inscrit le mouvement syndical dans la lutte pour l’indépendance. Autonome et indépendant, il est un appui important et fidèle pour le mouvement national animé et dirigé par Néo Destour (parti politique tunisien de 1934 à 1964). Les grèves, les mouvements de protestations et les manifestations de rue se multiplient pour réclamer l’indépendance et l’amélioration des conditions de vie et de travail des Tunisiens. L’UGTT, sous la direction de Hached, joue un rôle primordial dans le déclenchement, l’encadrement des mouvements et la radicalisation des revendications populaires.

L’année 1952 voit l’échec des négociations directes entre les gouvernements français et les nationalistes tunisiens, suivi de la répression : arrestation d’Habib Bourguiba et de tous les leaders nationalistes, départ de Salah Ben Youssef, instauration du couvre-feu et de l’état d’urgence, interdiction de toute activité politique, actions de ratissages menées par la Légion étrangère, destitution du gouvernement de M’hamed Chenik. Dans ce contexte, l’UGTT se retrouve en première ligne en assumant la responsabilité de diriger la résistance politique et armée contre les autorités du protectorat. En effet, elle reste protégée par la loi sur les libertés syndicales et le soutien de la CISL, des syndicats américains ainsi que des démocrates qui sont alors au pouvoir aux Etats-Unis. Leader du mouvement national et chef de la résistance, Hached organise secrètement les groupes d’activistes dans les locaux de l’UGTT pour mener des attaques armées contre les symboles de l’autorité française. Il mène également des actions de grèves et de mobilisations malgré l’arrestation de plus de 20 000 personnes.

Il devient alors l’homme à abattre en raison du danger qu’il représente pour les intérêts de la colonisation en Tunisie et en Afrique du Nord en général.

Au matin du 5 décembre 1952, une opération de guet-apens est exécutée pour éliminer Hached. Une première voiture le suit, à la sortie de Radès, ville de la banlieue sud de Tunis où il habite. Des rafales de mitraillettes sont tirées de la voiture qui s’enfuit à tout allure. Blessé à l’épaule et à la main, Hached trouve la force de quitter sa voiture. Quelques instants plus tard, une deuxième voiture apparaît avec trois hommes à bord ; s’apercevant qu’il vit encore, ils s’en approchent et l’achèvent d’une balle dans la tête avant de le jeter à moins d’un kilomètre au bord de la route.

À midi, la radio annonce sa mort qui provoque un soulèvement dans tout le pays ainsi que des manifestations à Casablanca, au Caire, à Damas, à Beyrouth, à Karachi, à Jakarta, à Milan, à Bruxelles et à Stockholm. Le journal socialiste Nord-Matin titre dans son numéro 2572 : «Émeutes sanglantes à Casablanca. 40 morts et nombreux blessés. Après l’assassinat de Farhat Hached et les maladresses du résident, les troubles s’étendent à l’Algérie et au Maroc».

Des «conditions du crime pas totalement élucidées», selon Pouria Amirshahi

«À ce jour, les conditions de ce crime n’ont toujours pas été élucidées et les responsables n’ont pas été rigoureusement identifiés. À l’instar du Président de la République François Hollande, je crois qu’il est temps de jeter un « regard lucide » sur notre histoire coloniale. Je demanderai dans les prochains jours au gouvernement français l’ouverture des dernières archives qui permettraient enfin de faire la lumière sur cet assassinat.

Soixante après cet évènement tragique, je veux également rendre hommage au syndicalisme tunisien qui s’est régulièrement illustré par son rôle central en faveur de la démocratie et des libertés pour le peuple tunisien, depuis l’Indépendance jusqu’au printemps 2011. Aujourd’hui encore, plus d’un an après la Révolution, l’UGTT reste la maison du peuple.», a déclaré le député PS Pouria Amirshahi, à l’occasion du 60è anniversaire de sa mort.

Sarah Adida

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