Economie

États-Unis : Tournant historique de la politique de la Federal Reserve

par Afifa DASSOULI | le 7 septembre 2020


La Fed donne une nouvelle direction à sa politique monétaire en revoyant à la hausse son objectif d’inflation à plus de 2 % voire au-delà de 3%. Son Gouverneur Jerome Powell, a annoncé cette importante décision lors du symposium virtuel de Jackson Hole, la semaine dernière.

La FED, banque centrale américaine, joue le rôle de chef d’orchestre des banques centrales et la BCE en particulier l’a toujours suivie s’inspirant de ses outils d’intervention innovants.

Ce fut le cas, pour la politique d’assouplissement, « Quantitative Easing », mise en œuvre au moment de la crise financière de 2008, pour absorber le risque d’effondrement de l’économie.

Qualifiée de non conventionnelle, cette politique a consisté en ce que la banque centrale américaine rachète des titres de dettes aux acteurs financiers notamment les obligations d’États.

Depuis, ces programmes d’assouplissement quantitatif ont été lancés par plusieurs banques centrales de grands pays développés.

Une telle politique expansionniste a été initiée au Japon en 2000 pour sortir l’économie du pays de sa dépression déflationniste.

L’objectif d’une telle souplesse était de peser à la baisse sur les taux d’intérêts, pour assurer un financement facile, peu coûteux et relancer l’économie.

C’est d’ailleurs cette même politique interventionniste qui est renforcée par les banques centrales actuellement, pour soutenir l’économie et en limiter la dépression due à la pandémie mondiale actuelle.

Et, c’est pour une cohérence entre politique monétaire et soutien à l’économie, que la FED, la BCE et même Bank Al-Maghrib fixent un taux d’inflation cible de 2%.

Sauf que la dépression économique n’engendre pas d’inflation et que les taux d’intérêts restent bas.
Justement, c’est le fait même que les Etats-Unis soient entrés dans une phase historique de taux bas qui explique la nouvelle politique de la FED en matière d’inflation.

Son approche rompt avec la pratique d’une politique monétaire qui prédomine depuis 30 ans et qui consistait à moduler les taux pour prévenir l’inflation, et ainsi stimuler l’économie.

A cet effet, la Fed n’avait pas modifié son objectif d’inflation de 2 % depuis 2012 sous la présidence de Ben Bernanke.

Mais, si l’inflation a constitué la cible de sa politique monétaire, c’est parce qu’elle avait atteint plus de 15% dans les années 1980.

De même, la BCE, depuis sa création en 1992 par le traité de Maastricht, a comme objectif principal la stabilité des prix avec une cible d’inflation de 2% fixée dès 1998.

Celle-ci a été adoptée par nombre de banques centrales dont Bank Al-Maghrib. L’inflation a reculé partout dans le monde.

Car avec l’éclatement de la bulle Internet en 2000, la déflation qui ronge le Japon depuis une décennie et la crise de 2008, le taux d’inflation a baissé de 15% à 2% et continue à dégringoler avec l’impact de la crise du COVID, sur la consommation.

Pour expliquer le virage de politique qu’il fait prendre à la FED, son nouveau président, M. Jérôme Powell, a déclaré clairement que : « Les taux d’intérêt se rapprochant de leur limite basse effective, même dans les moments fastes, la Fed a moins de latitude pour soutenir l’économie en période de ralentissement économique » comme c’est le cas aujourd’hui.

Et M. Powel de préciser « une inflation trop basse sur le long terme peut poser de sérieux problèmes à l’économie ».

C’est ainsi que la banque centrale américaine change son fusil d’épaule ! Si depuis longtemps, la FED se battait contre l’inflation, elle vient d’annoncer qu’elle s’attaquera désormais au chômage.

De fait, la crise économique induite par le Covid-19, qui succède à celle financière de 2008, aura comme principale conséquence la flambée du chômage.

Les banques centrales, qui ont joué un rôle de refinancement des économies pour sortir le monde de la crise de 2008, doivent contriber autrement aujourd’hui et soutenir les gouvernements de leur pays, dans la lutte contre le chômage de masse engendré par la grave crise mondiale actuelle.

Donc, la bonne nouvelle est que les politiques monétaire et budgétaire s’associent à la politique de leurs gouvernements respectifs, pour soutenir la relance et l’emploi, sachant que la crise sanitaire a créé plus de 400 millions de nouveaux chômeurs dans le monde, selon l’Organisation Internationale du travail.

Concrètement, la FED, qui restreignait l’inflation à 2% en situation de plein-emploi, se doit de laisser les prix dépasser ce taux pour aider à la création d’emplois aux Etats-Unis, pays très touché par la crise économique.

Le nouvel objectif de la FED porte sur une cible emploi à la place de l’inflation.

Il s’agit d’un très important revirement de politique de la FED. Plus clairement, c’est la croissance économique créatrice d’emplois, qui devient la cible ou l’objectif principal de la politique de la banque centrale américaine.

Et donc, les nouveaux objectifs de la politique monétaire de la FED viennent du fait que le monde change.

De même, que la présidente de la BCE, Mme Christine Lagarde travaille sur l’adaptation des objectifs de la BCE à la lutte contre le réchauffement climatique et les inégalités sociales ou spatiales.

Enfin, la FED vient de démontrer, par le grand virage de sa politique et la définition d’un nouvel objectif, que les banques centrales, doivent soutenir l politiques de leurs gouvernements respectifs compte tenu de la gravité de la crise économique post Covid-19, et du fait des séquelles de celle de 2008.

C’est ce que fait Bank Al-Maghrib qui, aux côtés du Ministère des Finances et du GPBM, contribue à l’élaboration d’instruments de financement des acteurs économiques et de refinancements des banques, tout en veillant sur la réserve en devises du Maroc, l’un des principaux fondamentaux de notre pays.

Elle pourrait à juste titre assumer elle aussi un changement de sa politique dans ce sens, tant son rôle est important dans le soutien de notre économie en crise…

Afifa Dassouli