Le gouvernement espagnol a mis en service lundi la plateforme CASA 47, premier portail d’État du parc locatif public. Les loyers sont plafonnés à 30% du revenu du locataire, les baux courent sur quatorze ans renouvelables jusqu’à soixante-quinze, et les logements ne peuvent jamais sortir du parc public. Le dispositif démarre avec 800 unités.
La plateforme, gérée par l’Agence d’État du logement et du sol, permet aux ménages de consulter les logements disponibles et de déposer une demande en fonction de leur situation financière et de leurs besoins.
Le nombre de logements mis en ligne au lancement s’établit à 800, avec 1 500 unités supplémentaires annoncées à brève échéance et de nouvelles mises à disposition trimestrielles.
Trois caractéristiques distinguent ce dispositif des politiques d’aide au logement classiques.
La première est le plafonnement du taux d’effort : le loyer ne peut excéder 30% du revenu du locataire, et son montant est calibré selon les conditions économiques locales et les caractéristiques du bien. Le chef du gouvernement espagnol a résumé cette approche en évoquant des loyers réalistes pour des salaires réels.
La deuxième porte sur la durée. Les baux initiaux courent sur quatorze ans, extensibles jusqu’à soixante-quinze, horizon qui rapproche la location d’une forme de sécurité résidentielle habituellement associée à la propriété.
La troisième est la clause de permanence. Les logements demeurent propriété publique indéfiniment et ne peuvent être retirés du parc, quelles que soient les alternances politiques ou les cycles économiques. Cette disposition vise l’écueil qui a vidé les parcs sociaux de plusieurs pays européens, où les logements construits par la puissance publique ont été progressivement cédés.
Pedro Sánchez a assumé la dimension interventionniste du dispositif, en déclarant que certains y verraient de l’interventionnisme, que c’en était, et qu’il l’assumait parce que le marché est cassé.
Le gouvernement revendique la mobilisation de plus de 120 000 logements locatifs abordables et une enveloppe de sept milliards d’euros pour le plan logement 2026-2030, soit le triple du budget précédent.
La critique porte sur l’échelle. Huit cents logements au lancement ne modifient pas l’équilibre d’un marché où la pénurie locative constitue la première préoccupation sociale du pays, particulièrement à Madrid, Barcelone et sur le littoral méditerranéen. La portée du dispositif tient davantage à l’architecture juridique qu’il installe qu’au volume immédiat.
Le sujet intéresse directement le Maroc, dont plusieurs centaines de milliers de ressortissants résident en Espagne et figurent parmi les populations les plus exposées à la tension locative, et dont la propre politique d’aide au logement repose sur un mécanisme différent, l’aide directe à l’acquisition.
LNT
