Entretien avec Soley Özsoy Bürümcek : «Notre ambition est de connecter l’innovation mondiale aux industries africaines »

Par AL
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Industrial Transformation Africa s’apprête à lancer sa première édition sur le continent, du 29 septembre au 1er octobre 2026 à Casablanca. Porté par Hannover Fairs Turkey & MENA, l’événement se positionne comme une plateforme dédiée à la transformation industrielle, au-delà du format classique des salons professionnels. Dans cet entretien, Soley Özsoy Bürümcek, Head of Business Development and MENA Projects, revient sur les ambitions de cette initiative, son positionnement en Afrique et les raisons du choix du Maroc.

Industrial Transformation Africa est présenté comme une plateforme industrielle internationale, et non comme un salon professionnel traditionnel. Qu’est-ce qui distingue concrètement cet événement d’un format d’exposition classique ?

Soley Özsoy Bürümcek : Ce qui distingue Industrial Transformation Africa, c’est d’abord sa conception même. L’événement a été pensé comme un écosystème de transformation industrielle inscrit dans la durée, et non comme un salon professionnel conventionnel. Là où les expositions traditionnelles se concentrent principalement sur la présentation de produits, le networking et les interactions commerciales de court terme, Industrial Transformation Africa vise à créer un engagement continu, tout au long de l’année, entre fournisseurs de technologies, industriels, décideurs publics, investisseurs et leaders du secteur.

À travers des initiatives telles que la Smart Factory Academy Casablanca et l’Industrial Edge Summit Africa, Industrial Transformation Africa dépasse le cadre strict de l’exposition. La Smart Factory Academy Casablanca offre une plateforme active toute l’année, dédiée à la formation, aux ateliers, aux démonstrations technologiques et au développement des compétences. Elle permet aux industriels de mieux comprendre les solutions de l’industrie 4.0 et de les adopter dans des environnements professionnels concrets.

L’Industrial Edge Summit Africa vient compléter cette approche en réunissant dirigeants industriels, décideurs publics, fournisseurs de technologies et investisseurs autour des grands défis stratégiques et des opportunités qui façonnent l’avenir de l’industrie manufacturière en Afrique. À travers des conférences, des cas pratiques et des échanges de haut niveau, ce sommet crée un espace de dialogue où les idées, les politiques publiques et les priorités économiques peuvent converger.

Aujourd’hui, la compétitivité industrielle ne dépend plus uniquement de l’accès à la technologie. Elle repose de plus en plus sur la capacité des organisations à adopter, déployer à grande échelle et intégrer des solutions avancées dans leurs opérations. À travers l’Afrique, les industriels explorent activement les opportunités offertes par l’automatisation, la digitalisation, l’intelligence artificielle et l’industrie intelligente. Mais beaucoup recherchent aussi des cadres pratiques, des partenaires de confiance et des applications concrètes capables d’accompagner cette transition.

C’est précisément là qu’Industrial Transformation Africa crée de la valeur. Notre ambition n’est pas simplement d’organiser un salon, mais de construire une plateforme capable d’accélérer la transformation industrielle en connectant l’innovation mondiale aux ambitions manufacturières de l’Afrique. En réunissant technologie, expertise, investissement et collaboration, Industrial Transformation Africa entend contribuer au développement d’écosystèmes industriels plus compétitifs, plus résilients et mieux préparés aux transformations à venir sur l’ensemble du continent.

Le Maroc a été choisi pour accueillir cette première édition africaine. Quels sont les principaux critères qui ont pesé en faveur de ce choix stratégique ?

Le Maroc s’est imposé comme un choix naturel pour accueillir, du 29 septembre au 1er octobre 2026 à l’Office des Foires et Expositions de Casablanca (OFEC) à Casablanca, la première édition d’Industrial Transformation Africa, car il réunit de nombreux atouts qui dessinent aujourd’hui l’avenir du développement industriel sur le continent.

Au cours de la dernière décennie, le Royaume a su se positionner parmi les destinations manufacturières et d’investissement les plus dynamiques d’Afrique. Grâce à des stratégies industrielles continues, à des investissements importants dans les infrastructures et à un engagement fort en faveur de l’innovation, le pays a construit des écosystèmes compétitifs à l’échelle internationale dans des secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables et l’industrie avancée. Ce sont précisément dans ces secteurs que l’automatisation, la digitalisation et les technologies de l’industrie 4.0 produisent aujourd’hui les effets les plus significatifs.

Sa position géographique stratégique a également joué un rôle déterminant dans notre décision. Situé au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, le Maroc offre une connectivité et un accès aux marchés particulièrement importants, ce qui en fait une porte d’entrée idéale pour les entreprises internationales souhaitant se rapprocher de l’industrie africaine. Le vaste réseau d’accords de libre-échange du pays et son rôle de hub manufacturier régional renforcent encore cet avantage.

La solidité des infrastructures industrielles marocaines a également été un critère essentiel. Des actifs logistiques de rang mondial, à l’image du port Tanger Med, aux zones d’accélération industrielle, en passant par les réseaux de transport modernes et les cadres favorables à l’investissement, le Maroc a mis en place un environnement permettant à la croissance industrielle de se déployer de manière efficace et durable.

Au sein de cet écosystème, Casablanca occupe une place particulière en tant que capitale économique et industrielle du pays. La ville concentre industriels, investisseurs, institutions et décideurs, ce qui en fait le lieu idéal pour lancer une plateforme dédiée à la transformation industrielle et à la collaboration transfrontalière. En définitive, nous n’avons pas choisi le Maroc uniquement pour sa position stratégique. Nous l’avons choisi parce qu’il représente l’un des exemples les plus convaincants de transformation industrielle actuellement à l’œuvre en Afrique. C’est ce qui en fait le lieu le plus pertinent pour réunir les acteurs appelés à contribuer à l’avenir industriel du continent.

Quels secteurs industriels et quelles technologies seront particulièrement mis en avant lors de cette première édition à Casablanca ?

Cette première édition à Casablanca mettra l’accent sur les technologies qui transforment déjà l’industrie mondiale et qui deviennent de plus en plus pertinentes pour les industriels africains. Nous mettrons particulièrement en avant la robotique et l’automatisation, la fabrication digitale, l’intelligence artificielle, l’intralogistique intelligente, les solutions dédiées à la supply chain, les solutions énergétiques intelligentes, les technologies de mouvement et d’entraînement, ainsi que les systèmes d’air comprimé et de vide. Ces technologies ne doivent pas être considérées de manière isolée. Ensemble, elles constituent les fondations d’opérations industrielles plus efficaces, plus connectées et plus résilientes.

L’objectif est également de relier ces technologies aux secteurs dans lesquels l’Afrique et le Maroc connaissent une dynamique industrielle forte. Au Maroc, cela concerne notamment l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’énergie, le textile, la chimie, les phosphates, les énergies renouvelables et la logistique industrielle. À l’échelle africaine, nous observons également des besoins croissants dans l’emballage, les machines électriques, les industries liées à la construction, les technologies d’efficacité hydrique, les équipements médicaux et les chaînes de valeur de l’énergie verte.

Ce qui est important pour nous, c’est de présenter ces technologies à travers des cas d’usage industriels concrets. Industrial Transformation Africa ne consiste pas seulement à présenter l’innovation de manière abstraite. Il s’agit d’aider les industriels à comprendre comment l’automatisation, la donnée, la robotique et les systèmes de production intelligents peuvent améliorer la productivité, la qualité, la durabilité et la compétitivité dans des environnements industriels réels. L’engagement croissant et la participation active de pionniers mondiaux et régionaux tels que ifm electronic, igus, OCP Maintenance Solutions, Wilo, Wika, Cleverlytics, EFA Metronelec et Dalgakiran montrent clairement que les grands acteurs de l’industrie sont déjà en train de s’ancrer dans cette plateforme.

Comment Industrial Transformation Africa entend-il favoriser des collaborations concrètes entre les industries africaines, les investisseurs et les fournisseurs internationaux de technologies ?

Industrial Transformation Africa a été conçu autour d’une idée simple. Une transformation industrielle réellement porteuse de valeur se produit lorsque la technologie, l’investissement et l’industrie se rejoignent autour d’opportunités communes.

Notre objectif est de faciliter des partenariats industriels durables à travers trois grands leviers, l’engagement business, le dialogue stratégique et le développement des compétences. Partout en Afrique, les industriels cherchent activement à améliorer leur productivité, à renforcer leur compétitivité et à accélérer leur transformation digitale. Dans le même temps, les fournisseurs internationaux de technologies et les investisseurs recherchent des points d’entrée fiables sur le marché, des partenaires stratégiques et des opportunités de croissance capables de passer à l’échelle. Industrial Transformation Africa se positionne comme la plateforme où ces intérêts peuvent converger.

L’exposition elle-même permet de créer un engagement direct entre entreprises industrielles, fournisseurs de technologies, investisseurs et acteurs institutionnels. Ce qui rend Industrial Transformation Africa particulièrement pertinent, c’est sa capacité à réunir, en un même lieu, le développement commercial, le partage de connaissances et la prise de décision stratégique.

L’Industrial Edge Summit Africa joue un rôle essentiel dans cette dynamique, en réunissant dirigeants industriels, décideurs publics et experts technologiques autour des opportunités et des défis qui façonnent l’avenir de l’industrie manufacturière. À travers des échanges de haut niveau, des cas pratiques et des analyses sectorielles, les participants peuvent mieux comprendre comment la transformation industrielle peut être traduite en actions concrètes.

En parallèle, la Smart Factory Academy Casablanca contribue à combler l’écart entre l’ambition et la mise en œuvre. Grâce à des programmes de formation tout au long de l’année, des démonstrations technologiques et des opportunités d’apprentissage pratique, elle permet aux entreprises de renforcer leurs capacités, d’évaluer les solutions disponibles et de se préparer à une adoption réussie. Le succès ne se mesurera pas au nombre de réunions organisées pendant trois jours à Casablanca, mais aux partenariats, aux investissements, aux initiatives de transfert technologique et aux projets industriels qui émergeront et continueront à se développer bien après la clôture de l’événement.

Au-delà de l’événement, quelle ambition portez-vous pour le développement d’Industrial Transformation Africa en Afrique et dans la région MENA au cours des prochaines années ?

Industrial Transformation Africa a vocation à devenir la plateforme de référence pour la transformation industrielle en Afrique. Une plateforme appelée à évoluer avec les ambitions manufacturières du continent et à contribuer à son développement industriel durable.

La première édition à Casablanca constitue un point de départ important et le socle d’une initiative régionale inscrite dans la durée. Nous envisageons Industrial Transformation Africa comme une plateforme récurrente et évolutive, capable de grandir avec les besoins des industries africaines. L’objectif est de créer un environnement de confiance où industriels, fournisseurs de technologies, investisseurs, institutions et décideurs publics peuvent partager leurs connaissances, explorer de nouvelles opportunités et construire des partenariats industriels à forte valeur ajoutée.

Dans les prochaines années, nous souhaitons qu’Industrial Transformation Africa accompagne trois grandes dynamiques. La première concerne le transfert de technologies, en connectant les écosystèmes industriels africains à l’innovation mondiale dans l’automatisation, la robotique, la fabrication digitale, l’énergie et la logistique intelligente. La deuxième porte sur le développement des compétences, notamment à travers le modèle de la Smart Factory Academy, car la transformation industrielle ne peut se concrétiser sans équipes formées ni savoir-faire pratique. La troisième relève de la coopération business, en aidant les entreprises internationales à mieux comprendre les opportunités offertes par les marchés africains et en accompagnant les industriels africains dans leur trajectoire de modernisation.

Pour Hannover Fairs Turkey & MENA, cette ambition s’inscrit pleinement dans notre rôle de passerelle entre l’expertise industrielle mondiale et les marchés régionaux en croissance. L’Afrique et la région MENA entrent dans une nouvelle phase de développement industriel. Notre priorité est de contribuer à cette dynamique en créant des initiatives qui favorisent l’engagement continu, le partage de connaissances et la coopération industrielle au-delà des seuls événements ponctuels.

À terme, nous voulons faire d’Industrial Transformation Africa bien plus qu’un rendez-vous annuel. Nous voulons en faire un catalyseur de compétitivité industrielle, d’investissement, d’innovation et de coopération durable entre l’Afrique, la région MENA et la communauté industrielle mondiale. Dans cette vision, Casablanca n’est donc pas seulement la ville hôte d’un événement. Elle constitue un épicentre stratégique où se rencontrent naturellement l’expertise industrielle européenne, la puissance d’investissement du Moyen-Orient et le potentiel productif de l’Afrique.

Que pouvez-vous nous dire de la Smart Factory Academy ? Et que peut-elle apporter à cette édition ainsi qu’au secteur industriel marocain de manière générale ?

La Smart Factory Academy constitue une composante importante de l’écosystème Industrial Transformation Africa. Mais sa véritable valeur réside dans la contribution qu’elle peut apporter à la compétitivité industrielle du Maroc.

Alors que le Maroc continue de renforcerss son positionnement dans des secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, les énergies renouvelables et la logistique, le prochain défi ne consiste pas seulement à attirer davantage d’investissements. Il s’agit aussi d’accélérer l’adoption des technologies et de développer les compétences nécessaires à une industrie avancée.

Dans ce contexte, l’Academy peut jouer un rôle de catalyseur pour le développement des talents, le transfert de connaissances et la montée en compétences industrielles. En donnant accès à des formations pratiques, à des démonstrations technologiques et à une expertise internationale, elle peut aider les entreprises à mieux comprendre comment les technologies émergentes peuvent être intégrées dans des environnements de production réels.

Au-delà de l’accompagnement des entreprises individuellement, l’Academy peut également contribuer au renforcement de l’écosystème industriel dans son ensemble. Elle peut participer à la construction d’un vivier de talents plus solide, encourager l’innovation et soutenir l’adoption de pratiques de production intelligente dans différents secteurs.

À nos yeux, cet enjeu est essentiel. Une smart factory ne se résume pas aux machines. Elle repose aussi sur les femmes et les hommes, les processus, la donnée et le savoir-faire. En soutenant la formation, les démonstrations et le transfert de connaissances, la Smart Factory Academy peut rendre la transformation industrielle plus accessible, plus concrète et plus durable pour le Maroc, mais aussi pour le marché africain au sens large.

Sa contribution ne doit pas seulement être mesurée à travers les activités qu’elle déploie, mais à travers sa capacité à aider l’industrie marocaine à devenir plus productive, plus innovante et plus compétitive dans un marché mondial de plus en plus porté par la technologie. En définitive, Industrial Transformation Africa ne vient pas simplement au Maroc. Il s’associe au Maroc pour accélérer sa trajectoire vers l’écosystème industriel le plus avancé d’Afrique.

Entretien réalisé par Asmaa Loudni

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