Société

Entretien avec Saad Abid : « Accélérer la transition verte à travers la mobilisation des acteurs non-étatiques »

le 11 novembre 2016


Saad Abid est un acteur engagé dans la protection de l’environnement au Maroc, et l’un des ambassadeurs du pays les plus actifs dans ce domaine. Les actions de son OGN, appelée « Bahri » (ma plage), se concentrent sur la protection du littoral et l’héritage naturel du Maroc, mais aussi plus généralement sur la sensibilisation et les actions sur le terrain. Il aborde ici pour La Nouvelle Tribune son parcours, et ce qui motive son engagement.

La Nouvelle Tribune :
A quand remonte votre prise de conscience pour le développement durable ? Quel en a été l’élément déclencheur ou structurant ?

Saad Abid :
Lorsque je vivais au Canada, je me suis inscrit en tant que bénévole dans une association de quartier qui avait pour but d’instaurer le tri sélectif auprès des habitants du quartier. C’était ma 1ère expérience en tant que bénévole ; c’est à ce moment que je me suis rendu compte qu’il était possible de changer les choses avec de la bonne volonté et de la patience.

Dès mon retour au Maroc, je me suis remis au surf, et ayant passé beaucoup de temps dans l’eau, je me suis rendu compte de la dégradation de nos plages et de notre littoral.

J’ai décidé d’agir et de créer une association qui allait se spécialiser dans la protection du littoral.
Aujourd’hui, après 6 années d’implication associative, je souhaite aller de l’avant en participant à l’élaboration de futures lois ayant pour but de protéger notre environnement.

Quel est votre parcours depuis ? Comment se matérialise votre engagement ?

Depuis, j’ai co-fondé l’association Bahri, association à but non lucratif, en octobre 2010, afin de mettre en place et structurer les différentes actions que je souhaitais entreprendre.

Mon engagement se matérialise à travers les différentes actions que je mène au sein de l’Association Bahri, à savoir :

– Opérations de nettoyage des plages « Bahri Dima Clean » menées dans plus de 9 villes et réunissant plus de 24 000 personnes en 6 ans.
– Installation de 126 poubelles avec messages de sensibilisation sur tous les accès plage de Ain Diab et sur la haute plage.
– Projet Plages Propres à Mohammedia (Trophée du Littoral Durable décerné par Lalla Hasnaa).
– Lancement du projet de la valorisation des chiffonniers et sensibilisation des Marocains au tri sélectif grâce à l’appui d’Atlanta/Sanad.
– Introduction de la méthode « Zero Energy » (construction de bancs à l’aide de déchets) dans plusieurs écoles privées et publiques à Casablanca avec ateliers de sensibilisation et pratique en partenariat avec l’association 3000 Ecomen.
– Organisation du Surf Green Morocco Tour en partenariat avec l’Ambassade Américaine de Rabat.

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A quelles initiatives êtes-vous sensible au niveau national ou international ?

Je suis sensible à toutes les initiatives menées par les associations pour contribuer au changement, à l’évolution de notre rapport à l’environnement. Plus de sensibilisation, plus d’éducation. L’Association Zero Zbel représente un très bon exemple des initiatives auxquelles je suis sensible à travers notamment des vidéos éducatives, informatives et accessibles à tous pour bien comprendre les changements climatiques auxquels nous sommes confrontés.

Je constate également que de nombreuses entreprises soutiennent de plus en plus d’actions en faveur de l’environnement, la mise en place de réflexes écologiques à adopter en entreprise (économies d’énergie, tri sélectif et recyclage, actions participatives des collaborateurs).

Au niveau international, je suis emballé par cette nouvelle génération de green entrepreneurs et de génies qui essayent de trouver des idées innovantes qui leurs permettront de protéger l’environnement tout en gagnant dignement leurs vies.

Lorsque je suis allé à la « Our Ocean Conference » à Washington, j’ai été réconforté et heureux de voir l’engagement sans limites de personnes qui parcourent le monde avec de belles initiatives environnementales et ça fait chaud au cœur !

Qu’espérez-vous de la tenue d’un forum mondial comme la COP22 au Maroc ?

J’espère que la prise de conscience se conjugue davantage aux actions qu’aux paroles.

L’accord de la COP21 sera ratifié juste avant la tenue de la COP22, il faut donc passer à l’action avec des solutions concrètes car le changement climatique n’attend pas.

J’espère aussi que les liens entre la société civile marocaine et la société civile internationale seront renforcés. Nous souhaiterions apprendre comment lever des fonds à l’international, car je ne trouve pas ça normal qu’une association comme la nôtre qui agit sans relâche pour faire évoluer les actions concrètes au Maroc n’ait jamais reçu une aide de l’Etat ou des autorités marocaines compétentes.

Où en est d’après vous l’opinion publique marocaine en termes d’adhésion et de prise de conscience des enjeux du développement durable ? Quelles seraient vos recommandations pour accentuer ce phénomène ?

Malheureusement, nous sommes encore au stade embryonnaire au Maroc malgré les efforts déployés par les autorités compétentes. Nous investissons massivement dans des infrastructures, mais au passage, nous oublions d’investir sur le changement des mentalités. Ceci doit passer par une réforme de l’éducation.
Il faut que le langage écologiste soit adapté à la cible et aux citoyens afin que le peuple comprenne de quoi il s’agit.

Le jour où les Marocains comprendront la gravité de la situation à laquelle nous sommes tous confrontés, nous pourrons assister à une prise de conscience collective.

Quelles seraient vos recommandations pour accentuer ce phénomène ?

Nous devons revoir notre modèle économique. Nous ne sommes pas un pays riche en ressources naturelles et pourtant nous puisons dans ces dernières.
Pour résumer, cela commence par l’exploitation de matières premières et ça se termine en déchets. Je suis plus favorable à la mise en place de stratégies de croissance verte et de développement durable en intégrant la promotion des énergies renouvelables (Centrale Noor), la protection des forêts qui sont responsables de l’oxygène qu’on respire ainsi qu’une meilleure gestion de l’eau et les océans car c’est un enjeu mondial.

Il y a moyen de réduire le chômage tout en favorisant l’accès à l’éducation avec une économie verte et durable basée sur une gestion efficiente des ressources naturelles.

Nous devons changer la vision du mot développement ; il faut inclure la politique du bonheur et développer l’emploi vert afin de pouvoir aspirer un jour à ce que le Maroc soit vraiment la locomotive de l’Afrique.

Entretien réalisé par Zouhair YATA