Économie et Finance

Enfin des chiffres sur l’aggravation des déficits extérieurs

le 10 juin 2020


La crise économique qui découle de celle générée par la Covid-19, a des aspects communs pour un grands nombre de pays, et notamment la baisse de l’activité donc de la croissance, l’augmentation du chômage, l’aggravation du déficit budgétaire, le déséquilibre du commerce extérieur.

Les pays en voie de développement, ex-pays émergents, connaissent de surcroît une crise de leur monnaie, conséquente à des difficultés de leur situation extérieure.

Partant de ces constats, qu’en est-il pour le Maroc ? Quels sont les derniers chiffres de la balance commerciale et des paiements depuis la crise ? Où en est le solde extérieur en termes de mois d’importations ?

Pour répondre à ces questions, on a pu constater que les données publiées par l’Office des Changes, sur les échanges commerciaux de biens et de services, portent sur les quatre premiers mois de l’année en cours, soit à fin avril.

Il en est de même de certaines rubriques phares de la Balance des paiements, notamment les transferts des MRE et les flux, entrant et sortants, au titre des Investissements Directs Etrangers (IDE).

C’est donc sans surprise, qu’à fin avril 2020, par rapport à avril 2019, les échanges de biens ont été marqués par une baisse des importations de  21,292 milliards de dirhams soit -12,6% ainsi que  des exportations de 20 milliards de dirhams, soit -19,7%.

En conséquence, le taux de couverture des importations par les exportations a perdu 4,8 points par rapport à celui enregistré une année auparavant en passant de 60 % à 55,2%.

Les autres indicateurs publiés par l’Office des Changes à fin avril 2020 sont également en baisse.

C’est le cas des transferts des MRE et des flux nets des Investissements Directs Etrangers (IDE), qui ont perdu en un mois et demi sur la base d’un arrêt d’activité à la mi-mars, respectivement 10,1% et 16,8%.

Ainsi, la balance « services » affiche un excédent en recul de 9,1%.

Ces données de fin avril ont certainement continué à se creuser en mai et en ce début du mois de juin, marquant une détérioration des doubles déficits de la balance commerciale et des paiements.

Toutefois, selon les données de fin avril 2020 de Bank Al-Maghrib, les avoirs officiels de réserve (AOR), représentaient 6 mois et 11 jours d’importations de biens & services contre 5 mois et 2 jours à fin mars 2019, soit une amélioration d’un mois et 9 jours.

Et pour cause, la chute des exportations base du déséquilibre extérieur  s’accompagnant d’un comportement identique des importations, impacte peu la balance commerciale, alors qu’elle traduit une crise grave des relations économiques extérieures du Maroc.

Ce constat arithmétique ne peut cacher le ralentissement généralisé de la production chez nos principaux partenaires, et son très fort impact sur l’économie marocaine.

En effet, dans le détail, le Maroc a connu un recul des importations de biens d’équipement, de produits énergétiques, de produits finis de consommation, de semi-produits et de produits bruts .

La seule exception à cette dégringolade manifeste de la demande intérieure de notre pays, porte sur les achats de produits alimentaires, qui  eux , ont progressé. Parallèlement, les exportations ont connu d’importantes rétractions, tels que -39% pour l’automobile; -28,3% pour le textile et cuir; -33,9% pour l’aéronautique; -7% pour  l’agriculture  et l’agro-alimentaire, -30% pour les extraction minières–hors phosphates et -1,9% pour l’électronique et l’électricité.

De plus, cette baisse des exportations n’a pas été atténuée par les exportations de phosphates dont celles des dérivés ont cru de +0,2%,  alors que les ventes d’acide phosphorique se sont inscrites à la baisse.

Ces chiffres traduisent inéluctablement une très forte dégradation de l’activité économique marocaine, qui n’a cessé de s’aggraver en mai et juin.

Par rapport à la lourdeur habituelle de la facture énergétique, la « bonne » nouvelle à fin avril, relève de la réduction de la facture énergétique de 21,8%, et de son poids budgétaire.

Celle-ci est, certes, attribuable à la baisse des importations en volume de 12,5% de gasoil et fuel-oil du fait de l’arrêt économique, mais aussi à la réduction des prix à l’international du baril de 19%.

Globalement, cette détérioration de la balance commerciale a exercé une pression sur la réserve en devises de notre pays faute d’exportations, qui s’es aggravée par une baisse drastique des recettes touristiques, des transferts des MRE ou encore des IDE.

En effet, les recettes Voyages, principale composante des exportations de services, ont connu une baisse de 12,8%, tout en se traduisant par un recul des dépenses sur place, de 30,2% lequel se concrétise par une réelle sinistralité de tout le secteur du tourisme.

De même, les transferts des MRE ont baissé de 10,1%, alors que pour les flux nets des investissements directs étrangers, les recettes ont baissé de 25,9% et les dépenses 37,8%.

En conséquence de ces détériorations commerciales et de flux de devises, la Banque Centrale a reconnu, à travers ses données, une dépréciation du dirham, entre le 21 et le 27 mai 2020, de 0,75% par rapport à l’euro et de 0,41% vis-à-vis du dollar, soit les principales devises de facturation de nos opérations avec l’étranger et les seules monnaies constitutives du panier de devises de référence.

Rappelons que Bank Al-Maghrib a pu maîtriser les variations du dirham grâce au tirage de la Ligne de Précaution et de Liquidité (LPL) du FMI dont l’effet sur les réserves de change de notre pays a été conséquente.

De fait, lesdites réserves ont grimpé à 287,7 milliards de Dirhams le 22 mai 2020, enregistrant une amélioration de 22,1 % par rapport à leur niveau au 24 mai 2019, absorbant ainsi la pression exercée par la crise économique sur les deux balances commerciales et des paiements  et permettant d’assurer presque 6,5 mois d’importations de biens et de services.

C’est ainsi que grâce aux efforts de gestion des la réserve de change du Maroc par la Banque centrale, le risque de dépréciation du dirham a été circonscrit.

Toutefois, son maintien à l’équilibre reste précaire, et la situation de nos équilibres extérieurs aussi.

Il faut espérer que la reprise des exportations, du tourisme et des IDE s’opère rapidement avec la sortie de crise, pour que le Maroc gagne définitivement la partie de ses équilibres extérieurs et sauve sa monnaie, quand nombre de pays comme l’Egypte par exemple, les ont perdus pour longtemps…

 

Afifa Dassouli