Le Trésor du Maroc vient de réaliser avec un grand succès une émission obligataire en Eurobonds. Celle-ci porte sur 2,5 milliards d’euros et est considérée comme étant celle de 2026, faisant suite à la précédente de mars 2025. A travers cette émission, le Trésor veut « consolider ses références sur des maturités plus longues », procéder à un remboursement anticipé de la dette de 2027 et financer des projets d’investissements publics.
D’autant que le contexte en 2026 est propice pour le Maroc et permet de profiter d’une fenêtre des marchés de capitaux internationaux favorable en matière de taux, avec des spreads compressés à la faveur de l’amélioration de sa notation souveraine par S&P qui a remonté le Royaume à BBB- en septembre 2025, le classant ainsi en seul pays africain noté « investment grade ».
Et pour cause, le Maroc est engagé dans une gestion budgétaire prudente et a entrepris des réformes profondes qui lui assurent une crédibilité retrouvée et le place dans les tops 10 des émissions Eurobond de 2026. C’est ainsi que les spreads au final, se sont limités à respectivement 170 pb pour la tranche à 8 ans et 200 pb pour celle de 12 ans, et un taux d’intérêt moyen de 4,75%, soit un gain de 30 points de base par rapport à l’émission précédente.
A ce sujet, il faut rappeler que le Maroc est retourné sur le marché des eurobonds en 2025 après 5 ans d’absence, sachant que la première émission en euros du Trésor marocain date de 2020. L’émission de mars 2025 se montait à 2 milliards d’euros en 2 tranches, de 900 millions d’euros sur 4 ans et 1,1 milliards de € sur 10 ans. Cette offre du Maroc avait été sursouscrite 3,3 fois de son montant.
L’opération de 2025 a été réalisée dans le contexte particulier du lancement de la Coupe du Monde 2030 que le Maroc coorganise avec l’Espagne et le Portugal, qui exige des besoins massifs, depuis largement entamés, comme la mise à niveau des aéroports, la construction des lignes de LGV, des hôtels, des stades et certaines rénovations urbaines, avec un coût total estimé à plus de 35 milliards de dollars d’ici 2035.
Il faut savoir qu’historiquement le Maroc émettait surtout en dollars USD. De fait, entre 2023 et 2025 les émissions obligataires du Trésor en devises étaient libellées en dollars. En, octobre 2023, il a levé 2,5 milliards de dollars en 3 tranches de 5 ans, 10,5 ans et 30 ans. Mais, selon une source du ministère des finances, la ministre des Finances, Nadia Fettah, considère qu’aujourd’hui, parce que le Maroc commerce avec l’Union européenne, emprunter en euros réduirait beaucoup le risque de change tout en évitant de dépendre à 100% du dollar, tout en optimisant les conditions de financement pour le Trésor. En un mot, les émissions en euros 2025-2026 ne seront pas des exceptions.
En réalité, il s’agit d’optimiser la dette avec une stratégie du Trésor qui consiste à diversifier les sources de financement, consolider les maturités longues et sécuriser les besoins externes tout en procédant à un remboursement anticipé de dette en 2027. Le Maroc profite ainsi de sa bonne image et de son rating retrouvé pour emprunter moins cher et financer les gros chantiers 2030 sans trop peser sur le budget.
Il semblerait que le Groupe OCP suive également cette nouvelle orientation, celle de s’endetter dorénavant en euros même si le groupe détient encore une dette en dollars et que la dette multilatérale vis-à-vis du FMI, la Banque Mondiale et la BAD restent libellée en dollars. En clair, le Maroc maintient le dollar pour les émissions de longues maturités à 30 ans pour le financement des entreprises publiques. Mais, il privilégie l’euro pour le financement de la Coupe du monde 2030 sachant que ces dépenses sont libellées en euros.
Le Royaume, en procédant à ces émissions en devises alimente également les réserves du pays en devises pour les maintenir entre 5 et 6 mois d’importations et soutenir le financement à moindre coût de son déficit commercial.
Le pays se concentre également sur la réduction de son endettement en général et sa dette extérieure en particulier sachant que le montant de cette dernière avait atteint les 466 MMDH représentant 30,2% du PIB en 2024. Elle a déjà diminué en 2025 et selon les prévisions pour 2026 dans la Loi de Finances, elle devrait se réduire à 324 milliards dirhams, 17,5% du PIB avec un poids dans l’endettement global du Trésor de 27% contre 30% précédemment. D’autant que le Trésor emprunte plus en dirhams sur le marché local pour limiter le risque de change. Alors que selon les projections du FMI pour le Maroc, la dette extérieure du pays connaîtrait un pic à 30,2%.
Toutefois, malgré toutes les précautions que le Maroc prend pour une meilleure maîtrise de sa dette extérieure, le plus important pour notre pays est de préserver les possibilités qui lui permettent d’émettre en devises sur les marchés de capitaux internationaux. Car, le Maroc reste un pays importateur net, qui importe plus qu’il n’exporte. Et face au contexte actuel d’augmentation du prix du pétrole et du gaz en dollars qui pèse sur ses importations, sa position se fragilise.
Afifa Dassouli