Société

Éducation nationale, où va l’école ?

par Leila Ouazry | le 2 décembre 2016


L’école est encore et toujours dans la tourmente. Alors que la rentrée scolaire s’est déroulée sur fond d’amertume et de déception, les déboires de notre système éducatif n’en finissent pas. De nombreuses voix se sont élevées ces derniers jours contre une éventuelle fin de la gratuité de l’enseignement. Syndicats, société civile et citoyens sont montés au créneau pour dire non à une telle éventualité. La question, qui n’est pas soulevée pour la première fois, a enflammé les réseaux sociaux. La réaction du Conseil supérieur de l’éducation de la formation et de la recherche scientifique, expliquant que « cette mesure s’inscrit dans le cadre de la vision stratégique de la réforme de l’éducation et que le conseil a simplement évalué le projet de loi-soumis par le Gouvernement », n’a pas vraiment convaincu l’opinion publique.  Pour rappel, les critiques ont fait suite à la publication des conclusions des travaux de la dixième session du le CSEFRS tenue les 21 et 22 novembre.

En effet, le simple citoyen est perdu entre toutes ces déclarations. La seule chose qui le préoccupe est la garantie d’une école de qualité assurée par le service public, lequel est financé par le contribuable. Alors que les familles s’attendaient à ce que le budget consacré à l’enseignement (actuellement 46 milliards de dhs) soit revu à la hausse, laquelle devrait permettre de sortir quelque peu l’école de ses déboires, mettre en place un système d’éducation publique de qualité et réguler l’enseignement privé, elles sont surprises par de telles annonces.

Nul besoin de redresser, ici, le tableau excessivement sombre de l’école marocaine, connu de tous. Mais, ces dernières années, l’école publique marocaine est en chute libre, tandis que le secteur privé ne cesse de se développer. « Il a été montré à travers des recherches dans de nombreux pays que la privatisation de l’éducation a des effets désastreux en termes de qualité des contenus éducatifs, de ségrégation et d’inégalités socio-économiques, et donc pour la réalisation des droits de l’Homme, ce qui contrevient aux obligations juridiques des Etats », regrette Sylvain Aubry, de l’Initiative mondiale pour les droits économiques, sociaux et culturels. C’est le cas au Maroc, où nous avons assisté ces dernières années à une évolution fulgurante du secteur privé. En quinze ans, le nombre des établissements privé a pratiquement triplé. Une évolution qui n’est malheureusement pas toujours synonyme de qualité. De nombreux parents sont contraints de se tourner vers le privé, dissuadés par une école publique de plus en plus défaillante.

Ainsi, au moment où l’opinion publique s’est manifestée à l’occasion de la rentrée scolaire pour dénoncer une situation des plus désastreuses à l’école (surpeuplement, fermeture d’établissements scolaires, manque d’effectifs, pauvre qualité des programmes…), les Marocains découvrent avec stupéfaction les conclusions du Conseil. Stupéfaction et désarroi, car l’école a toujours été gratuite et devrait continuer de l’être. Le contraire serait tout simplement suicidaire pour une population qui peine encore à sortir des conséquences des années de non scolarisation d’un bon nombre de ces citoyens. Le taux d’analphabétisme est parmi les plus importants de la région. Or privatiser l’école voudrait tout simplement dire condamner de nouvelles générations à l’analphabétisme. Comment peut-il en être autrement alors que près de 10 millions de Marocains vivent sous le seuil de la pauvreté ?


Mobilisation contre la privatisation de l’enseignement

Alors que 57 chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie se sont inquiétés dans une déclaration commune (*) du développement sans précédent de la commercialisation de l’éducation et ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une éducation publique de qualité, un groupe de 302 organisations originaires de 38 pays de l’espace francophone lance cette semaine un Appel de la société civile francophone contre la marchandisation de l’éducation.

(*)la Déclaration d’Antananarivo, signée au terme du Sommet de la Francophonie 2016 qui s’est tenu à Madagascar les 26 et 27 novembre, et qui reprend une grande partie des revendications de la société civile francophone, constitue un engagement politique majeur. Les 57 Etats membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) signataires de la Déclaration s’inquiètent notamment au paragraphe 39 du « développement des établissements scolaires et éducatifs à but commercial ».

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