Santé et Sciences

Économie du soin : le Maroc présente une stratégie nationale pour structurer le secteur

Par LNT
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Crédits photo : MAP

Présentée à Rabat par le ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, la stratégie nationale de promotion de l’économie des soins à autrui ambitionne de structurer un véritable système national des soins, capable de répondre aux évolutions démographiques, de soutenir l’inclusion économique – notamment des femmes – et de créer de nouveaux emplois dans un secteur appelé à jouer un rôle croissant dans le développement du Royaume.

L’objectif affiché consiste à mettre en place un système national intégré des soins à autrui, capable de répondre à une demande appelée à croître sous l’effet des transformations démographiques et sociales. La stratégie adopte une approche globale couvrant l’ensemble du cycle de vie, avec l’ambition d’assurer une meilleure couverture des besoins, une plus grande équité territoriale, un financement pérenne et une reconnaissance du travail de soin comme une responsabilité collective.

Faire évoluer le modèle des soins

Intervenant à cette occasion, la ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, Naima Ben Yahia, a estimé que cette stratégie traduit la volonté d’opérer un changement profond dans la manière d’appréhender le travail de soin au Maroc.

Selon elle, il s’agit de dépasser une logique où cette responsabilité repose principalement sur les familles pour évoluer vers un modèle fondé sur un partage des responsabilités entre l’État, les collectivités territoriales, le secteur privé, les partenaires sociaux, les acteurs de l’économie sociale et solidaire ainsi que les familles elles-mêmes.

La ministre a souligné que cette stratégie associe plusieurs dimensions complémentaires : promotion des droits, égalité entre les femmes et les hommes, création d’emplois, renforcement de la protection sociale, professionnalisation des métiers du soin, mise en place de normes garantissant les droits des professionnels et développement de mécanismes de financement durables.

Pour Naima Ben Yahia, l’économie des soins ne constitue pas une politique sociale supplémentaire, mais un levier structurant susceptible d’accompagner les mutations de la société, de consolider les acquis sociaux et de limiter à terme les coûts liés aux prises en charge de longue durée.

La stratégie répond également à un objectif économique. En reconnaissant pleinement les activités liées aux soins, elle entend favoriser la création d’emplois qualifiés dans un secteur encore largement informel, tout en facilitant une meilleure participation des femmes au marché du travail.

Le développement de services accessibles de prise en charge des enfants, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou dépendantes est en effet considéré comme un facteur essentiel pour améliorer l’inclusion économique, notamment féminine.

Cette orientation rejoint les recommandations formulées ces dernières années par plusieurs organisations internationales, qui considèrent l’économie du soin comme un important gisement d’emplois et un levier de croissance inclusive.

Une stratégie articulée autour de cinq priorités

La feuille de route s’articule autour de cinq axes majeurs.

Le premier vise à développer, diversifier et mieux répartir l’offre de services de soins sur l’ensemble du territoire afin de réduire les disparités territoriales.

Le deuxième concerne la structuration des métiers du soin à travers leur professionnalisation, le renforcement de leur attractivité et la valorisation des compétences.

Le troisième porte sur la mise en place d’un modèle de financement garantissant la pérennité du système ainsi que la continuité de la demande pour ces services.

Le quatrième entend renforcer la reconnaissance sociale du travail de soin en favorisant un partage plus équilibré des responsabilités entre les différents acteurs de la société.

Enfin, le cinquième axe est consacré à la gouvernance, avec le renforcement des mécanismes de pilotage, de coordination, de régulation et d’évaluation des politiques publiques dans ce domaine.

Les partenaires présents ont salué cette initiative.

Le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Abdelkader Amara, a rappelé que son institution plaidait depuis plusieurs années pour l’élaboration d’une stratégie nationale structurée dans ce domaine. Selon lui, le principal défi consiste désormais à transformer cette vision en résultats concrets, à travers des services de qualité accessibles à tous, des emplois décents, un financement durable et une gouvernance efficace.

Les partenaires internationaux ont également exprimé leur soutien à cette démarche.

La directrice de l’Agence française de développement (AFD) au Maroc, Catherine Bonnaud, a estimé que le Royaume franchissait une étape importante dans la reconnaissance du travail de soin comme enjeu stratégique de développement, réaffirmant la volonté de l’AFD d’accompagner la mise en œuvre de cette stratégie.

L’ambassadeur de Suisse au Maroc, Valentin Zellweger, a salué une vision moderne qui fait de l’économie du soin un outil au service du développement économique, de la valorisation du capital humain et de la cohésion sociale.

L’ambassadrice de Suède, Fredrika Ornbrant, a pour sa part souligné les progrès réalisés dans le cadre de la coopération entre le Maroc et ONU Femmes, notamment sur les questions liées au partage des responsabilités parentales et à l’égalité entre les femmes et les hommes. Selon elle, le lancement de cette stratégie marque une étape historique en reconnaissant que l’économie du soin relève désormais pleinement des politiques publiques.

De son côté, Chidi King, responsable de la branche Genre, égalité, diversité et inclusion de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a qualifié cette stratégie de référence pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, mettant en avant le choix du Maroc en faveur d’une gouvernance interministérielle associant les partenaires sociaux.

Intervenant par visioconférence, la directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes, Nyaradzayi Gumbonzvanda, a également salué une initiative pionnière qui traduit, selon elle, l’engagement du Royaume en faveur de l’égalité, de l’inclusion et du développement humain.

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