Economie

Eau, innovation et gouvernance : Marrakech accueille la 9e édition du SITeau sur fond de stress hydrique

Par LNT
eau potable

La neuvième édition du Salon international des technologies de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie (SITeau) a ouvert ses portes mercredi à Marrakech, dans un contexte où la question hydrique demeure au cœur des priorités stratégiques du Maroc. Organisé au Musée Mohammed VI pour la civilisation de l’eau, l’événement réunit experts, décideurs publics, universitaires, acteurs économiques, représentants de la société civile et jeunes autour des grands enjeux liés à la gestion durable des ressources hydriques.

Placée sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, cette édition intervient alors que le Royaume continue de faire face aux effets prolongés du stress hydrique et du changement climatique, avec pour ambition affichée de transformer le salon en plateforme de dialogue, de réflexion et de recherche de solutions concrètes.

Après huit éditions organisées à Casablanca, le SITeau poursuit son repositionnement comme rendez-vous international consacré aux enjeux de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie. L’événement s’inscrit également dans la perspective des grandes échéances internationales du secteur, notamment le 11e Forum mondial de l’eau prévu à Riyad en 2027, où le Maroc remettra le Prix Hassan II.

Le programme de cette édition reflète une approche transversale de la problématique hydrique. Outre le programme scientifique, les organisateurs ont prévu une exposition consacrée aux métiers de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie, des ateliers pédagogiques, une rencontre intergénérationnelle autour du nexus eau-énergie-agriculture-santé, ainsi qu’une conférence internationale dédiée à l’hydrodiplomatie.

La cérémonie d’ouverture a également été marquée par un hommage posthume rendu à Ali Fassi Fihri, ancien directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), figure du secteur récemment disparue.

Le Maroc met en avant sa stratégie hydrique

À l’ouverture du salon, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a défendu la stratégie hydrique marocaine, estimant que le Royaume a engagé, sous l’impulsion royale, une politique intégrée visant à renforcer sa souveraineté hydrique.

Le responsable a mis en avant plusieurs leviers structurants, parmi lesquels la poursuite du programme de barrages, le transfert interbassins, le développement accéléré du dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées.

Selon lui, cette approche pourrait permettre au Maroc d’assurer, à l’horizon 2030, une sécurité hydrique renforcée et de couvrir une part significative des besoins en eau destinés à l’irrigation.

Cette vision s’inscrit dans un contexte de pression croissante sur les ressources hydriques nationales, marqué par des épisodes successifs de sécheresse, une augmentation de la demande en eau et des contraintes accrues liées aux changements climatiques.

Le président du Conseil mondial de l’eau, Loïc Fauchon, a salué l’expérience marocaine, qualifiant le Royaume de modèle en matière de gestion des ressources hydriques .

Il a estimé que le Maroc bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance internationale pour sa capacité à mobiliser différentes technologies de gestion de l’eau et pour sa vision de long terme sur cette question stratégique.

Pour le responsable international, les défis mondiaux liés à la rareté de l’eau, à l’urbanisation et à la multiplication des événements climatiques extrêmes imposent désormais une logique d’action et d’innovation plutôt qu’une simple gestion de crise .

Cette lecture rejoint celle des organisateurs du SITeau, qui insistent sur la nécessité de dépasser le stade du diagnostic pour avancer vers des réponses opérationnelles.

Recherche, innovation et gouvernance au cœur des débats

La présidente du SITeau, Houria Tazi Sadeq, a insisté sur la nécessité de penser ensemble les enjeux de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture et de la santé, dans une logique systémique.

L’objectif, selon elle, consiste à faire émerger des solutions génératrices de valeur, fondées sur les principes de résilience et d’économie circulaire.

Le Haut-Commissariat au Plan a également pris part aux échanges. Son secrétaire général, Ayache Khellaf, a souligné que les enjeux hydriques doivent être abordés dans une logique prospective et territoriale, en lien avec les grandes politiques publiques nationales .

Même approche du côté académique. Le président de l’Université Cadi Ayyad, Belaid Bougadir, a rappelé que les crises hydriques et climatiques nécessitent non seulement des réponses technologiques, mais aussi de nouveaux modes de gouvernance, de coopération et de transmission des savoirs .

L’université met ainsi en avant des formations spécialisées couvrant la climatologie, la gestion intégrée de l’eau, le dessalement, l’agriculture durable ou encore le droit de l’eau.

Au-delà de l’urgence environnementale, les débats du SITeau mettent aussi en lumière la dimension économique et géopolitique de la question hydrique.

L’eau apparaît désormais comme un facteur central de compétitivité économique, de sécurité alimentaire, de stabilité sociale et de résilience territoriale.

LNT

 

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