Du détroit d’Ormuz au MASI, les ondes de choc au Maroc
La guerre au Moyen-Orient et son impact économique mondial met les places financières sous pression. Tous les marchés actions sont concernés, les indices boursiers ont reculé notamment en Europe, avec une baisse de 6% pour le CAC 40 pour ne parler que du français. Les secteurs les plus touchés sont le bancaire, l’énergie, l’industrie, l’aéronautique et le luxe, en bref ceux qui sont au cœur de la croissance économique. Et pour cause, le prix du pétrole ne cesse de grimper dépassant les 109 dollars le baril aujourd’hui en raison du blocage du détroit d’Ormuz. Les risques explosant, les taux d’intérêt ne cessent de s’apprécier notamment ceux des rendements des bons du trésor américain à 10 ans, une des références du marché obligataire international, avec plus 1,5 points de base. Le dollar est également affecté en ne cessant de s’apprécier face aux devises majeures, au détriment d’un euro qui a perdu près de 0,7%. En conséquence, les inquiétudes inflationnistes reviennent mettant à mal les décisions des banques centrales.
Les analystes prévoient une volatilité des marchés de plus en plus accrue, ils sont donc très sensibles aux développements géopolitiques et aux guerres en particulier, car ils savent quand elles commencent et il leur est difficile d’en prévoir la fin, ni d’en mesurer l’impact sur l’économie mondiale.
D’ailleurs, le marché boursier casablancais, connaissant une correction importante avec son principal indice le MASI, qui accuse une forte correction de -12% sur la période allant du 20 février au 03 mars 2026, pose la question de l’intensité de cette contre-performances parce qu’il s’agit de l’une des plus importantes, africaines et européennes. Sur la même période, le MASI affiche une baisse plus prononcée que celle observée sur le marché égyptien, qui s’est déprécié de -8% alors que l’Égypte demeure plus exposée aux conséquences économiques de ce conflit géopolitique.
Toutefois, peut-on de ce simple fait lier directement le comportement de notre marché bousier aux évènements internationaux quand l’on a toujours caractérisé notre place financière de domestique ? Certes, la publication des résultats des sociétés cotées au titre du 4ème trimestre 2025, montre une accélération de la croissance des revenus de la cote à +12,2% à cette date, en contradiction avec la forte correction du marché, ce qui peut le laisser croire. Mais les analystes d’Attijari Global Research confirment que « la correction du MASI ne s’explique pas uniquement par les tensions géopolitiques, mais également par des facteurs purement domestiques ». La montée en force du poids des Particuliers contribue aujourd’hui à amplifier les phases baissières du marché. D’autre part, la multiplication des opérations de financement de l’État via les OPCI, aurait affaibli la position « acheteuse » des institutionnels envers les Actions. La guerre au Moyen-Orient ne peut donc justifier à elle seule la correction du MASI.
Mais au-delà de l’avis technique des opérateurs et observateurs du marché marocain, l’économie du pays reste très dépendante par ses besoins en hydrocarbures. Si, les guerres s’intensifient dans la durée, tout particulièrement celle en question qui s’étend aux pays du Golfe, nos principaux fournisseurs de pétrole, l’économie du pays aura du mal à rester résiliente comme l’a affirmé récemment Nadia Fettah la ministre des Finances. Car, le Maroc importe environ 90% de ses besoins en hydrocarbures, principalement des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les importations ne sont pas bloquées, mais la facture énergétique augmente. L’économie marocaine est donc déjà touchée. Et, la hausse des prix du pétrole est effective à différents niveaux puisque les prix à la pompe du carburant ont augmenté affectant directement les ménages et les entreprises. Il est établi qu’une hausse de 10 dollars par baril peut ajouter 0,25-0,30 dollar par gallon d’essence. De façon globale, la hausse des prix du pétrole affecte l’économie du pays, tout en entraînant une inflation et une réduction du pouvoir d’achat des ménages. Tout particulièrement, les secteurs les plus exposés à la hausse du baril sont l’automobile, l’agro-industrie, l’industrie, le transport et la logistique, qui sont fortement dépendants des importations de pétrole et de gaz. Car la hausse des prix du pétrole affecte les coûts de production et de transport, ce qui se répercute sur les prix des biens et services.
De fait, le Maroc est vulnérable aux chocs pétroliers en raison de sa dépendance aux importations d’énergie même si le pays investit dans les énergies renouvelables pour la réduire en diversifiant ses sources d’énergie et réduire sa vulnérabilité.
Cette inflation importée se répercuterait d’autant plus sur les coûts de transport, de logistique et de production. De même que l’augmentation de sa facture énergétique creuserait le déficit commercial du Maroc, qui est déjà structurellement déficitaire. Cette même pression détériorerait les réserves de change qui se réduisant, peuvent affecter la stabilité de la monnaie nationale.
En définitive, la réponse à la question de savoir si l’actuelle importante dépréciation de la bourse est liée à la guerre au Moyen-Orient, se trouve inéluctablement dans les risques qu’encourt l’économie de notre pays dans son ensemble…
Afifa Dassouli
