Le Roi Mohammed VI adresse un Discours à la Nation à l'occasion de la Fête du Trône

Politique

Discours du Trône, la révolution par le haut…

le 31 juillet 2019


Chaque discours du Trône apporte son lot de critiques justifiées et de propositions saillantes et celui du 29 juillet 2019 n’aura pas dérogé à cette règle.

Mieux, il restera sans nul doute dans l’histoire du règne du Roi Mohammed VI comme l’un des plus forts tant il est riche en désaveux à peine voilés et en mesures radicales.

De cette allocution très dense et exhaustive, on retiendra donc plusieurs points, les uns tout aussi importants que les autres.

Le premier constat, sans respecter l’ordre du texte lui-même, est la reconnaissance royale de l’état d’indigence et de misère dans lequel vivent nombre de Marocaines et Marocains, à la ville comme à la campagne, ce que le Souverain dénonce clairement et ne peut accepter.

Désaveu cinglant

Ce constat, d’ailleurs, induit des propositions concrètes et l’on comprend ainsi que l’orientation annoncée l’année dernière, celle d’une stratégie de développement plus inclusive et l’orientation des politiques publiques vers l’amélioration des conditions matérielles des plus démunis, seront fortement accélérées, notamment en termes budgétaires.

Mais, second constat, largement partagé par nos concitoyens, l’invite au changement et à la réforme nécessite des femmes et des hommes déterminés, compétents, courageux et volontaires.

Voilà pourquoi le Roi Mohammed VI a pressé le chef du gouvernement de joindre à l’équipe actuelle du sang neuf mais aussi, de revoir en profondeur les ressources humaines de la haute administration, des établissements publics et autres institutions de l’État.

Gageons donc que l’été sera fait d’angoisses et d’inquiétudes pour nombre de ministres et hauts fonctionnaires qui redouteront de faire partie de « la charrette de l’automne » !

Mais, au-delà de ce constat, le message royal a été très explicite en ce qui concerne l’actuelle équipe gouvernementale emmenée par M. Saad Eddine El Othmani.

On peut comprendre ainsi que le Souverain n’a pas voulu renvoyer le gouvernement pour des raisons d’opportunité et de timing, mais souhaiter de nouvelles compétences ministérielles, c’est reconnaître que ceux et celles qui portent des maroquins aujourd’hui ne font plus l’affaire !!!

Une vérité qui imprègne depuis longtemps nombre de nos concitoyens…

De là, on conclura, sans trop de précautions, que le leadership du PJD en tant que pièce maitresse de toute coalition majoritaire, est désormais battu en brèche, les deux mandats successifs qu’il a occupés depuis 2012 ayant largement attesté des limites de ses compétences gouvernementales.

Autre conséquence de ce discours royal, la réédition d’une formule que feu le Roi Hassan II avait adoptée en créant le fameux G 14 en 1995 sous la férule du Conseiller André Azoulay et composé d’esprits brillants qui s’attelèrent à définir les contours d’une nouvelle politique économique.

Une commission dédiée à la définition d’un nouveau modèle de développement sera donc nommée à la fin de l’été et elle viendra suppléer l’indigence des diverses propositions qui ont afflué au cabinet royal, émanant en grande partie de ces partis politiques qui n’ont toujours rien appris, ni oublié.

C’est donc un véritable bouleversement, en profondeur, que le pays s’apprête à vivre afin que les réformes et politiques destinées à améliorer la condition de millions de Marocains entrent en jeu le plus rapidement possible.

Ouverture et constantes

Et pour cela, outre l’aspect humain, le Roi Mohammed VI a pressé le capitalisme local de se montrer plus dynamique, plus patriote également, en participant effectivement à l’investissement productif alors que l’ouverture sur l’étranger, l’un des pans de la mondialisation, sera encore plus affirmée.

Mieux encore, des secteurs nouveaux seront ouverts à la concurrence étrangère, ce qui, certainement, ne sera pas pour plaire à tous ceux qui sont confortablement assis sur des rentes depuis des décennies…

Mais, comme chacun sait, le Discours du Trône est aussi destiné à notre environnement, régional, continental et international. Il se veut ainsi urbi et orbi.

C’est pourquoi le Roi Mohammed VI n’a point manqué de réitérer l’attachement indéfectible à la préservation de notre intégrité territoriale et l’engagement ad infinitum à maintenir la marocanité de nos provinces du Sud.

Par contre, alors que le peuple algérien manifeste depuis plusieurs mois son ras-le-bol du « Système » en refusant tous les scenarii minables des caciques d’un Pouvoir honni, le Roi Mohammed VI a de nouveau tendu une main sincère et amicale à nos voisins de l’Est, soulignant la profondeur des liens multiformes qui nous unissent à nos frères algériens.

Il s’agit là d’un signal très clair en direction de la future équipe dirigeant à Alger, mais aussi envers ce peuple frère et ami qui traverse une période cruciale de son histoire.

En conclusion, alors que les flonflons de la fête résonnent encore, l’espoir d’un réel changement renaît, pétri d’impatience.

Vivement la fin de l’été…

Fahd YATA