Le Roi prononce un discours devant le 28ème sommet de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba.

Politique

Le discours royal d’Addis-Abeba, l’apothéose !

par Fahd Yata | le 31 janvier 2017


L’Histoire de l’Afrique moderne retiendra sûrement le 31 janvier 2017 comme une date marquante, celle d’un tournant pour le continent en son entier.

En effet, ce jour, devant l’ensemble des chefs d’État, de gouvernements, ou de leurs représentants, l’Union Africaine a solennellement reçu le Roi Mohammed VI venu, par un discours magistral, marquer le retour du Royaume du Maroc « dans sa maison », celle qui abrite les autres Etats membres de l’organisation continentale.

Mais, comme jamais auparavant, l’éminente assemblée africaine a eu à entendre des paroles d’une clarté et d’une justesse que personne, non vraiment personne, ne pourra contester, tant elles ont brillé par leur pertinence et leur franchise.

La longue marche

Le discours royal prononcé dans l’enceinte de l’UA, en effet, a constitué à la fois le point d’orgue et l’apothéose d’une longue marche entreprise par le Roi Mohammed VI et le Maroc depuis ce jour de juillet 1999 marquant l’intronisation du Souverain succédant à son défunt et auguste père, feu le Roi Hassan II.

Par touches successives, par des phrases incisives, par des vérités irréfutables, le Roi Mohammed VI a expliqué et démontré quelles étaient les composantes premières de cette volonté de retour au sein de la famille institutionnelle africaine.

En soulignant, de prime abord, que le Maroc « rentrait à la maison », le Souverain a marqué une évidence, celle qui a toujours été une constante, c’est-à-dire l’africanité du Royaume, même si, pour des raisons qui avaient tout leur sens à l’époque, le Maroc, membre fondateur de l’OUA, avait quitté ce cénacle en 1984.

Le Maroc, devait rappeler le Roi Mohammed VI, a patiemment et avec détermination, cherché à tisser et raffermir ses liens avec les Etats subsahariens, tout au long de cette « longue marche », entamée donc il y a plus de 17 années et menée personnellement par SM Mohammed VI. Durant cette période, le Souverain a visité 25 pays d’Afrique lors de 46 déplacements intra-africains, conclu 945 accords multilatéraux, quand le Royaume en avait conclu 515 entre 1956 et 1999 !

 

A chacun son fait

Ce sont cette conviction et cette détermination qui ont donné au Roi le droit de dire à tous et à chacun des paroles qui ne seront pas oubliées de sitôt.

L’Afrique est nôtre parce que nous sommes Africains et désireux de participer à son développement, à son essor, au bonheur et à la prospérité des peuples du continent.

Nulle volonté d’hégémonisme dans notre démarche, nulle intention de division, nul appétit expansionniste, mais aspiration forte à promouvoir la coopération, les partenariats, comme ceux noués avec le Nigéria et le gazoduc qui traversera l’ouest africain jusqu’aux côtes marocaines, comme le développement de l’agriculture avec la Triple A, lancée à Marrakech peu avant la Cop22, comme également la fertilisation des sols africains à la faveur des accords conclus par l’OCP et ses vis-à-vis nigérians, non pour le seul bénéfice du Nigéria mais pour l’ensemble des agriculteurs africains.

Rappelant que les peuples ne se nourrissent pas « de gaz et de pétrole », le Roi Mohammed VI ainsi lancé une grosse  pierre dans le jardin de l’Algérie, elle qui a construit depuis des décennies son modèle de « subvention » à certains pays d’Afrique sur une rente pétrolière et gazière aujourd’hui quasiment en panne sèche !

Un modèle aussi périmé que sont dépassés les dirigeants d’Alger, eux qui ne font pas partie de la « nouvelle génération de dirigeants africains » et qui, comme rappelé par le Souverain, « ont éteint la flamme maghrébine », faisant de notre région la zone la « moins intégrée de la planète » !

 

Une nouvelle ère

Comment d’ailleurs, ne pas voir dans ce discours d’Addis-Abeba l’occasion de dire aux uns et aux autres que leur ère et leur leadership étaient désormais derrière les peuples d’Afrique, alors que le Royaume accueille généreusement des dizaines de milliers de subsahariens en quête d’un avenir meilleur quand d’autres pratiquent la « chasse à l’homme noir » et les expulsions aussi massives que brutales ?

Qui, au demeurant, pourrait nier que le Maroc, aujourd’hui parmi les plus riches et les plus développés du continent, met en œuvre à la fois des politiques de formation pour la jeunesse africaine et des partenariats équilibrés avec des pays frères, dans une volonté explicite de donner « à l’Afrique son leadership », loin des tentations hégémonistes, mais fort de son statut de pays émergent ?

Un statut et une stratégie qui permettent de dire leur fait aux occidentaux, ces donneurs de leçons qui, oubliant leur passé colonialiste, se prennent toujours à se répandre en conseils et en leçons quand leurs taux de croissance sont à peine moins faibles que ceux de certains pays africains !

Quel leadership et quel crédit accorder à des nations vieillissantes, qui croient encore qu’un concept éculé comme celui du « Tiers Monde » leur permettra de poursuivre dans leurs politiques de pillage des richesses africaines ?

Le meilleur pour l’Afrique

Pourquoi se sentir complexée par l’Occident alors que l’Afrique est forte de sa culture, de ses valeurs, de ses institutions, de ses hommes et de leurs compétences ?

Voilà quelques-unes des grandes vérités assénées par le Roi Mohammed VI du haut de la tribune africaine d’Addis-Abeba, suscitant, lors de son discours, les applaudissements nourris de l’assistance.

Car, au-delà de la satisfaction énorme que représente pour le Maroc et son peuple, l’admission quasiment plébiscitée du Royaume au sein de l’Union Africaine, c’est un sentiment de fierté légitime qui étreint les Marocains après ce discours fondateur d’une Afrique nouvelle prononcé par leur Souverain.

L’UA reçoit donc la juste récompense de sa grandeur, qui a pu se manifester malgré les sombres manigances d’une poignée d’Etats, celle de compter désormais parmi ses chevilles ouvrières, ses membres les plus influents et les plus déterminés, le Royaume du Maroc qui ne ménagera aucun effort, comme souligné en conclusion par SM Mohammed VI, pour « assurer la prospérité du citoyen africain et satisfaire les aspirations de (ses) peuples ».

En Afrique, au sein de l’Union Africaine, rien ne sera plus comme avant. Et, du nord au sud, de l’ouest à l’est de notre continent, tous l’ont compris désormais !