Plus de 2,7 millions d’adultes sont diabétiques au Maroc, dont près de la moitié sans diagnostic. Au-delà des médicaments, le suivi quotidien représente une dépense que les patients évaluent entre 2 000 et 2 500 dirhams par mois selon les besoins et le niveau de couverture. Les capteurs de mesure continue du glucose demeurent peu pris en charge.
La question du diabète au Maroc est le plus souvent abordée sous l’angle de la prévalence. Elle se pose aussi, pour les patients, sous celui du coût du suivi, poste distinct de celui des traitements et beaucoup moins documenté.
Les données du ministère de la Santé situent à plus de 2,7 millions le nombre d’adultes atteints de diabète dans le Royaume, avec une caractéristique qui commande tout le reste : près de la moitié d’entre eux ne sont pas diagnostiqués. Cette proportion signifie que le coût supporté par les patients suivis ne concerne qu’une part de la population effectivement malade, l’autre part supportant, elle, le coût des complications non prévenues.
Les ordres de grandeur rapportés par les patients éclairent la charge réelle. Une patiente évoque un achat d’insuline d’environ 3 330 dirhams par trimestre, couvert par son assurance. Une autre évalue ses dépenses mensuelles entre 2 000 et 2 500 dirhams selon ses besoins et l’étendue de sa couverture. Ces montants relèvent de cas individuels et ne constituent pas des moyennes nationales, mais ils situent l’enjeu.
Le point de blocage identifié porte sur les technologies de surveillance. Les bandelettes d’autosurveillance glycémique demeurent le mode de mesure le plus répandu, non par choix médical mais par défaut : la prise en charge des capteurs de mesure continue du glucose reste limitée. Or ces dispositifs modifient la qualité du suivi, en particulier pour le diabète de type 1 et pour les patients sous insuline, en permettant de détecter les variations nocturnes et les hypoglycémies asymptomatiques.
L’endocrinologue Nouzha Semlali relève les disparités d’accès à ces technologies et les lacunes de couverture. À quoi s’ajoutent des ruptures d’approvisionnement qui compliquent périodiquement la gestion des traitements.
L’arbitrage posé est classique en économie de la santé. Le remboursement d’un dispositif de surveillance représente une dépense immédiate et identifiable pour l’assurance maladie ; les complications qu’il permet d’éviter, néphropathies, rétinopathies, amputations, hospitalisations, représentent une dépense différée et diffuse, mais d’un ordre de grandeur supérieur. La difficulté tient à ce que les deux ne relèvent pas des mêmes lignes budgétaires ni du même horizon temporel.
La généralisation de l’assurance maladie obligatoire, qui couvre désormais une large majorité de la population, déplace la question du principe de la couverture vers celui du contenu du panier de soins, dont la définition constitue l’un des chantiers ouverts du système de santé.
LNT
