Déresponsabilisation et distanciation, les deux maux nés de la pandémie

Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Entre les « performances » quotidiennes du Covid-19 dans notre pays, l’absence de pluies salvatrices pour entamer véritablement la saison agricole, la grogne de certains à cause de la Contribution de Solidarité Nationale promise par le Projet de Loi de Finances 2021, l’attente du vote du Conseil de Sécurité de l’ONU sur le renouvellement du mandat de la Minurso au Sahara occidental marocain, l’actualité est bien riche en cette fin du mois d’octobre. Et si l’on ajoute à cela la situation de secteurs sinistrés comme le tourisme, la restauration, l’événementiel et autres services, nul doute que l’atmosphère est loin de dégager de l’optimisme…

Cette morosité ambiante est, certes, la conséquence de situations réelles et éprouvantes pour une grande partie de nos concitoyens, mais, de surcroit, elle se nourrit de l’absence de démarches pro-actives, volontaristes, dédiées à la mobilisation des énergies et des potentialités. Au contraire, on a le sentiment que dans les cercles officiels, gouvernementaux plus exactement, le manque de réalisme caractérise le comportement de certains responsables qui sont en mal de pédagogie communicationnelle.

Ainsi, pour le Projet de Loi de Finances 2021, l’opinion publique a dû de suffire de la présentation orale du Ministre Benchaâboun devant les parlementaires avant que les débats ne commencent en commission des Finances. Résultat, trop peu de citoyens se sentent impliqués par ce texte fondamental qui va gérer l’action de l’État durant une année qui sera encore impactée par les effets multiformes de la pandémie du nouveau coronavirus.

Ainsi, pour le Tourisme, on se gargarise à longueur de journée sur la venue de quelques groupes à Marrakech et Agadir, comme si le retour à la situation antérieure et la sortie de crise étaient d’actualité. Mais, en réalité, tant que le ciel marocain sera fermé, rien de consistant et de durable n’interviendra, malgré tous les efforts de ceux qui croient encore aux effets de la Méthode Coué ! Avec l’étendue actuelle de la pandémie dans le monde et notamment en Europe occidentale, bassin naturel des touristes susceptibles de séjourner prochainement dans notre pays, il semble que « deux sauts de puce l’un à Londres, l’autre à Paris et la tenue d’un webinaire de l’ONMT ne soient guère suffisants pour remettre le Royaume dans le circuit des pays attractifs alors que la saison d’automne est déjà perdue et celle d’hiver bien compromise.

Que dire et penser également des déclarations du Ministre de la Santé qui tente de rassurer et qui, dans le même temps, reconnait que son département « n’a pas entièrement la main sur la gestion de la crise pandémique du fait de la mauvaise volonté manifeste d’entreprises et de citoyens qui refusent d’observer les règles élémentaires destinées à empêcher la dissémination du virus dans notre pays ?

De même, sur le terrain politique, à peine se suffit-on des conciliabules entre les formations partisanes et la « mère des ministères, sur le quotient électoral, sans se préoccuper que leurs « clients », c’est-à-dire les citoyens, sont les principaux concernés du fait de leur qualité d’électeurs ! On se rend compte ainsi que la distanciation, qui se doit d’être seulement sociale et sanitaire pour prévenir de nouvelles infections, est désormais la caractéristique principale de notre quotidien. Les choses se passent en circuit fermé, entre interlocuteurs qui se connaissent et se pratiquent du fait de leurs responsabilités et charges, laissant ainsi sur le bord du chemin la grosse majorité de la population qui subit les évolutions et les décisions sans trop les comprendre…

Et s’il est une vérité qui s’est imposée depuis le mois de mars dernier, c’est celle d’un confinement qui, de physique, est devenu intellectuel, sociétal, aggravé par les effets d’une pandémie aux manifestations aussi cruelles qu’incontournables, affectant notamment la sphère économique, l’emploi, le vécu quotidien des plus démunis, etc. Le citoyen est ainsi livré à lui-même, ballotté entre les mesures restrictives et les décisions de dernière minute. La pandémie a induit la déresponsabilisation et il sera très difficile d’en sortir quand tout sera terminé…

Fahd YATA

Pour aller plus loin

Vous souhaitez être informé en temps réel ?
Soyez notifié dès qu’un article de cette rubrique est publié.

M'inscrire à la newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir de l’information quotidiennement