DEPF : tourisme, transport et crédit soutiennent l’économie marocaine malgré des signaux contrastés

Par LNT
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L’économie marocaine a poursuivi son évolution sur une trajectoire globalement favorable au cours des premiers mois de 2026, portée notamment par la bonne tenue du tourisme, la progression du transport aérien, le dynamisme du crédit bancaire et le maintien d’un financement soutenu de l’économie. C’est ce qui ressort de la dernière note de conjoncture publiée par la Direction des Études et des Prévisions Financières (DEPF), qui met toutefois en évidence plusieurs indicateurs contrastés, notamment dans les secteurs de l’énergie, de la construction et du transport maritime.

Le secteur touristique continue de s’imposer comme l’un des principaux moteurs de l’activité économique. À l’approche de la saison estivale, la destination Maroc confirme son attractivité avec une progression de 13% des arrivées de touristes au mois de mai 2026, malgré les tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui ont entraîné une hausse des coûts du transport aérien.

Au terme des cinq premiers mois de l’année, le Royaume a accueilli 7,7 millions de visiteurs, soit une augmentation de 7% par rapport à la même période de 2025. Si ce rythme reste inférieur à la hausse exceptionnelle de 22% enregistrée un an auparavant, il confirme néanmoins la résilience du secteur.

Cette dynamique se reflète également dans les établissements d’hébergement classés, qui ont totalisé 14 millions de nuitées à fin avril, en progression de 9% sur un an. Après une légère contraction observée en février (-3,8%), les performances mensuelles ont rapidement retrouvé leur vigueur avec des hausses de 22,2% en mars et de 8% en avril.

Les recettes voyages poursuivent également leur progression à un rythme soutenu. Elles affichent une croissance de 21,2% à fin avril 2026, confirmant la montée en valeur du secteur touristique et sa contribution croissante aux équilibres extérieurs du pays.

Le transport aérien poursuit son envol

Cette bonne orientation du tourisme s’accompagne d’une forte progression du transport aérien. Les aéroports marocains ont accueilli plus de 12,3 millions de passagers durant les quatre premiers mois de 2026, en hausse de 9,7%.

Le trafic international progresse de 9,5%, tandis que le trafic domestique affiche une hausse plus marquée de 11,1%.

Les liaisons avec les principaux marchés émetteurs restent particulièrement dynamiques. Le trafic avec l’Europe augmente de 9,6%, celui avec l’Afrique de 19,6%, tandis que les échanges avec les Amériques enregistrent la plus forte progression (+23,9%). Les flux avec les pays du Maghreb progressent également de 13,7%.

Seule ombre au tableau, les dessertes avec le Moyen et l’Extrême-Orient reculent de 4,6%, conséquence directe des perturbations géopolitiques qui affectent la région. Durant le seul mois d’avril, ce trafic s’est contracté de 37,5%.

Le fret aérien demeure également bien orienté avec une croissance de 11,8%.

Les ports affichent une activité contrastée

Le transport portuaire poursuit également sa progression, bien que les performances diffèrent selon les segments.

À fin mars 2026, les ports marocains ont traité 63,3 millions de tonnes de marchandises, soit une hausse de 4,3%.

Cette évolution est principalement portée par la progression des importations (+10,7%) et du soutage des hydrocarbures (+4,3%). Les principaux trafics stratégiques affichent également des résultats positifs, avec une hausse des importations de céréales (+33,7%), des hydrocarbures (+16,9%), du charbon (+17%), des phosphates et dérivés (+2,8%) ainsi que des voitures neuves (+8,2%).

En revanche, certains segments enregistrent un ralentissement. Le trafic des conteneurs recule de 1,9%, celui du transport international routier de 5,8%, tandis que le cabotage chute de 30%. Les exportations maritimes diminuent également de 1,9%.

Le trafic de passagers dans les ports reste pratiquement stable, avec 718.720 voyageurs à fin mars, en léger recul de 0,8%.

Le Trésor renforce ses financements

Sur le plan des finances publiques, les levées brutes du Trésor atteignent 58,2 milliards de dirhams à fin mai 2026, en légère hausse de 0,8%.

Cette évolution repose principalement sur une forte augmentation des émissions à maturité moyenne (+61,6%), tandis que les émissions à long terme reculent fortement (-86,7%).

Dans le même temps, les remboursements diminuent de 4,7%, permettant aux levées nettes d’atteindre 19,8 milliards de dirhams, en progression de 13,4%.

L’encours des bons du Trésor s’établit ainsi à 807,1 milliards de dirhams, confirmant la stabilité du financement de l’État.

Parallèlement, l’appétit des investisseurs demeure soutenu. Les soumissions sur le marché des adjudications progressent de 21,7%, atteignant 157,2 milliards de dirhams.

Bank Al-Maghrib maintient un soutien important à la liquidité

La Banque centrale poursuit également ses interventions pour accompagner le financement de l’économie.

En mai 2026, Bank Al-Maghrib a porté ses injections hebdomadaires de liquidité à 161,3 milliards de dirhams, principalement à travers les avances à sept jours, les pensions livrées et les programmes de soutien destinés aux TPME.

Le taux interbancaire demeure stable autour de 2,25%, conformément au taux directeur.

Par ailleurs, les conditions de financement poursuivent leur amélioration. Au premier trimestre 2026, le taux moyen des crédits bancaires recule à 4,66%, grâce notamment à la baisse des taux appliqués aux crédits d’équipement, de trésorerie, immobiliers et à la consommation.

L’énergie évolue à deux vitesses

Le secteur énergétique présente des évolutions plus contrastées.

La production nationale d’électricité recule légèrement de 0,3% à fin avril, en raison d’une baisse de la production privée et de celle de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE).

Cette diminution est toutefois largement compensée par la forte progression des énergies renouvelables développées dans le cadre de la loi 13-09 (+20,7%) ainsi que par la montée en puissance des producteurs tiers (+209,5%).

Les importations d’électricité progressent fortement (+68,7%), alors que les exportations reculent de 44,2%.

Dans le même temps, la demande intérieure continue d’augmenter, avec une hausse de 4,5% de l’énergie nette appelée et une progression de 8,4% de la consommation nationale d’électricité.

La construction ralentit mais le crédit immobilier résiste

Le secteur de la construction envoie, quant à lui, des signaux plus mitigés.

Les ventes de ciment, considérées comme un indicateur avancé de l’activité du bâtiment, reculent de 5,3% sur les cinq premiers mois de l’année, après avoir progressé de 9,5% un an auparavant.

Toutefois, les premiers indicateurs du deuxième trimestre montrent une amélioration, avec une reprise des ventes de 1,9% après le recul enregistré durant le premier trimestre.

En parallèle, le financement immobilier poursuit sa progression. Les crédits à l’habitat augmentent de 3%, tandis que ceux destinés à la promotion immobilière progressent de 3,5%.

Au total, l’encours des crédits immobiliers atteint 325,7 milliards de dirhams à fin avril 2026, en hausse de 3,6%, traduisant la poursuite du financement du secteur malgré le ralentissement observé sur certains indicateurs de l’activité.

Au final, la note de conjoncture de la DEPF fait ressortir une économie marocaine qui continue de bénéficier de la vigueur du tourisme, de la mobilité internationale et de conditions de financement favorables. En parallèle, certains secteurs, notamment la construction, le commerce maritime ou encore la production électrique, affichent des évolutions plus contrastées, témoignant d’un contexte économique marqué à la fois par la résilience de la demande intérieure et par les effets persistants des incertitudes géopolitiques internationales.

 

LNT

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