Démographie : le Maroc engagé dans une transition structurelle, alerte l’ONDH
Le Maroc connaît une transformation démographique profonde, marquée par un recul de la fécondité, un ralentissement de la croissance de la population et un vieillissement progressif. C’est le constat dressé par l’Observatoire national du développement humain, à l’occasion d’un séminaire consacré aux mutations démographiques et à leurs implications socioéconomiques.
S’appuyant sur les données du Haut-Commissariat au Plan, l’Observatoire estime que le Royaume converge désormais vers un modèle démographique proche de celui observé dans plusieurs pays européens, caractérisé par un indice de fécondité inférieur au seuil de renouvellement des générations et par une recomposition de la structure familiale.
Les indicateurs révèlent une décélération significative de la croissance démographique. Le taux d’accroissement annuel de la population est ainsi passé de 2,6% en 1994 à 0,85% en 2024, soit une division par trois en l’espace de trois décennies.
Cette évolution s’explique notamment par la baisse continue de l’indice synthétique de fécondité, qui s’établit à 1,97 enfant par femme, contre 2,5 en 2004. Ce niveau place désormais le Maroc en dessous du seuil de remplacement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme.
Malgré cette tendance, la population devrait continuer à croître, sous l’effet de l’inertie démographique, pour atteindre environ 40,5 millions d’habitants à l’horizon 2050, bien que le rythme de croissance soit appelé à ralentir.
Parallèlement à la baisse de la natalité, le Maroc amorce une phase de vieillissement démographique. La part des personnes âgées de 60 ans et plus atteint désormais 13,8% de la population, tandis que celle des moins de 15 ans recule, passant de 28,2% à 26,5%.
Cette évolution s’accompagne d’une contraction de la population en âge de travailler, dont la part diminue de 62,4% à 59,7%. Ce phénomène, souvent qualifié d’« effet de ciseaux », traduit une pression accrue sur les systèmes économiques et sociaux, appelés à s’adapter à une structure démographique en mutation.
Au-delà des dynamiques démographiques, l’ONDH met en évidence une transformation notable du modèle familial. La taille moyenne des ménages a diminué pour atteindre 3,9 personnes, contre 5,3 en 2004, traduisant une évolution des modes de vie et des structures sociales.
Cette tendance s’accompagne d’une augmentation du nombre de personnes vivant seules, estimé à près d’un million, ainsi que d’une progression du célibat définitif à l’âge de 55 ans. Par ailleurs, la proportion de ménages dirigés par des femmes atteint désormais 19,2%, illustrant une évolution des rôles au sein de la cellule familiale.
Ces transformations témoignent d’un affaiblissement du modèle familial traditionnel, sous l’effet notamment de l’urbanisation et des mutations socioéconomiques.
Face à ces évolutions, l’ONDH appelle à une adaptation des politiques publiques en matière de développement humain. Le vieillissement de la population, associé à une prévalence accrue des maladies chroniques, pose des défis importants en termes de santé publique et de qualité de vie.
L’Observatoire souligne qu’une personne âgée sur cinq vit en situation de handicap, mettant en évidence la nécessité de renforcer les dispositifs de prise en charge et d’accompagnement.
Dans ce contexte, des réflexions sont engagées autour du développement de l’économie des soins (« care economy »), ainsi que sur l’adaptation des mécanismes de protection sociale, afin de répondre aux besoins d’une population vieillissante.
Au-delà des aspects démographiques, ces transformations interrogent les fondements du modèle de développement. La question de l’adéquation entre allongement de l’espérance de vie, état de santé et autonomie devient centrale, tout comme celle de la soutenabilité des systèmes de protection sociale.
L’ONDH insiste ainsi sur la nécessité de renforcer la résilience du capital humain et de réduire les vulnérabilités économiques, en particulier dans les zones rurales, afin de garantir une meilleure inclusion et une autonomie accrue des populations.
LNT
