Entre 40 000 et 50 000 emplois marocains sont directement exposés à la loi française interdisant le démarchage téléphonique sans consentement préalable, entrée en vigueur le 11 août. Près de 80% de l’activité des centres d’appels du Royaume est orientée vers la France. Casablanca, Marrakech, Tanger et Meknès concentrent l’essentiel des effectifs concernés.
L’estimation de 40 000 à 50 000 postes émane du ministère de l’Inclusion économique. Elle ne couvre que les emplois directement liés à la prospection sortante : les répercussions atteindraient également le support technique, les ressources humaines et les fonctions administratives adossées à ces plateaux.
La vulnérabilité tient à une double concentration. Concentration géographique d’abord, avec une activité tournée à 80% vers un marché unique. Concentration par métier ensuite, certains opérateurs réalisant jusqu’à 80% de leur chiffre d’affaires sur la seule prospection téléphonique.
Les petites et moyennes structures, qui représentent plus de 60% des effectifs du secteur au Maroc, sont les plus exposées. Elles disposent de moins de réserves de trésorerie, d’une clientèle moins diversifiée et de capacités d’investissement limitées pour se repositionner. Les premières fermetures sont enregistrées : une entreprise française a cessé ses activités à Casablanca en juillet, affectant 48 salariés.
Le secrétaire général de la Fédération des centres d’appel, Ayoub Saoud, juge la situation préoccupante et met en cause l’absence de réaction des pouvoirs publics, qu’il relie à la question de la souveraineté économique du Royaume.
Un obstacle méthodologique complique l’évaluation : l’activité se caractérise par une opacité statistique, une partie des structures échappant aux recensements officiels en raison de leur caractère informel. Les professionnels réclament un recensement précis du secteur comme préalable à toute mesure d’accompagnement.
Ce choc intervient alors que l’État déploie sa nouvelle offre offshoring, en vigueur depuis le 1er juillet 2025 et courant jusqu’à fin 2030. Le dispositif prévoit la prise en charge par l’État de 56% du taux d’impôt sur les sociétés, une contribution de 17% du revenu brut imposable annuel par emploi stable créé et une prime à la formation de 3,5%. Les avantages sont territorialisés, avec un plafond d’impôt sur le revenu ramené à 10% dans les zones secondaires et les régions hors axe Rabat-Casablanca.
La stratégie Digital Morocco 2030 vise 130 000 emplois directs additionnels et 40 milliards de dirhams de chiffre d’affaires supplémentaire à l’export. Ces objectifs supposent une montée en gamme vers l’informatique, la gestion des processus métier et les services à forte valeur ajoutée, précisément les segments vers lesquels le choc actuel contraint les opérateurs à se reporter.
Les pistes de reconversion identifiées portent sur la diversification géographique, le développement des appels entrants, le support technique, le service client et les solutions omnicanales. Le calendrier constitue la principale difficulté : la loi française produit ses effets immédiatement, quand une montée en compétences se construit sur plusieurs exercices.
LNT