Politique

Pas de scénario à la turque pour Abdelilah Benkirane !

le 29 novembre 2017


Echec et mat pour Abdelilah Benkirane ! 2017, décidément, sera celle de ses défaites consécutives et, peut-être, la plus funeste de sa carrière d’homme politique.

« Toi aussi, mon fils »

Après avoir été « remercié » et prié d’abandonner ses efforts dans la constitution d’un gouvernement de coalition, entre novembre 2016 et avril 2017, le voilà qui vient d’essuyer un désaveu cinglant de la part de ses amis et notamment de la vieille garde de l’islamisme politique, celle qui l’a accompagné dans sa quête du pouvoir, c’est-à-dire le « gardien idéologique » du Mouvement de l’Unité et de la Réforme, le MUR, mais aussi ses plus proches compagnons tels Ramid, Yatim, Rebbah, etc.

C’est devant le Conseil national du PJD, réuni en fin de semaine dernière à Salé, que la chute a été prononcée, tandis que M. Abdelilah Benkirane, quoiqu’exclu de la gestion des affaires publiques, espérait fortement se remettre en selle à la faveur d’une modification des statuts de son parti qui ne permettent pas à un secrétaire général du parti de briguer trois mandats successifs.

Divine règle sans aucun doute qui prémunit ce parti, à la collégialité affirmée, des tentations dictatoriales, du « zaïmisme » porteur de la confiscation du pouvoir, si souvent observé dans notre champ politique national !

Benkirane a été abattu par ses proches, tel Jules César prononçant envers Brutus la célèbre sentence, « tu quoque mi filii », « toi aussi mon fils », alors qu’il tombait sous les coups de stylet des sénateurs romains.

A Salé, il n’y a eu, fort heureusement, qu’une mort politique, mais personne n’oubliera que l’une des plus sévères condamnations des ambitions de Benkirane est venue de Mustapha Ramid que l’ancien chef du gouvernement présentait souvent comme son poulain, son dauphin.

Ce jour-là, un compagnon de toujours lui a manqué tout particulièrement, le défunt Mohamed Baha qui, des années durant, lui prodigua conseils et avis, tempérant tout à la fois son impatience, sa verve populiste, ses desseins avoués ou inavoués.

Ainsi donc, il n’y aura pas au PJD, (du moins pour l’instant), de dérive à la turque !
Le modèle de l’AKP et de son chef, Recep Tayyip Erdogan, devenu le maître incontesté et pour longtemps, de la scène politique et des institutions de son pays, n’a pas été cloné au Maroc.

Il aurait dû suffire à Benkirane de se rappeler que l’empire Ottoman n’a jamais réussi à dominer et asservir le Maroc, pour comprendre que son ambition serait aussi vaine que celle des anciens maîtres de la Sublime Porte !

Ce désaveu cinglant des instances supérieures du PJD, ferme donc définitivement la route de Benkirane qui voulait « tripler », mais on soulignera néanmoins que le vote décisif a montré qu’il disposait encore d’une solide base d’appuis puisque la proposition d’amendement des statuts a tout de même réuni 101 suffrages contre 126 pour le rejet et 4 abstentions.

La revanche est un plat qui se mange froid

Ces chiffres indiquent également que le prochain congrès du PJD, prévu pour ce mois de décembre, verra l’affrontement de deux lignes, celle du chef de gouvernement actuel et président du Conseil national (le Dr. Saad Eddine El Othmani) et celle de Abdelilah Benkirane, soutenu par des cadors comme le ministre Mustapha Khalfi ou le bouillant Abdelaziz Aftati.

Bien évidemment, personne ne doutera que cette défaite (provisoire ?) a certainement été longuement préparée par l’adversaire reconnu de l’actuel secrétaire général du PJD, M. El Othmani, qui avait été victime d’un scénario similaire en 2007 au profit de Benkirane.

Mais, mieux encore et ironie du sort, c’est à partir d’une position moins prééminente dans laquelle l’avait cantonné Benkirane, la présidence du Conseil national, (un parlement partisan en quelque sorte), que le Dr El Othmani a pu réaliser au détriment de son adversaire le célèbre slogan « Dégage » !

En cette affaire également, on comprendra que les défections nombreuses enregistrées par le leader populiste dans sa « garde prétorienne » ont été causées par le syndrome « des délices de Capoue », lequel s’était déjà manifesté au printemps dernier quand Benkirane échouait à constituer une majorité parlementaire et gouvernementale.

Son successeur, en effet, M. Saad Eddine El Othmani, avait réussi en quinze jours ce que Benkirane n’avait pu réaliser en six mois, justement grâce au soutien majoritaire des caciques du PJD qui comptaient bien rempiler au gouvernement en appliquant un adage cher au Roi français Henri IV, si « Paris vaut bien une messe », un poste de ministre vaut bien un lâchage !

Enfin, on ne saurait oublier que M. Abdelilah Benkirane a été contrarié dans ses desseins de réformer à son avantage les statuts de son parti par la faiblesse de son bilan en tant que chef du gouvernement, lui qui, volens, nolens, est responsable de la malheureuse affaire de « Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit ».

Remember Al Hoceima

Certes, il n’a été ni limogé, ni proscrit de tout poste officiel futur, mais, il était le « primus inter pares » durant tout cet épisode d’une faillite plurielle au sein de son gouvernement.

Ses amis politiques, mieux que quiconque, ont pu apprécier son inaptitude à coordonner, diriger une équipe, impulser une action, lui qui préférait les « bons mots » aux séminaires inter-gouvernementaux, les meetings populaires en fin de semaine aux réunions d’évaluation du travail de ses ministres !

In fine, la gifle politique et publique qui lui a été infligée par le Conseil national du PJD, sert plusieurs objectifs à la fois.

D’abord, elle permet la réaffirmation des valeurs premières de ce parti qui, on doit le dire, donne de véritables et salutaires leçons de démocratie partisane aux autres formations.

Elle confirme, ensuite, le fait que la majorité des cadres et dirigeants du PJD a jugé négativement le passage de M. Benkirane à la chefferie du gouvernement en tant que secrétaire général de leur parti.

Elle satisfait, enfin, tous ceux qui, autour et en dehors du Parti de la Justice et du Développement, souhaitaient qu’un coup d’arrêt soit mis aux ambitions de Si Abdelilah.

« Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse », disait Jean de La Fontaine.

Fahd YATA