Économie et Finance

Crise du covid-19, quelles conséquences sur les marchés financiers ?

le 8 juin 2020


CDG Capital a organisé jeudi 4 juin un webinaire sous le thème “Les comportements des marchés financiers face au Covid-19”. Les marchés financiers, comme tous les pans de l’économie, ont subi l’effet de la pandémie, et l’incertitude plane encore auprès des opérateurs concernant leur évolution dans les mois, voire les années à venir.

Rachi Outariate, directeur général de CDG Capital Bourse, a rappelé de prime abord que le marché marocain était orienté à la hausse en début d’année, mais a commencé à chuter avant même l’annonce du premier cas de Covid-19 au Maroc, le 2 mars, par anticipation au vu de la situation au niveau international. Ainsi, une chute brutale de 26% a été enregistrée en 11 séances seulement, un record.

Par la suite, le marché a connu une reprise ou un « rebond technique », lorsque les opérateurs ont été rassurés quant à la bonne gestion de la crise au niveau national et aux mesures d’accompagnement qui ont été mises en place par les autorités pour accompagner plusieurs secteurs d’activité. Du 18 mars, le point le plus bas du marché, jusqu’au 4 juin, le marché a gagné 12%.

“Cette hausse de 12% a été réalisée avec relativement peu de volume. Nous ne pouvons ainsi pas anticiper comment les valeurs ou les secteurs vont se comporter puisque les paradigmes changent. Nous sommes dans une nouvelle réalité », selon le responsable.

De son côté, Ouissam Barbouchi, fondateur de OB Africa, estime que ce rebond est également lié à la baisse des rendements obligataires au Maroc, comme dans les autres pays africains.

Pour sa part, Zin bekkali, CEO de Silkinvest, relève que les marchés en développement sont moins impactés que les marchés développés par les effets du covid-19 : « En Afrique, les baisses les plus importantes ont eu lieu sur les marchés liquides, par exemple l’Egypte, l’Île Maurice, le Kenya. Les réserves en devises ont globalement tenu, grâce aux aides, et à moins d’importations de biens non alimentaires. »

Selon M. Outariate, la situation est « exceptionnelle et hors de tout benchmark, et aura un très fort impact. Conjuguée à d’autres événements, les élections US, la guerre commerciale Chine-US, elle rendra la reprise difficile en termes de volatilité ». De plus, « nous étions déjà en période de ralentissement, liée aux tensions globales sur la mondialisation ». C’est toutefois « la première crise où les marchés en développement ou émergents ont mieux fait face à la crise que les marchés développés, grâce aux politiques mises en place en Afrique et en Asie ».

Et si la bourse américaine affiche des capitalisations records, avec la plupart des indices qui ont progressé, les participants notent que cela relevait d’une « dislocation » due à la forte liquidité, car les investisseurs ont retiré leur argent des marchés émergents et frontières pour les remettre aux US. Ils estiment toutefois que cet état de fait ne sera que temporaire.

Des perspectives incertaines

En termes de perspectives, Rachid Outariate souligne que le secteur de l’hôtellerie et le secteur aérien vont pâtir encore et qu’il serait difficile de dresser des perspectives avec le manque de visibilité actuel. Les « points chauds » concernent la réaction de l’Etat, après une bonne gestion de la crise sanitaire et sociale. « Quelles mesures seront-elles prise ? Y aura-t-il un vrai rebond ? Nous avons besoin d’annonces précises et concrètes, comme à l’international ». « Nous sortirons renforcés, mais quand ? » se demande M. Outariate.

Ouissam Barbouchi, quant à lui, estime que les producteurs de produits de consommation de base, et les entreprises avec des bilans solides ou des trésoreries positives ne seront pas significativement impactées par la crise actuelle. “Des secteurs ont beaucoup profité de cette crise, à savoir le secteur de la distribution moderne. On évolue également vers le cashless. Du coup, les acteurs qui vont évoluer en termes de dématérialisation vont en bénéficier ».

Il souligne que des secteurs ayant souffert de la crise sanitaire pourront rebondir à moyen et long terme grâce à des plans de relance, comme le secteur de l’infrastructure comme exemple, qui attire beaucoup d’investissements et crée de l’emploi.

Pour sa part, Zin Bakkali précise que les secteurs des télécommunications, du paiement mobile, de l’offshoring et des services financiers pourront profiter de cette crise. Le secteur bancaire va également témoigner d’une croissance de l’activité à moyen terme.

« Le retour de la forme, notamment les IDE, viendra quand le monde se rendra compte de la façon dont l’Afrique aura bien fait face à la crise », explique M. Ouatariate, qui appelle à une « meilleure communication intra-africaine », et un renforcement de « l’intrégration avec l’Europe ». Avec un dollar au plus haut, ce qui devrait signifier une longue période de redressement, c’est le « moment d’allouer des investissements auprès des marchés frontières et émergents. De plus, les taux d’intérêt vont rester bas à cause de la dette haute, donc il y aura de faibles perspectives de gains (4% pour le marché actions) ». Enfin, Rachid Outariate estime qu’il est important de couvrir les valeurs « mid-cap », comme HPS. “Les mid-cap sont les Big-cap de demain”, déclare-t-il.

Selim Benabdelkhalek