Crédit du Maroc : un RNPG en hausse de 16,5% en 2025, sur fond d’accélération commerciale
Crédit du Maroc a clôturé l’exercice 2025 sur une progression notable de sa profitabilité, portée par une dynamique commerciale soutenue, une maîtrise des charges et un recul du coût du risque. Présentant les résultats annuels ce 13 février 2026, le management a mis en avant un environnement macroéconomique favorable et la poursuite du plan stratégique « Cap 2028 », dans un contexte de transformation opérationnelle et technologique accélérée depuis l’entrée du groupe Holmarcom à son capital.
Le résultat net part du groupe (RNPG) s’est établi à 864 millions de dirhams (MDH), en hausse de 16,5% par rapport à 2024. Pour la direction, cette progression illustre une trajectoire de développement « maîtrisée », articulée autour d’un renforcement des fondamentaux, d’une discipline d’exécution accrue et d’une politique de risque jugée prudente.
Un cap stratégique maintenu et une “année de consolidation”
En introduction, Ali Benkirane, président du directoire, a réaffirmé la continuité du plan « Cap 2028 ». « Nous avons réalisé l’essentiel en installant des fondations solides qui nous permettront d’aller de l’avant », a-t-il déclaré, en estimant que les trois dernières années ont permis de poser les bases d’un établissement « solide et durable ». Dans la même séquence, il a qualifié 2025 d’« année de consolidation et de confirmation », insistant sur le travail mené « sur nos fondamentaux », le renforcement des équipes, la stabilisation des dispositifs et l’amélioration de la capacité opérationnelle.
Le dirigeant a également souligné la logique de trajectoire partagée avec l’actionnaire de référence : « Le Cap 2028 est donc maintenu (…) porté par la vision (…) du groupe Holmarcom », décrivant une ambition de construire « une banque moderne, innovante, simple, efficace et durable ». Dans son propos, Ali Benkirane a aussi insisté sur l’articulation entre croissance et contrôle des risques : « Dans notre modèle, nous ne faisons pas le choix entre la croissance et la gestion de nos risques. Les deux avancent ensemble. »
Crédits et dépôts : une accélération en 2025
Sur le plan commercial, Crédit du Maroc affiche une hausse de 11,0% des encours de crédits, à 62.863 MDH à fin décembre 2025. Les financements aux entreprises ont progressé de 12,2% à 37.382 MDH, tirés par les crédits à l’équipement et les crédits aux promoteurs, tous deux en hausse de 16,6%. Côté ménages, les encours atteignent 22.284 MDH (+4,8%), soutenus par les crédits à la consommation (+11,2%) et les crédits à l’habitat (+3,3%).
La collecte consolidée a, de son côté, augmenté de 7,4% à 61.228 MDH. Les ressources à vue s’établissent à 44.500 MDH (+11,6%), tandis que les comptes d’épargne atteignent 10.096 MDH et les dépôts à terme 5.081 MDH.
PNB en hausse, coefficient d’exploitation en amélioration
La performance 2025 s’est appuyée sur un produit net bancaire (PNB) consolidé en hausse de 8%, à 3,568 milliards de dirhams (MMDH). Dans le détail, la marge nette d’intérêt a progressé de 10,4% à 2,68 MMDH, le management citant la dynamique commerciale, l’optimisation du coût des ressources et la contribution des métiers spécialisés, notamment le leasing et le factoring. La marge sur commissions s’est appréciée de 7,3% à 494 MDH, dans un contexte de développement des activités patrimoniales et boursières, ainsi que de métiers comme le commerce international et la bancassurance. Le résultat des opérations de marché s’est établi autour de 499–500 MDH, avec une contribution mise en avant sur le change, tandis que la contribution des filiales au PNB a bondi de 28,2% pour un chiffre d’affaires global proche de 259 MDH.
Le résultat brut d’exploitation (RBE) s’est élevé à 1,916 MMDH, en hausse de 12,8%. Les charges générales d’exploitation ont progressé plus modérément, autour de 3% (1,65–1,652 MMDH), une évolution que la direction attribue notamment à l’effet des amortissements liés aux investissements. Cette combinaison a permis une amélioration du coefficient d’exploitation à 46,3%, soit un gain de 228 points de base sur un an.
En matière d’investissement, la banque indique avoir engagé 248 MDH en 2025, principalement destinés à la transformation technologique et au renforcement des capacités opérationnelles. Le directoire prévoit de proposer à l’Assemblée générale ordinaire un dividende brut de 48 dirhams par action.
Coût du risque en baisse et discours prudent sur 2026
L’un des marqueurs de l’exercice 2025 réside dans la baisse du coût du risque de 3,8% à 383 MDH. Les indicateurs de qualité d’actifs se sont améliorés : le taux de couverture des créances en souffrance atteint 89,5% (+206 points de base), tandis que le taux des créances douteuses et litigieuses recule de 38 points de base, pour un encours global de 4,43 MMDH.
Interrogé sur l’effet d’un cycle économique favorable, le management a reconnu « profiter d’un environnement très favorable », tout en martelant que cela « ne remet pas en question la qualité et le renforcement » du dispositif de gestion des risques. « La gestion des risques et le coût du risque, c’est des cycles (…) et c’est dans ces moments-là où on prépare l’avenir », a expliqué un intervenant, en soulignant le maintien d’une approche prudente sur l’octroi, la surveillance et le provisionnement, présenté comme aligné sur « les meilleurs standards internationaux ». La banque anticipe, dans cette logique, « une année favorable » sur le coût du risque en 2026, sans annoncer de relâchement des contrôles, y compris sur des segments considérés comme plus volatils (promotion immobilière, crédits à l’équipement, leasing, financement des PME).
CDM Pay et la transformation des paiements
L’année 2025 a également été marquée par le lancement de CDM Pay, filiale dédiée aux solutions de paiement électronique. Le top management a indiqué que ce projet, accéléré par la dynamique sectorielle et les évolutions du marché des paiements, a agi comme « un véritable catalyseur de transformation », obligeant la banque à gagner en agilité. La première étape a concerné l’acquisition, avec une équipe commerciale déployée auprès des commerçants et des TPME. Selon la direction, les premiers résultats sont « très satisfaisants », avec des parts de marché « un peu plus que 7% » sur des portefeuilles récupérés auprès du partenaire CMI. À moyen terme, CDM Pay est présenté comme un levier stratégique pour inscrire le paiement au cœur de la transformation digitale, avec l’objectif de proposer des solutions « innovantes » et « faciles » pour les clients et les commerçants.
Selim Benabdelkhalek
