Coronavirus : Tenue de la troisième réunion du Comité de Veille Economique (CVE)

Société

Coronavirus, le pot de terre contre le pot de fer

le 25 mars 2020


Au Maroc, l’Etat est au front contre le coronavirus sur le plan sanitaire, mais pas seulement, car le Comité de Veille Economique (CVE), a tenu trois réunions de travail, dont la dernière en date du 23 mars, au siège du Ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’Administration (MEFRA).

Le CVE, présidé par M. Benchaâboun, et élargi à tous les ministres, au gouverneur de la banque centrale et à la CGEM, a décidé de mettre en place une série de mesures en faveur des salariés pour une période de trois mois et demi, à fin juin 2020.

La plus importante porte sur un soutien des salariés déclarés à la CNSS en février 2020, dont les entreprises employeurs sont en difficultés et en ont fait une simple déclaration sur l’honneur, sur le site dédié à cet effet créé par la CNSS.

En effet, il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une aide accordée par le fonds spécial pour la gestion de la pandémie de solidarité au coronavirus.

La CNSS intervient dans le processus pour en faciliter la logistique en versant une indemnité forfaitaire mensuelle de 2000 dirhams net aux personnes concernées.

Cette indemnité mensuelle nette de 2000 dirhams ne constitue en aucun cas une indemnité de chômage et, de ce fait, n’est pas comparable aux montants des salaires, il s’agit d’un « don ».

Les entreprises qui déclarent sur l’honneur être en difficultés, doivent dresser la liste des bénéficiaires parmi leurs salariés.

C’est en effet une précision de taille du fait que toutes les entreprises, des plus petites aux plus grandes, et quel qu’en soit le secteur d’activité, qui étant en difficulté, vont opter pour cette aide pour leur personnel tout en distinguant les cadres des ouvriers ou autres employés dans la liste à remplir sur le site en question.

A l’identique, le Comité de veille économique a examiné une nouvelle série de mesures au profit des salariés non affiliés à la CNSS et qui opèrent dans le secteur informel.

Toutefois, il faut réaliser que tous les acteurs économiques sont concernés par la crise économique qui se traduit par un arrêt quasi-total de l’activité au niveau national.

Car le confinement ne consiste pas seulement à rester chez soi, il se traduit par l’isolement du pays et l’annulation de tous les moyens de transport, aériens, terrestres et portuaires, au cœur de toutes les activités économiques.

De fait, les difficultés du blocage économique engendrent tout particulièrement une asphyxie de la trésorerie des entreprises.

Chacune considère qu’elle doit se prémunir en préservant sa propre trésorerie, et donc s’abstient de payer ses fournisseurs, ses impôts, ses charges sociales avant d’en arriver à ne pas payer ses salaires.

Le plus grave, c’est que l’adage du pot de terre contre le pot de fer règne !

Les grandes entreprises et les administrations exercent leur force contre les moyennes et petites entreprises en ne leur payant pas leur dû, elles contribuent ainsi à les étouffer.

L’Etat ne peut ignorer l’aggravation des difficultés de fonds de roulement des entreprises, PME, TPME.

Il compte les accompagner en leur accordant la suspension du paiement de leurs charges sociales et impôts jusqu’au 30 juin 2020.

De même qu’elles peuvent bénéficier d’un moratoire pour le remboursement des échéances de leurs crédits bancaires et pour le remboursement des échéances des leasings jusqu’au 30 juin sans paiement de frais, ni de pénalités.

Voire même activer une ligne supplémentaire de crédits de fonctionnement octroyée par les banques et garantie par la CCG.

Sauf que la crise est générale alors que les moratoires fiscaux ne concernent que les entreprises dont le chiffre d’affaires de l’exercice 2019 est inférieur à 20 millions de dirhams.

De plus, il semblerait que seule la déclaration d’IS est concernée par le report, ce qui serait une hérésie car la TVA et l’IR pèsent plus sur la trésorerie des entreprises en général et des TPME en particulier.

C’est pourquoi, quelles que soient les décisions prises en matière de mesures fiscales, la DGI s’attend à des défaillances de paiements pour tous les impôts.

D’ailleurs, nous avons appris de source sûre qu’à Casablanca, la DGI a suspendu tous les contrôles d’impôts, et a activé les règlements de surplus de TVA pour alléger les difficultés de trésorerie des contribuables entrepreneurs.

Toutefois, elle appelle à la solidarité des grandes entreprises pour qu’elles payent leurs impôts afin de permettre à l’Etat d’aider les petites.

Car de fait, c’est le 1% des grandes entreprises banques et assurances qui contribue à hauteur de plus de 90% des recettes de l’impôt sur les sociétés !

Face à l’arrêt du fonctionnement des marchés où il n’a plus ni d’offre ni de demande, le rôle économique de l’Etat se renforce de fait, la crise économique ne peut que s’aggraver avec le temps, engendrant des faillites des entreprises les plus faibles qui, si elles dépassent les problèmes de trésorerie, seront rattrapées par la détérioration de leurs carnets de commandes.

Appelons donc, d’abord, les grands groupes à ne pas bloquer les règlements en faveur des petites et moyennes entreprises !

L’économie marocaine connaît une crise qui est de la même ampleur que celle des économies occidentales alors que les moyens de l’Etat pour y faire face sont moindres pour en amortir le choc. Pour ne prendre qu’un exemple, l’État français, pour soutenir les entreprises en difficulté, prend en charge 85% des salaires le temps de leur chômage partiel !

Aujourd’hui, avec l’ampleur de la crise économique engendrée par le coronavirus, l’Etat est face aux défauts du marché. Il doit être présent sur le front économique pour sauver les entreprises en attendant la reprise économique.

Il doit aller au-delà de ses exigences budgétaires, ne plus regarder à la dépense dans la perspective de sortir de la crise sanitaire et de la crise économique qui risque de perdurer tant elle touche tous les pays partenaires du Maroc.

Déjà, les services des douanes ont commencé à alerter sur l’arrêt qui s’impose au niveau des importations face à la chute drastique des exportations et des entrées en devises et donc au risque d’aggravation des balances commerciales et des paiements.

Dans pareille circonstance, l’Etat est le seul à avoir le pouvoir de mobiliser, d’organiser, voire se substituer au marché qui devient un outil inopérant parce qu’inactif.

Afifa Dassouli