Bill Richardson, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU et spécialiste de la Corée du Nord, le 8 mars 2016 à Washington © AFP/Archives Jim Watson

International

Corée du Nord : L’escalade risque de dégénérer, selon un ex-ambassadeur

le 11 août 2017


Bill Richardson, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU et spécialiste de la Corée du Nord, craint un incident entre Washington et Pyongyang qui pourrait dégénérer en confrontation militaire.

Dans un entretien avec l’AFP, ce diplomate chevronné âgé de 69 ans déplore les déclarations musclées du président américain Donald Trump, qui promet le « feu » et la « colère » à la Corée du Nord, ainsi que les messages contradictoires émis par les Etats-Unis.

Ex-gouverneur démocrate du Nouveau-Mexique, ancien ministre de l’Energie sous Bill Clinton, Bill Richardson a joué à plusieurs reprises les négociateurs avec Pyongyang, où il s’est rendu à plusieurs reprises, notamment pour tenter d’obtenir la libération d’Américains arrêtés sur place.

QUESTION – Est-il trop tard pour négocier?

REPONSE – Presque. Les deux dirigeants semblent vouloir jouer au plus viril, à celui qui crie le plus fort, et cela (…) empêche les diplomates de tenter de trouver une issue diplomatique.

C’est malheureux car je ne pense pas que le président va changer. Il n’écoute personne, et Kim Jong-Un est imprévisible, donc nous sommes face à de sérieux obstacles.

QUESTION – Quel est le risque?

REPONSE – C’est l’éventualité d’une erreur de calcul. Cela peut être une erreur de calcul mineure, comme un bateau de pêche visé par un tir nord-coréen, une invasion de l’espace aérien, des tirs d’artillerie. C’est ce que j’ai dû gérer avec les Nord-Coréens par le passé, quand ces petits incidents risquent de provoquer une vraie action militaire de la partie adverse.

QUESTION – Que se passe-t-il à Pyongyang, d’après vous?

REPONSE – La situation nord-coréenne est très sombre. Il n’y a pas d’information disponible à part les déclarations du dirigeant. Ce qui m’inquiète, ce ne sont pas les attaques verbales quotidiennes des Nord-Coréens. Ils ont toujours proféré de telles menaces. Ce qui m’inquiète, c’est que ces attaques sont de plus en plus intenses, elles se font plus précises au sujet de l’île de Guam, et que ces déclarations tonitruantes émanent désormais aussi du ministre des Affaires étrangères Ri Yong-Ho, qui est une personne raisonnable. Cela m’inquiète, je n’ai jamais vu un telle intensité.

QUESTION – Le discours plus prudent du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson et d’autres conseillers de Donald Trump vous rassure-t-il?

REPONSE – Certes ce discours est pondéré, mais ils ne parlent pas d’une seule voix. Il n’y a pas de coordination, et le principal obstacle est le président lui-même.

Le problème c’est le président et les messages contradictoires émis par son équipe. J’espère qu’il écoutera surtout Tillerson, comme il devrait le faire: c’est le secrétaire d’Etat. C’est lui qui devrait forger la politique américaine, personne d’autre.

QUESTION – L’entourage de Kim Jong-Un est-il aussi plus mesuré s’agissant des risques que comportent les menaces tonitruantes?

REPONSE – Beaucoup des personnes que je connais au ministère des Affaires étrangères sont pondérées, réalistes. Mais on peut se demander si elles ont du poids, de l’influence auprès des responsables de la sécurité, auprès de Kim Kong-Un. Je n’ai pas la réponse.

Ri est quelqu’un d’équilibré. Il parle bien l’anglais, connaît les Etats-Unis. Mais il est maintenant ministre des Affaires étrangères, il va suivre la ligne du parti.

QUESTION – Qu’est-ce qui pourrait permettre de contenir cette crise?

REPONSE – Mon seul espoir, c’est que les Chinois soient discrètement en train de travailler avec les Nord-Coréens. Ce sont les seuls, je pense, qui ont de tels contacts à l’heure actuelle. J’espère que la Chine est en train de mener une forme de diplomatie discrète, de faire discrètement pression. Mais je n’en suis pas sûr.

LNT avec Afp