Convergence économique et financière : La recette de la transformation marocaine

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Réformes fiscales, réglementation bancaire innovante, essor d’un marché des capitaux et rendements retrouvés : comment le Maroc a bâti une convergence qui irrigue désormais son économie et ses régimes de retraite avec, en ligne de mire, l’horizon 2030.

Le Maroc a posé, ces dernières années, les bases d’une convergence économique et financière dont les effets se lisent aujourd’hui dans la structure de son économie.

Avec un peu de recul, tout est parti d’un travail de fond mené par l’administration, à commencer par les assises de la fiscalité, qui ont amélioré le climat des affaires et fluidifié le doing business.

Deux administrations incarnent ce basculement. L’Office des Changes a fait des pas de géant : l’acte d’investissement des étrangers est devenu beaucoup plus fluide, et la relation des Marocains avec la devise nettement plus souple. La Douane, de son côté, a modernisé ses processus, notamment à travers PortNet.

L’ensemble a créé un terreau fertile pour le développement des investisseurs marocains comme de l’économie nationale.

Cette évolution a fait bouger la structure de la balance commerciale et de la balance des paiements. Les contributeurs ne sont plus seulement les piliers historiques, comme les transferts des Marocains résidant à l’étranger, le tourisme et les exportateurs traditionnels.

De nouveaux ruisseaux alimentent désormais l’équilibre. L’automobile notamment, ainsi que les nouveaux métiers mondiaux du Maroc, comme l’aéronautique, portent une part croissante de l’effort.

Le financement institutionnel au cœur du développement

Le développement suppose du financement, et celui-ci provient principalement des institutionnels : caisses de retraite et leurs régies, compagnies d’assurance, banques et holdings.

Ces derniers ont joué le jeu en adoptant les innovations récentes en matière de financement et en soutenant l’économie de manière appuyée. C’est cet effort conjoint, public et privé, qui commence à porter ses fruits.

La dynamique sert d’ailleurs les institutionnels eux-mêmes. En dehors de leurs fonds de portefeuille et de leur participation obligatoire dans la dette publique, leurs rendements s’étiolaient.

À l’image de ce qu’ont connu les marchés italien et espagnol, la remontée des rendements a dynamisé un véritable marché des capitaux, où les acteurs n’ont plus les yeux rivés uniquement sur la Bourse.

Le rôle décisif, et discret, de la banque centrale

La banque centrale a joué un rôle déterminant, mais discret. Elle n’a pas financé directement l’économie ; elle a édicté des règles nouvelles, inscrites dans la réglementation, qui permettent de déconsolider.

Le mécanisme est parlant. Lorsqu’une banque finance un OPCI portant des actifs de l’État, cet engagement est assimilé à un actif de l’État. La consommation de fonds propres devient alors quasi nulle par rapport à un financement classique.

De l’espace s’est ainsi libéré dans les bilans bancaires pour accueillir de nouveaux financements.

C’est une mesure qui passe inaperçue dans le métier, mais qui en constitue le véritable ressort, un ressort où le risque reste mesuré et protégé, adossé à un secteur bancaire résilient.

La relation étroite entretenue avec le FMI, mise en lumière notamment lors de son rendez-vous de Marrakech, a joué le rôle d’accélérateur. Elle a permis au pays de capitaliser sur les expériences accumulées un peu partout dans le monde et de rapprocher ses pratiques des standards internationaux.

Le résultat est une intelligence mixte entre le public et le privé, à l’origine de l’émergence de nouveaux points d’appui, des OPCI à l’écosystème de Casablanca Finance City, notamment.

Le régulateur du marché des capitaux a accompagné cette montée en puissance en faisant aboutir les textes de loi et d’application dans un temps record, pour saisir un moment qu’il ne fallait pas rater.

Innovation, fiscalité et confiance

Les ressources des institutionnels ne sont pas illimitées, mais la phase de croissance que traverse le pays leur permet d’innover.

L’assurance en offre l’illustration la plus nette : des couvertures qui n’existaient pas émergent, comme l’assurance de l’image sur le web. Le secteur ne se limite plus au clivage vie / non-vie ; il s’étend aux accidents du travail et à l’assurance des chantiers.

Cette diversification ramène du cash nouveau, que les institutionnels doivent ensuite déployer en finançant l’économie et en installant, au fil du temps, un cercle vertueux.

Par ailleurs, le vieux complexe lié à la place des investisseurs étrangers à la Bourse de Casablanca appartient au passé. L’épargne nationale est aujourd’hui suffisamment étoffée pour financer les besoins de croissance du pays, notamment à travers la Bourse et ce, sur un rythme croissant, avec des contributions en hausse.

La fiscalité résume à elle seule le cercle vertueux à l’œuvre. L’impôt sur les sociétés a été ramené à 20 %, et pourtant les recettes continuent de progresser.

Deux facteurs l’expliquent. D’abord, une campagne d’assainissement menée sans tapage, qui a permis de mieux appréhender le privé, les professions libérales et les petits commerces avec une démarche fondée, parce qu’elle touche au social.

Ensuite, et surtout, le rétablissement d’un pont de confiance : l’État a inspiré confiance, et les contribuables ont suivi.

Cette confiance s’appuie en partie sur la digitalisation, la simplification de l’acte d’investir et un vrai effort de communication.

L’administration se veut désormais accessible, sans crainte ni complexe, avec une logique de proximité jusque dans les directions des impôts. Administration et secteur privé avancent à un rythme parallèle, et l’interaction est devenue quasiment fluide.

Des bénéfices pour les retraites, mais des défis persistants

La transformation financière profite directement aux systèmes de retraite.

Une économie qui croît de l’ordre de 6 % ouvre des opportunités de placements rentables, ce qui se traduit par une meilleure gestion des portefeuilles des caisses et, donc, par un gain de pérennité.

L’ordre de grandeur est éloquent : lorsque la Bourse progresse de 20 %, les portefeuilles des compagnies d’assurance dégagent, par le jeu de la répartition des actifs, une performance de 15 à 18 %, contre 4 à 5 % auparavant.

Autant de gains qui allongent la durée de vie des caisses de quelques mois, voire de quelques années.

Mais cette contribution ne suffit pas à elle seule. La réforme paramétrique des régimes reste à mener, un chantier lourd mais incontournable qui incombera à la prochaine législature et au prochain gouvernement.

Pour autant, malgré tous ces acquis, la principale fragilité reste à adresser.

La croissance n’est pas encore homogène d’une région à l’autre ; elle n’est pas assez inclusive.

L’enjeu central consiste à faire en sorte que le taux de croissance bénéficie à la masse.

Le taux de pénétration s’est certes déjà élargi, facilitant l’intégration de populations désormais présentes dans des structures organisées, là où l’informel dominait.

Mais deux chantiers conditionnent la suite de la trajectoire à l’horizon 2030 : la réforme des retraites et une croissance mieux répartie entre les territoires.

Zouhair Yata

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