Conflit au Moyen-Orient : vers une flambée des prix du pétrole
Le conflit déclenché par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et son extension à plusieurs pays du Moyen-Orient devraient entraîner une forte hausse des cours du pétrole à l’ouverture des marchés dans la nuit de dimanche à lundi, avec des répercussions potentielles sur l’économie mondiale si la crise s’inscrit dans la durée.
Le marché pétrolier rouvre à 23H00 GMT dimanche et les analystes anticipent un net mouvement haussier. « Je m’attends à ce que les cours du pétrole évoluent entre 85 et 90 dollars » lundi, a indiqué Amena Bakr, spécialiste de l’Opep+ et du Moyen-Orient chez Kpler. Un tel niveau marquerait une progression significative pour le baril de Brent, référence internationale, qui s’échangeait déjà à plus de 72 dollars vendredi, intégrant une prime de risque géopolitique, contre environ 61 dollars en début d’année.
L’escalade régionale affecte directement le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% de la consommation mondiale de pétrole. Si le passage n’est pas officiellement fermé, la situation opérationnelle s’en rapproche. Selon Kpler, quelques navires chinois et iraniens auraient continué à circuler, mais le coût des assurances est devenu prohibitif et plusieurs grandes compagnies maritimes ont suspendu leurs traversées.
Des infrastructures alternatives au Moyen-Orient pourraient théoriquement être mobilisées pour contourner le détroit, mais l’impact net reste considérable. Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, estime que la perte effective pourrait représenter entre 8 et 10 millions de barils par jour d’offre de brut.
En principe, les pays importateurs disposent de réserves stratégiques, les membres de l’OCDE étant tenus de maintenir l’équivalent de 90 jours d’importations. Toutefois, si le blocage d’Ormuz devait perdurer, « peu importe la quantité de pétrole dans les réserves stratégiques », souligne Amena Bakr : la perte de volumes exportés via ce corridor énergétique serait trop importante pour être compensée durablement.
Dans ce contexte, des prix supérieurs à 100 dollars le baril ne sont pas exclus, notamment en cas d’intensification des frappes ou d’attaques contre des infrastructures énergétiques.
Interrogé sur Fox News à propos d’une éventuelle flambée des prix, le président Donald Trump a déclaré : « Je ne m’inquiète de rien (…) si nous n’avions pas fait cela, ils auraient eu une arme nucléaire en moins de deux semaines. » Il a défendu l’opération militaire contre l’Iran en estimant qu’elle répondait à des menaces imminentes.
Néanmoins, selon Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, « le talon d’Achille de Trump, ce sont les prix élevés du pétrole ». Une envolée durable des cours pourrait fragiliser l’exécutif américain à l’approche des élections de mi-mandat, alors que le président avait promis de maintenir des prix de l’énergie bas.
Certains analystes estiment que l’Iran pourrait chercher à maintenir une pression sur les marchés énergétiques afin d’accentuer le coût économique et politique du conflit pour Washington.
La crise ne concerne pas uniquement le pétrole. Le Qatar, acteur majeur du gaz naturel liquéfié (GNL), est également exposé aux tensions régionales. Une perturbation prolongée des exportations de GNL renforcerait les risques inflationnistes à l’échelle mondiale.
La dernière flambée durable des hydrocarbures remonte au début de la guerre en Ukraine, lorsque le baril avait franchi le seuil des 100 dollars et que les prix du gaz avaient fortement augmenté. Cette situation avait alimenté un cycle inflationniste prolongé dans de nombreuses économies avancées et émergentes.
Une hausse des prix du brut se traduirait rapidement par une augmentation des prix à la pompe, des coûts de transport maritime et aérien, ainsi que des dépenses énergétiques des ménages et des entreprises. « Le conflit peut avoir un impact délétère sur la croissance », explique à l’AFP Eric Dor, professeur à l’IESEG School of Management.
Selon lui, l’effet dépendra de la durée des perturbations. « Si c’est de trois jours, ce n’est pas grave, mais si c’est sur la durée, alors là, oui, ce sera un effet récessif supplémentaire », résume-t-il.
À l’ouverture des Bourses lundi, certains secteurs pourraient bénéficier du contexte, notamment les valeurs liées à la défense ou à l’énergie. En revanche, les secteurs du transport aérien, du transport maritime et du tourisme pourraient être pénalisés par la hausse des coûts et les incertitudes géopolitiques.
Les investisseurs surveilleront également l’évolution des politiques monétaires. Une résurgence des pressions inflationnistes pourrait compliquer les trajectoires de baisse des taux envisagées par plusieurs banques centrales.
LNT avec AFP
