Spécial été 2026 - La Nouvelle Tribune https://lnt.ma/categorie/national/spete2026/ Actualité économie - tout savoir sur les dernières infos économiques avec Lnt.ma : bourse, finance, entreprises,... Information économique marocaine et internationale en direct. Thu, 23 Jul 2026 09:54:45 +0000 fr-FR hourly 1 Convergence économique et financière : La recette de la transformation marocaine https://lnt.ma/convergence-economique-et-financiere-la-recette-de-la-transformation-marocaine/ Thu, 23 Jul 2026 09:54:45 +0000 https://lnt.ma/?p=553714 Réformes fiscales, réglementation bancaire innovante, essor d’un marché des capitaux et rendements retrouvés : comment le Maroc a bâti une convergence qui irrigue désormais son économie et ses régimes de retraite avec, en ligne de mire, l’horizon 2030. Le Maroc a posé, ces dernières années, les bases d’une convergence économique et financière dont les effets […]

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Réformes fiscales, réglementation bancaire innovante, essor d’un marché des capitaux et rendements retrouvés : comment le Maroc a bâti une convergence qui irrigue désormais son économie et ses régimes de retraite avec, en ligne de mire, l’horizon 2030.

Le Maroc a posé, ces dernières années, les bases d’une convergence économique et financière dont les effets se lisent aujourd’hui dans la structure de son économie.

Avec un peu de recul, tout est parti d’un travail de fond mené par l’administration, à commencer par les assises de la fiscalité, qui ont amélioré le climat des affaires et fluidifié le doing business.

Deux administrations incarnent ce basculement. L’Office des Changes a fait des pas de géant : l’acte d’investissement des étrangers est devenu beaucoup plus fluide, et la relation des Marocains avec la devise nettement plus souple. La Douane, de son côté, a modernisé ses processus, notamment à travers PortNet.

L’ensemble a créé un terreau fertile pour le développement des investisseurs marocains comme de l’économie nationale.

Cette évolution a fait bouger la structure de la balance commerciale et de la balance des paiements. Les contributeurs ne sont plus seulement les piliers historiques, comme les transferts des Marocains résidant à l’étranger, le tourisme et les exportateurs traditionnels.

De nouveaux ruisseaux alimentent désormais l’équilibre. L’automobile notamment, ainsi que les nouveaux métiers mondiaux du Maroc, comme l’aéronautique, portent une part croissante de l’effort.

Le financement institutionnel au cœur du développement

Le développement suppose du financement, et celui-ci provient principalement des institutionnels : caisses de retraite et leurs régies, compagnies d’assurance, banques et holdings.

Ces derniers ont joué le jeu en adoptant les innovations récentes en matière de financement et en soutenant l’économie de manière appuyée. C’est cet effort conjoint, public et privé, qui commence à porter ses fruits.

La dynamique sert d’ailleurs les institutionnels eux-mêmes. En dehors de leurs fonds de portefeuille et de leur participation obligatoire dans la dette publique, leurs rendements s’étiolaient.

À l’image de ce qu’ont connu les marchés italien et espagnol, la remontée des rendements a dynamisé un véritable marché des capitaux, où les acteurs n’ont plus les yeux rivés uniquement sur la Bourse.

Le rôle décisif, et discret, de la banque centrale

La banque centrale a joué un rôle déterminant, mais discret. Elle n’a pas financé directement l’économie ; elle a édicté des règles nouvelles, inscrites dans la réglementation, qui permettent de déconsolider.

Le mécanisme est parlant. Lorsqu’une banque finance un OPCI portant des actifs de l’État, cet engagement est assimilé à un actif de l’État. La consommation de fonds propres devient alors quasi nulle par rapport à un financement classique.

De l’espace s’est ainsi libéré dans les bilans bancaires pour accueillir de nouveaux financements.

C’est une mesure qui passe inaperçue dans le métier, mais qui en constitue le véritable ressort, un ressort où le risque reste mesuré et protégé, adossé à un secteur bancaire résilient.

La relation étroite entretenue avec le FMI, mise en lumière notamment lors de son rendez-vous de Marrakech, a joué le rôle d’accélérateur. Elle a permis au pays de capitaliser sur les expériences accumulées un peu partout dans le monde et de rapprocher ses pratiques des standards internationaux.

Le résultat est une intelligence mixte entre le public et le privé, à l’origine de l’émergence de nouveaux points d’appui, des OPCI à l’écosystème de Casablanca Finance City, notamment.

Le régulateur du marché des capitaux a accompagné cette montée en puissance en faisant aboutir les textes de loi et d’application dans un temps record, pour saisir un moment qu’il ne fallait pas rater.

Innovation, fiscalité et confiance

Les ressources des institutionnels ne sont pas illimitées, mais la phase de croissance que traverse le pays leur permet d’innover.

L’assurance en offre l’illustration la plus nette : des couvertures qui n’existaient pas émergent, comme l’assurance de l’image sur le web. Le secteur ne se limite plus au clivage vie / non-vie ; il s’étend aux accidents du travail et à l’assurance des chantiers.

Cette diversification ramène du cash nouveau, que les institutionnels doivent ensuite déployer en finançant l’économie et en installant, au fil du temps, un cercle vertueux.

Par ailleurs, le vieux complexe lié à la place des investisseurs étrangers à la Bourse de Casablanca appartient au passé. L’épargne nationale est aujourd’hui suffisamment étoffée pour financer les besoins de croissance du pays, notamment à travers la Bourse et ce, sur un rythme croissant, avec des contributions en hausse.

La fiscalité résume à elle seule le cercle vertueux à l’œuvre. L’impôt sur les sociétés a été ramené à 20 %, et pourtant les recettes continuent de progresser.

Deux facteurs l’expliquent. D’abord, une campagne d’assainissement menée sans tapage, qui a permis de mieux appréhender le privé, les professions libérales et les petits commerces avec une démarche fondée, parce qu’elle touche au social.

Ensuite, et surtout, le rétablissement d’un pont de confiance : l’État a inspiré confiance, et les contribuables ont suivi.

Cette confiance s’appuie en partie sur la digitalisation, la simplification de l’acte d’investir et un vrai effort de communication.

L’administration se veut désormais accessible, sans crainte ni complexe, avec une logique de proximité jusque dans les directions des impôts. Administration et secteur privé avancent à un rythme parallèle, et l’interaction est devenue quasiment fluide.

Des bénéfices pour les retraites, mais des défis persistants

La transformation financière profite directement aux systèmes de retraite.

Une économie qui croît de l’ordre de 6 % ouvre des opportunités de placements rentables, ce qui se traduit par une meilleure gestion des portefeuilles des caisses et, donc, par un gain de pérennité.

L’ordre de grandeur est éloquent : lorsque la Bourse progresse de 20 %, les portefeuilles des compagnies d’assurance dégagent, par le jeu de la répartition des actifs, une performance de 15 à 18 %, contre 4 à 5 % auparavant.

Autant de gains qui allongent la durée de vie des caisses de quelques mois, voire de quelques années.

Mais cette contribution ne suffit pas à elle seule. La réforme paramétrique des régimes reste à mener, un chantier lourd mais incontournable qui incombera à la prochaine législature et au prochain gouvernement.

Pour autant, malgré tous ces acquis, la principale fragilité reste à adresser.

La croissance n’est pas encore homogène d’une région à l’autre ; elle n’est pas assez inclusive.

L’enjeu central consiste à faire en sorte que le taux de croissance bénéficie à la masse.

Le taux de pénétration s’est certes déjà élargi, facilitant l’intégration de populations désormais présentes dans des structures organisées, là où l’informel dominait.

Mais deux chantiers conditionnent la suite de la trajectoire à l’horizon 2030 : la réforme des retraites et une croissance mieux répartie entre les territoires.

Zouhair Yata

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Cinq ans pour mieux faire https://lnt.ma/cinq-ans-pour-mieux-faire/ Thu, 23 Jul 2026 09:50:04 +0000 https://lnt.ma/?p=553697 Un chiffre traverse ce numéro spécial sans y trouver de réponse. La Charte de l’investissement de 2022 fixait deux objectifs : 550 milliards de dirhams d’investissements privés et 500 000 emplois. Le premier a été atteint à près de 90 %. Le second ne l’a pas été. Cet écart n’est pas une anomalie statistique, c’est […]

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Un chiffre traverse ce numéro spécial sans y trouver de réponse. La Charte de l’investissement de 2022 fixait deux objectifs : 550 milliards de dirhams d’investissements privés et 500 000 emplois. Le premier a été atteint à près de 90 %. Le second ne l’a pas été.

Cet écart n’est pas une anomalie statistique, c’est en réalité le résumé de la décennie qui vient.

Le Wali de Bank Al-Maghrib l’a dit devant Sa Majesté le Roi, en présentant le rapport annuel de la Banque centrale. L’économie a crû de 4,9 % en 2025, l’inflation est restée contenue sous 1 %, le déficit budgétaire est revenu à 3,5 % du PIB, les réserves de change atteignent 443 milliards de dirhams, près de cinq mois et demi d’importations.

Alors certes, les créations d’emplois ont augmenté, mais pas assez pour faire reculer sensiblement un taux de chômage qui reste à 13 %. Et le Wali Jouahri a posé le mot qui importe, celui de décalage, entre des performances économiques objectivement mesurées et le ressenti de nos citoyens.

Il y a dans ce constat un paradoxe qu’on ne pourra plus cacher derrière les performances financière. Parmi les raisons de l’amélioration du déficit budgétaire, la Banque centrale cite explicitement les recettes des mécanismes de financement innovants, ceux-là mêmes que nos pages décrivent en détail : OPCI, cession-bail, titrisation.

L’ingénierie financière marocaine fonctionne et elle produit exactement ce qu’on attendait d’elle. Mais ce qu’elle ne produit pas, mécaniquement, ce sont des emplois et une amélioration perceptible des conditions de vie et du pouvoir d’achat.

Le Souverain l’avait formulé sans détour dans le discours du Trône de 2025, en écartant l’hypothèse d’« un Maroc avançant à deux vitesses », et c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui. Une croissance de près de 5 % qui ne se diffuse ni également entre les territoires, ni suffisamment vers le plus grand nombre, n’a pas encore rempli son contrat.

Parce que le taux de croissance n’est pas un objectif, c’est un moyen. Et ce qui compte, c’est le nombre de Marocains dont il change effectivement la condition.

Les compétences ne manquent pas

D’autant que le pays ne manque pas de compétences ou d’atouts pour renverser la tendance.

Toutes les avancées économiques dont nous tirons le portrait ont été conçues et exécutées par des Marocains, dans des institutions marocaines. Ce sont des opérations d’un niveau technique élevé, comparables à ce qui se pratique sur les places matures, et elles ont réussi.

Le développement de la santé privée dit la même chose. Des groupes marocains construisent, financent et exploitent des cliniques à travers le Royaume, lèvent sur le marché boursier pour le faire, et tiennent leurs plans de développement.

Là encore, la compétence était disponible dès lors qu’un cadre et un financement l’ont rencontrée.

La question n’est donc pas de savoir si le pays sait faire : il sait. Elle est de savoir comment étendre ce qui a réussi dans quelques secteurs à l’ensemble du corps économique et social.

C’est une question d’échelle et de diffusion, pas de capacité.

L’orientation, chantier de longue haleine

C’est là que la formation professionnelle et l’orientation deviennent le sujet central des cinq années qui viennent.

Le pays forme des jeunes, beaucoup de jeunes, y compris à des niveaux élevés. Ce qui fait défaut, c’est l’articulation entre ce qu’ils apprennent et ce dont l’économie a besoin, aujourd’hui et dans dix ans.

Trop de diplômés arrivent sur le marché du travail avec une formation réelle mais désajustée, et le chômage des jeunes qualifiés est le symptôme le plus coûteux de ce décalage.

Les instruments existent pourtant. Des filières d’excellence sont installées, les universités publiques ont massifié l’accès au supérieur, les établissements privés se sont professionnalisés, les cités des métiers et des compétences déploient un réseau national.

Le dispositif est en place et il a la capacité de faire le travail.

Ce qui reste à construire, c’est l’orientation elle-même, cette fonction modeste et décisive qui consiste à conduire un jeune vers un métier qui aura un débouché, et à permettre à un adulte déjà en emploi de se requalifier avant que son métier ne se transforme ou vers un nouveau métier.

L’intelligence artificielle rend cette exigence urgente. Les activités autour desquelles le Maroc a bâti une part de son attractivité, les services, l’externalisation, une partie de l’ingénierie et de la gestion, sont précisément celles que la vague technologique recompose le plus vite.

Ce n’est pas une raison de renoncer, c’est une raison d’accélérer l’orientation vers les métiers qui, eux, se créent.

Ce travail-là ne se décrète pas et ne produit pas de résultat en un exercice budgétaire. Il se mène sur une décennie, avec constance.

Ce qui attend la prochaine législature

Le Wali de Bank Al-Maghrib a été clair sur le reste du programme.

La réforme des régimes de retraite est désormais inévitable, et ses conséquences budgétaires devront être absorbées. Le soutien social, malgré les ressources considérables qui lui sont allouées, appelle un ciblage plus fin au profit des plus vulnérables.

La régionalisation avancée, relancée depuis le discours royal de 2024, exige la mobilisation des compétences nécessaires pour faire émerger de véritables pôles économiques régionaux.

La revue régulière des dépenses et la réforme de la loi organique des finances conditionnent les marges de manœuvre de l’État.

Tout cela reviendra au gouvernement issu des urnes en septembre. Il n’héritera pas d’une page blanche, mais d’un calendrier contraint et d’un socle solide.

C’est une situation enviable, et redoutable, parce qu’elle ne laisse aucune excuse.

Car ce qui est acquis désormais, c’est que les moyens ne manquent plus. Le pays a démontré qu’il savait lever de l’argent, réformer ses structures, tenir ses grands équilibres et faire travailler ensemble le public et le privé.

Les cinq années qui viennent ne lui demanderont pas de faire davantage, mais de faire mieux, c’est-à-dire de convertir cette réussite financière en emplois, en qualifications et en conditions de vie perceptibles.

C’est un objectif plus exigeant qu’un taux de croissance, parce qu’il ne se mesure pas dans un tableau de bord mais dans la vie des gens.

Et c’est le seul qui vaille d’être poursuivi.

Zouhair Yata

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