Casablanca, la CAN à distance ?
Alors que le Maroc accueille la Coupe d’Afrique des nations, Casablanca, capitale économique du pays et place forte historique du football national et continental, apparaît en retrait dans le dispositif sportif de la compétition. À ce stade du tournoi, désormais entré en phase de quarts de finale, aucun match majeur ne sera disputé dans la métropole, en dehors de la rencontre de classement. Une situation qui alimente toujours une frustration chez de nombreux amateurs de football.
Dès l’annonce de la programmation officielle, plusieurs supporters ont exprimé leur incompréhension face à l’absence de Casablanca parmi les villes accueillant les affiches phares. Pour beaucoup, cette configuration prive une large base de supporters, notamment ceux des deux grands clubs de la ville, d’un accès direct aux matchs de l’équipe nationale. Inversement, l’équipe se trouve privée d’un public réputé pour sa ferveur et son rôle moteur dans les grandes compétitions.
Les deux premiers matchs du Maroc ont d’ailleurs relancé le débat autour de l’ambiance dans les tribunes. Certains observateurs ont relevé une différence notable avec l’atmosphère observée lors de la Coupe du monde au Qatar, où le public marocain avait marqué les esprits par son engagement constant. Si la dynamique s’est progressivement installée à partir du troisième match, la question de l’apport du public casablancais reste posée par de nombreux passionnés, convaincus que le stade de Casablanca, tout comme son environnement, aurait pu peser différemment sur l’expérience globale.
Cette lecture n’enlève rien aux qualités des infrastructures actuelles, notamment le complexe Moulay Abdellah, salué pour ses standards modernes et son alignement sur les normes internationales. Elle traduit toutefois un sentiment persistant : celui d’une ville historiquement liée au football africain, mais tenue à l’écart des moments forts de la compétition.
Au-delà du calendrier sportif, c’est l’expérience même de la CAN qui était attendue différemment à Casablanca. L’événement devait être un moment de transformation visible, ne serait-ce que temporaire, de l’espace urbain et de l’ambiance de la ville durant le mois de la compétition. Or, sur le terrain, les changements restent limités.
Hormis quelques drapeaux installés le long des principales artères, une décoration visible à l’aéroport, et certains immeubles aux abords du stade ou de grands boulevards repeints à l’initiative de la commune, peu d’éléments témoignent d’un événement d’envergure continentale. Dans plusieurs quartiers, le quotidien semble inchangé.
Ainsi, les scènes familières persistent! Les mêmes mendiants aux feux rouges, présents depuis des années, sont toujours là durant la CAN, les poubelles débordent par endroits, le ramassage des ordures demeure irrégulier, les ruelles continuent d’accumuler déchets et encombrants… L’appropriation du domaine public par les commerçants ou des stationnements anarchiques, reste largement visible, sans intervention notable.
Pour une partie des habitants, cette situation renforce ainsi le sentiment d’une occasion manquée. La CAN devait être un levier, au moins conjoncturel, pour améliorer la propreté, la circulation, l’organisation de l’espace public et l’image globale de la ville. À Casablanca, ces attentes semblent, pour l’heure, partiellement déçues.
Certains expliquent le choix de concentrer les matchs dans d’autres villes répond à des considérations logistiques et d’infrastructures. Il n’en demeure pas moins que la mise à l’écart de Casablanca interroge sur la place accordée à la métropole dans les grands événements nationaux, et sur la capacité de ces manifestations à produire un impact durable sur le cadre de vie urbain.
Aujourd’hui, l’impression qu’ont les casablancais est qu’ils vivent l’événement à distance. Leur ville est spectatrice plus qu’actrice, et la fête du football peine à dépasser quelques symboles visuels!
Asmaa Loudni
