Carburants : des hausses conformes sur le papier, contestées à la pompe

Par LNT
carburants essence gasoil pompe
Crédit photo : Ahmed Boussarhane/LNT.

Alors que les prix des carburants continuent d’alimenter le débat public au Maroc, le Conseil de la concurrence vient de publier une nouvelle note consacrée à l’évolution des prix du gasoil et de l’essence entre le 1er mars et le 16 mai 2026. Son constat est clair : dans l’ensemble, les variations observées sur les marchés internationaux ont été répercutées de manière relativement fidèle sur les prix à la pompe au Maroc. Un diagnostic qui contraste toutefois avec le ressenti d’une partie des consommateurs, toujours convaincus que les hausses sont plus rapides que les baisses.

Selon le Conseil, les prix du gasoil affichés dans les stations-service ont progressé de manière quasiment identique à l’évolution des cotations internationales sur la période étudiée. La hausse cumulée des cours internationaux s’est établie à 4,24 dirhams par litre, contre 4,18 dirhams pour les prix à la pompe, soit un écart limité de seulement 6 centimes. Pour l’essence, les cours internationaux ont augmenté de 2,81 dirhams par litre tandis que les prix à la pompe ont progressé de 2,43 dirhams, laissant apparaître un écart de 38 centimes en faveur du consommateur.

L’institution estime ainsi que la transmission des fluctuations internationales vers le marché national apparaît « globalement proche », même si des différences subsistent selon les produits et les périodes observées. Cette analyse intervient dans un contexte marqué par une forte volatilité des marchés énergétiques mondiaux, alimentée notamment par les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient.

Pour autant, ces conclusions peinent à convaincre de nombreux automobilistes. Dans les stations-service, le sentiment dominant reste celui d’un carburant durablement cher, malgré les fluctuations des cours du pétrole. Nombreux sont ceux qui estiment que les baisses observées sur les marchés internationaux mettent davantage de temps à se répercuter que les hausses.

Ce décalage entre les chiffres et la perception s’explique en partie par l’effet psychologique des augmentations successives enregistrées ces dernières années. Pour de nombreux ménages, ce n’est pas seulement la variation des prix qui compte, mais leur niveau absolu. Même lorsqu’une baisse intervient, le litre de gasoil ou d’essence demeure souvent bien au-dessus des niveaux observés avant les différentes crises énergétiques mondiales.

Le Conseil reconnaît d’ailleurs que les mécanismes de transmission des prix ne sont pas toujours parfaitement linéaires. Lors de précédentes analyses, l’institution avait constaté que certaines hausses du gasoil n’étaient répercutées que partiellement, tandis que celles de l’essence pouvaient être transmises de manière plus importante. Elle avait également évoqué l’existence de stratégies de compensation entre produits pratiquées par certains opérateurs.

La question de la transparence demeure également au cœur des préoccupations. Depuis la libéralisation du marché des carburants en 2015, les prix sont librement fixés par les distributeurs. Si le Conseil de la concurrence souligne que la concurrence locale tend à rapprocher les tarifs pratiqués entre stations-service d’une même zone géographique, plusieurs associations de consommateurs continuent de réclamer davantage de visibilité sur la formation des prix et sur les marges réalisées par les différents acteurs du secteur.

Dans sa note, le Conseil poursuit son travail de surveillance du marché et affirme vouloir renforcer le suivi des mécanismes de fixation des prix. L’institution examine notamment la pratique historique consistant à ajuster les prix le 1er et le 16 de chaque mois, un mécanisme hérité de l’époque où les prix étaient réglementés. Des discussions sont en cours avec les opérateurs afin d’évaluer l’opportunité de faire évoluer ce système et de renforcer la dynamique concurrentielle du marché.

Au-delà des chiffres, cette nouvelle note illustre surtout la difficulté de réconcilier les analyses économiques avec le vécu quotidien des consommateurs. Car même lorsque les indicateurs montrent une répercussion relativement fidèle des cours internationaux, le passage à la pompe reste pour de nombreux Marocains l’un des symboles les plus visibles de l’érosion du pouvoir d’achat.

 

LNT

Consultez librement toutes nos parutions hebdomadaires, nos hors-série et toutes les communications financières