Société

Dans les campagnes, les fellahs scrutent le ciel

le 14 novembre 2017


Le moral des agriculteurs, les petits fellahs en particulier, n’est pas au beau fixe. La pluie, qui tarde toujours à venir, en inquiète plus d’un. En effet, après plus de deux mois de canicule dépassant parfois les 36° dans certaines régions du Royaume, en plus d’une situation de remplissage de barrages descendu à ses plus bas niveaux, l’inquiétude s’est amplement installée dans les esprits. Du côté de la Direction météorologique nationale, la situation météorologique reste inchangée. Aucune trace des pluies automnales à l’horizon. On évoque la possibilité de précipitations d’ici la fin de la semaine. Mais en attendant la clémence du ciel, le déficit pluviométrique s’aggrave davantage et l’or bleu se fait de plus en plus rare dans beaucoup de patelins du pays, ce qui n’a pas manqué le déclenchement de manifestations populaires çà et là, revendiquant le ‘‘droit à l’eau’’. Mais ceci est une autre problématique !

Hicham est un jeune agriculteur de la région d’El Attaouia se trouvant entre Marrakech et Kelaât S’raghna. Ces derniers temps et grâce à son smartphone, il est très sollicité par les habitants du Douar. « Chaque matin, on vient me demander de consulter la météo sur mon smartphone pour savoir s’il va pleuvoir ou non », nous dit-il avant de souligner que les petits fellahs de la région passent des moments difficiles en cette période de rareté des pluies, augmentant encore le coût de la vie pour une bonne partie des agriculteurs de cette région connue, entre autres, pour son agriculture vivrière. Car, nous explique-t-on, « la pluie, ici, soulage de la manière la plus significative le quotidien des agriculteurs et très particulièrement les petits fellahs, qui n’ont pas les moyens de s’offrir chaque jour du gaz butane utile pour pomper de l’eau des puits, et encore moins payer l’eau à 30 Dhs/l’heure pour l’irrigation de sa culture. La pluie, dans le cas échéant, fait gagner à ces agriculteurs une moyenne de 300 à 500 dhs/jour… c’est dire à quel point la pluie compte pour tous les agriculteurs d’El Haouz ». Et de préciser que la hausse des températures qui a duré des mois a contraint nombre d’agriculteurs à arrêter leurs activités ou à s’endetter pour s’approvisionner en gaz butane nécessaire pour le pompage d’eau indispensable à leurs cultures. Hicham nous explique en conclusion que certains éleveurs, d’habitude aidés par le pâturage, ont déjà commencé à brader leur cheptel, désarmés face à la flambée des prix des aliments du bétail.

Changement de décor. Nous sommes à Sidi S’mail dans la région de Doukkala, se trouvant à 40 Km d’El Jadida, vers Safi. Nous sommes ici en couverture de la troisième étape de la Caravane OCP qui a fait escale dans cette région.

Et comme à El Attaouia, les yeux sont bien rivés vers le ciel. Mais il faut noter que l’aridité des terres a toujours constitué pour la population de cette région une source d’inquiétude permanente. Ici en effet, la terre a besoin beaucoup d’eau pour rester en vie. Des agriculteurs venus découvrir les nouveautés de Caravane OCP de cette année pensent que la pluie ne peut qu’être un bon signal pour toutes les activités agricoles, « encore plus quand elle tombe au bon moment ». Et d’indiquer que les premières pluies aident à rendre les terres encore plus fertiles : « Cela est très important pour les récoltes aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif ».

Selon un ingénieur agronome de la place, il est connu que les pluies d’automne sont fondamentales pour les labours et les préparatifs d’une bonne saison agricole. Et d’expliquer que les précipitations automnales sont importantes pour créer des conditions favorables à la levée et à la germination de la graine au sol. Sauf dans certaines parties du Gharb, la plupart des agriculteurs des autres régions céréalières -la Chaouia, qui est le grenier par excellence du pays, Doukkala et Saiss – attendent davantage de pluies pour semer leurs terres. « En plus de la céréaliculture, les précipitations d’octobre, novembre et décembre peuvent aussi avoir un impact positif sur la culture de la canne à sucre et de la betterave sucrière. Idem pour les agrumes et l’aliment du cheptel (pâturage naturel) », nous précise-t-il.

Unanimes, les fellahs s’accordent à dire que les pluies des mois de novembre et décembre restent décisives pour les semis de saison, notamment dans un pays où la céréaliculture et les terres “bour” occupent plus de 75% de la surface agricole utile.

Ainsi, aussi tardives soient-elles, les pluies de cette période auront certainement un impact positif sur l’état végétatif des terres, à même d’encourager beaucoup d’agriculteurs à commencer à labourer.

Pour le moment, les précipitations tardent, problème majeur pour un pays où l’essentiel de l’économie dépend d’abord et avant tout de la pluie…

Hassan Zaatit 

 


En attendant la pluie, ce qui est prévu pour une bonne campagne agricole  

 

Dans le cadre de la campagne agricole 2017-18, le ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch a énuméré les principales mesures incitatives prises par son département pour réussir la saison agricole actuelle, particulièrement au niveau des eaux réservées à l’irrigation. Dans ce cadre, il a fait part de la programmation d’une superficie de 594 000 ha d’irrigation dans les grands cercles et la poursuite de l’exécution du Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation, à travers la programmation et l’équipement des domaines agricoles par le système d’irrigation localisée sur une superficie supplémentaire de 50 000 Ha, du suivi et de la répartition des quotas des eaux réservées à l’irrigation (3,22 milliards m3) pour garantir notamment l’opération de semis des céréales et des cultures sucrières, ainsi que la gestion du manque des ressources en eau dans certains cercles. S’agissant des semences, le ministre a fait savoir qu’une quantité de 1,7 million de tonnes de semences sélectionnées est disponible, ajoutant que des prix préférentiels seront adoptés pour l’achat de ces semences à travers des prix de vente subventionnés. Il a également indiqué que le marché sera approvisionné en engrais avec plus de 500 000 tonnes, faisant état de l’achèvement de l’élaboration de la cartographie des sols relative à la rationalisation de l’usage des engrais au Maroc, à travers la couverture des 1,6 million Ha restants. Outres ces mesures, le ministre a indiqué que son département s’engage à poursuivre la protection de la santé animale et végétale, l’accompagnement et l’encadrement des agriculteurs dans diverses filières de production, ainsi que l’organisation des programmes de formation au profit des conseillers agricoles privés.