L’annonce d’un épisode El Niño d’une intensité inédite depuis plus d’un siècle rouvre le débat sur les perspectives de la campagne agricole 2026-2027 au Maroc. La Direction générale de la météorologie souligne que l’influence du phénomène sur le Royaume reste limitée et irrégulière, tandis que des climatologues rappellent sa coïncidence fréquente avec des périodes de sécheresse.
Le contexte est celui d’une année de rupture. Après sept années de sécheresse, l’hiver 2025-2026 a reconstitué les réserves, portant les ressources en eau disponibles à 11,8 milliards de mètres cubes en février, et permis une production céréalière attendue à près de 90 millions de quintaux.
Cette embellie détermine directement la trajectoire macroéconomique. Bank Al-Maghrib anticipe une croissance de 5,2% en 2026, portée par une valeur ajoutée agricole en hausse de 16%, avant un retour à 3,1% en 2027.
Les prévisionnistes britanniques annoncent pour leur part un épisode El Niño d’une intensité inédite, avec une anomalie de température de surface dépassant trois degrés Celsius dans la zone de référence du Pacifique, un pic attendu sur 2026-2027 et la possibilité que 2027 devienne l’année la plus chaude jamais enregistrée.
Sur les effets attendus au Maroc, les lectures diffèrent. Le responsable de la communication de la Direction générale de la météorologie, Houcine Youabed, souligne que le Royaume n’est pas affecté de manière directe et forte par El Niño, particulièrement en été, l’influence restant limitée et irrégulière, plus perceptible au printemps. Le phénomène ne constitue donc pas, selon lui, un indicateur décisif de prévision des températures ou des précipitations nationales.
Le professeur Said Karrouk, de l’Université Hassan II, estime à l’inverse qu’El Niño peut se répercuter indirectement sur le Maroc et coïncide souvent avec des périodes de sécheresse. Il alerte sur une réduction possible des ressources hydriques, des effets préjudiciables sur l’activité agricole et une hausse du risque d’incendies de forêt.
Les modèles climatiques restent par ailleurs limités par la barrière de prévisibilité printanière, qui réduit la fiabilité des projections sur la période décisive pour les rendements céréaliers.
LNT
