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Budget économique prévisionnel 2026 : entre rebond conjoncturel et fragilités structurelles

Budget économique prévisionnel 2026 : entre rebond conjoncturel et fragilités structurelles

Par LNT
HCP 1

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP), dans son Budget économique prévisionnel 2026, dresse un tableau à la fois encourageant et contrasté de l’économie marocaine. Si les perspectives de croissance apparaissent favorables à court terme, portées par un redressement agricole et une dynamique d’investissement soutenue, le document met en lumière des déséquilibres persistants, notamment en matière de commerce extérieur et de modèle de croissance.

Un environnement international toujours incertain

Le cadrage du HCP s’inscrit dans un contexte mondial marqué par une croissance en ralentissement et des incertitudes géopolitiques durables. Le PIB mondial devrait progresser de 2,9 % en 2026, contre 3,2 % en 2025, sous l’effet de tensions commerciales, de politiques plus protectionnistes et d’une fragmentation accrue des chaînes de valeur. Dans ce cadre, le commerce mondial est appelé à décélérer, avec une hausse projetée de 2,5 % en 2026.

Les marchés des matières premières, en particulier ceux de l’énergie, devraient rester relativement apaisés, avec une tendance baissière des cours du pétrole et du gaz. Cette évolution contribuerait à une désinflation progressive à l’échelle internationale, tout en allégeant partiellement la facture énergétique des pays importateurs, dont le Maroc. La demande adressée au Royaume, qui avait fortement ralenti ces dernières années, devrait se redresser, passant de 0,4 % en 2024 à 3,1 % en 2025, puis 2,3 % en 2026.

Une croissance portée par l’agriculture et l’investissement

Dans ce contexte, le HCP anticipe une accélération de la croissance nationale, estimée à 4,7 % en 2025 et projetée à 5 % en 2026. Cette dynamique repose en grande partie sur le redressement du secteur agricole, après plusieurs campagnes affectées par la sécheresse. Sous l’hypothèse de conditions climatiques favorables, la valeur ajoutée agricole progresserait de 10,4 % en 2026, contre 4,5 % en 2025, contribuant à hauteur de 1,1 point à la croissance du PIB.

Les activités non agricoles devraient maintenir une trajectoire relativement stable, avec une croissance attendue de 4,5 % en 2025 puis 4,3 % en 2026. Le secteur secondaire serait soutenu par le BTP, l’industrie chimique et extractive, ainsi que par certaines branches intégrées aux chaînes de valeur mondiales, notamment l’aéronautique et le câblage automobile. En revanche, l’industrie textile et la filière des voitures de tourisme resteraient confrontées à des défis structurels liés à la transition énergétique et au ralentissement de la demande européenne.

Le secteur tertiaire continuerait de jouer un rôle central, porté par la reprise du tourisme, la bonne tenue des services marchands et le développement des activités liées au commerce, au transport et aux technologies numériques.

La demande intérieure demeure le principal moteur de la croissance. La consommation des ménages devrait progresser de 4,4 % en 2025 et de 4,1 % en 2026, soutenue par la revalorisation des salaires, l’amélioration des revenus agricoles et la montée en puissance des aides sociales directes.

L’investissement brut connaîtrait une dynamique marquée, avec une hausse de 16,3 % en 2025 puis de 8,7 % en 2026. Cette évolution est attribuée aux grands chantiers d’infrastructures, aux projets industriels en cours et aux préparatifs liés à la Coupe du monde 2030. Dans l’ensemble, la demande intérieure contribuerait à hauteur de 6,3 points à la croissance du PIB en 2026.

Un déficit commercial qui reste préoccupant

Malgré ces signaux positifs, le commerce extérieur demeure un point de fragilité. Le déficit commercial devrait s’établir à 21,3 % du PIB en 2025 et 21,1 % en 2026, traduisant une progression plus rapide des importations que des exportations.

Les ventes de phosphates et dérivés resteraient relativement dynamiques, mais les exportations de voitures de tourisme pourraient être affectées par la transition vers les véhicules électriques en Europe. Le HCP insiste sur le caractère structurel du déséquilibre commercial marocain, lié à une diversification encore insuffisante de l’offre exportable, malgré des progrès observés dans certaines filières industrielles.

Sur le plan budgétaire, le HCP anticipe une réduction graduelle du déficit, projeté à 3,6 % du PIB en 2025 puis 3,2 % en 2026. Cette amélioration reposerait sur une meilleure mobilisation des recettes ordinaires, qui atteindraient 23,8 % du PIB en 2026, grâce à l’élargissement de l’assiette fiscale et à l’amélioration du recouvrement.

Dans le même temps, les dépenses d’investissement resteraient élevées, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’eau et de l’aménagement du territoire. Cette orientation traduit une volonté de soutenir la croissance à moyen terme, tout en améliorant la résilience de l’économie face aux chocs climatiques.

Le ratio de la dette publique globale devrait légèrement reculer, passant de 78,9 % du PIB en 2025 à 77,5 % en 2026. Cette évolution serait principalement due à une baisse de la dette intérieure du Trésor, tandis que la dette extérieure continuerait de progresser marginalement.

Sur le plan monétaire, le HCP prévoit une progression soutenue des crédits bancaires, contribuant à une expansion de la masse monétaire, dans un contexte de réserves de change jugées confortables.

Un modèle de croissance à repenser

Au-delà des projections conjoncturelles, le Budget économique prévisionnel 2026 soulève des enjeux plus structurels. Le HCP note un affaiblissement du modèle de croissance tiré principalement par la demande intérieure, dont la contribution moyenne a diminué entre 2000-2011 et 2012-2024.

Le document suggère implicitement la nécessité d’un rééquilibrage vers une plus grande contribution de la demande extérieure nette, à travers une diversification accrue des exportations, une montée en gamme de l’appareil productif et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur internationales.

SB

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