Économie et Finance

Bourse de Casablanca : Blue chips contre Belles au bois dormant

le 28 novembre 2017


En cette fin d’année qui s’annonce, les investisseurs en portefeuille sont amenés à faire le point sur les valeurs qu’ils détiennent, afin de faire une sélection de celles qu’ils ont intérêt à céder pour prendre leurs bénéfices.

Ce comportement est tout particulièrement valable pour les institutionnels, compagnies d’assurance et caisses de retraite, lesquels font souvent des va-et-vient sur certaines des valeurs constitutives de leurs actifs, dans le triple intérêt d’externaliser une partie de leurs plus-values latentes, d’actualiser leurs valeurs comptables en les rapprochant de celles du marché et d’éviter ainsi de constituer des provisions sur les moins values potentielles.

Les analystes des différentes sociétés de bourse leur apportent une aide précieuse par leurs recommandations.

En effet, celles-ci sont prononcées au lendemain de la publication des résultats des sociétés cotées et les dernières sorties portent sur les résultats financiers du premier semestre 2017.


Un choix limité

Il faut savoir que les différentes recommandations appliquées par les analystes aux valeurs cotées se déclinent de façon dégressive comme suit : Accumuler, Conserver, Acheter, Alléger ou Vendre.

Toutefois, les sociétés cotées marocaines qui intéressent les sociétés de bourse et font l’objet de leurs études sont peu nombreuses sur le marché financier marocain, soit une petite trentaine à peine sur les 75 sociétés cotées.

Cette sélection se fait sur des critères précis qui sont principalement de deux ordres.

D’abord, il faut qu’une valeur soit liquide sur un marché, ce qui signifie qu’elle doit être autant facile à acquérir qu’à revendre, à en juger par les volumes traités.

Puis, le corolaire de cette qualité, c’est qu’une valeur soit représentative par sa capitalisation boursière.

Les principales valeurs de la cote ainsi sélectionnées, qualifiées de « blue chips », sont de fait peu nombreuses parce que sur le marché financier casablancais, toutes les autres sont particulièrement illiquides.

Et ce, même quand leur capitalisation boursière est relativement élevée.

Cela, du simple fait que les actionnaires originels en détiennent une très forte proportion au point que la cotation de ces sociétés peut être considérée comme fictive, tant le cours de leur action est immobile. On les assimile ainsi, ironiquement, à la Belle au Bois Dormant !

Retard de culture financière

Les sociétés de bourse que nous avons approchées sur ce sujet, déplorent que les investisseurs marocains, contrairement à ce qui se passe sous d’autres cieux, refusent qu’elles monnayent leurs études.

Pour eux, les analystes sont rémunérés indirectement par les transactions qui sont commandées aux sociétés de bourse.

Il s’agit là d’un retard de culture du marché financier marocain, car non seulement un investisseur sur les marchés développés va jusqu’à commander des études destinées à ses propres décisions d’investissements, mais la nouvelle directive de MIF, Marchés Financiers & Infrastructures, instance de l’Autorité française des Marchés Financiers, AMF, destinée à tous les marchés européens, porte sur l’obligation faite aux investisseurs de différencier la recherche du courtage, ce qui en conséquence rend celle-ci payante.

Pour revenir aux analyses et recommandations qui ont porté sur les résultats du premier semestre 2017 pour une trentaine de sociétés cotées à la Bourse de Casablanca, on peut faire le constat que la recommandation « Accumuler » concerne, Afriquia Gaz, BMCE, Atlanta, AWB, BCP, BDM, Cosumar, Delta Holding, HPS, Oulmès, Saham Assurance, Sotherma, Taqa et Total.

Autant de valeurs que les investisseurs vont au minimum garder et au plus chercher à acheter.

A celles-ci s’ajoutent les valeurs qui sont recommandées à être conservées, ce qui en limite la liquidité sur le marché.

Il s’agit de CDM, Ciments du Maroc, Label Vie, Lafarge Holcim Maroc, Lesieur, Managem, Maroc Telecom, Minière Touissit, Wafa Assurance et Lydec.

Sous la recommandation Alléger, on trouve BMCI, CIH, Sonasid, Imiter et Auto Hall, soit une catégorie de valeurs cotées qui, de par son petit nombre, montre que les analystes ne s’intéressent qu’aux valeurs les plus attractives comme le prouve le fait qu’une seule valeur est recommandée à la vente, Marsa Maroc que tout le monde reconnaît avoir été introduite à un prix élevé.

Enfin deux valeurs sont recommandées à l’Achat, Addoha et RDS, filiale de Palmeraie Développement !

En conclusion, vu son côté restrictif, l’apport des analyses de marché sur une partie des sociétés cotées dénote d’une certaine pauvreté de la bourse en valeurs attractives !

Mais, inversement, ce constat pointe du doigt les réformes à apporter au marché pour imposer un niveau de liquidité des valeurs cotées, à commencer par la taille du flottant mesurable en permanence, mais aussi du volume traité des transactions réalisées sur chacune d’elles…

Afifa Dassouli