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Bourse de Casablanca : après trois années d’euphorie, une phase de consolidation portée par des fondamentaux solides

Par LNT
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Après trois années de forte progression, la Bourse de Casablanca évolue depuis le début de 2026 dans un environnement plus volatil. Si le MASI a marqué le pas après les performances enregistrées en 2023, 2024 et 2025, les analystes considèrent que cette correction s’inscrit davantage dans un mouvement de consolidation que dans une remise en cause des fondamentaux du marché. Lors d’une conférence consacrée aux perspectives des marchés financiers, les intervenants ont souligné que la dynamique de croissance des sociétés cotées, le contexte macroéconomique favorable et les grands projets d’investissement continuent de soutenir les perspectives de la place casablancaise, malgré un environnement international marqué par de fortes incertitudes.

Une correction après trois années de forte progression

Présentant les perspectives du marché actions, Khadija El Moussily a rappelé que le MASI avait enchaîné trois exercices particulièrement favorables, avec une progression de 12,8 % en 2023, de 22,2 % en 2024 puis de 27,6 % en 2025.

Dans ce contexte, la baisse observée depuis le début de l’année 2026 était, selon elle, largement anticipée. « Cette respiration n’est pas totalement une surprise », a-t-elle expliqué, estimant qu’après un parcours supérieur à 60 % en trois ans, une phase de consolidation apparaissait naturelle.

La responsable de la recherche actions de BMCE Capital Global Research souligne toutefois que l’ampleur du mouvement a été accentuée par plusieurs facteurs externes, notamment la dégradation du contexte géopolitique international et le regain d’aversion au risque observé sur les marchés financiers.

Pour autant, elle estime que les fondamentaux du marché marocain demeurent solides. Les prises de bénéfices enregistrées ces derniers mois interviennent après une importante revalorisation des actions, mais elles ne remettent pas en cause la capacité bénéficiaire des entreprises cotées.

Des fondamentaux qui continuent de se renforcer

L’un des principaux enseignements présentés lors de cette rencontre réside dans la progression régulière des résultats des sociétés cotées.

Selon Khadija El Moussily, la capacité bénéficiaire globale de la cote est passée d’environ 28,6 milliards de dirhams en 2021 à plus de 50 milliards de dirhams en 2025. Cette évolution traduit, selon elle, une amélioration structurelle des performances des entreprises, qui accompagne la hausse des indices boursiers.

Les résultats publiés au titre de l’exercice 2025 illustrent cette dynamique. Le chiffre d’affaires consolidé des sociétés cotées aurait progressé d’environ 11 % pour atteindre près de 345 milliards de dirhams, une évolution portée par la plupart des grands secteurs de la cote.

L’industrie figure parmi les principaux moteurs de cette croissance, soutenue notamment par la montée en puissance de plusieurs projets miniers ainsi que par l’amélioration des cours internationaux de certains métaux. Le secteur de la construction bénéficie également de l’accélération des grands chantiers d’infrastructures.

Du côté des établissements financiers, la croissance du produit net bancaire s’explique à la fois par la progression des volumes de crédits, l’optimisation des coûts de refinancement et la bonne tenue des activités de marché. Les effets de la baisse du taux directeur décidée par Bank Al-Maghrib en 2025 ont également contribué à soutenir certains revenus bancaires.

Des valorisations jugées encore attractives

Au-delà des résultats, les analystes considèrent que les niveaux actuels de valorisation restent compatibles avec une poursuite du développement du marché.

Khadija El Moussily souligne que le ratio cours/bénéfices demeure proche de sa moyenne historique, malgré la progression enregistrée ces dernières années. Les projections réalisées pour 2026 et 2027 laissent même entrevoir une amélioration progressive de ces multiples grâce à la poursuite de la croissance des bénéfices.

Le rendement des dividendes devrait également se redresser légèrement après le recul mécanique observé en 2025, conséquence d’une hausse de la capitalisation boursière plus rapide que celle de la masse distribuée. Les estimations avancées font état d’un rendement voisin de 2,9 % en 2026, confortant le profil de rendement du marché marocain.

Une place financière plus profonde et plus liquide

Les intervenants ont également insisté sur les transformations structurelles qu’a connues la Bourse de Casablanca ces dernières années.

La capitalisation boursière est passée d’environ 690 milliards de dirhams en 2021 à plus de 1.000 milliards de dirhams aujourd’hui, traduisant un changement d’échelle de la place financière marocaine. Cette progression s’est accompagnée d’une amélioration de la liquidité, avec une hausse des volumes échangés sur le marché central et un regain d’intérêt des investisseurs pour les introductions en Bourse.

Selon Khadija El Moussily, cette évolution renforce progressivement la profondeur du marché et sa capacité à absorber les épisodes de volatilité. Elle rappelle qu’en 2026, malgré plusieurs épisodes de tension liés au contexte géopolitique international, chaque phase de baisse a été suivie d’une stabilisation, voire d’un rebond, illustrant une meilleure résilience du marché marocain.

Un environnement macroéconomique toujours favorable

Les perspectives du marché restent également soutenues par un environnement économique jugé globalement favorable.

Les projections présentées tablent sur une croissance économique comprise entre 5,2 % et 5,7 % en 2026, portée par la reprise agricole, le maintien des investissements publics et privés ainsi que par l’accélération des grands chantiers d’infrastructures liés notamment aux préparatifs de la Coupe du monde 2030. La maîtrise de l’inflation, l’amélioration de la notation souveraine du Maroc et la poursuite des investissements structurants constituent, selon les analystes, des facteurs susceptibles de soutenir les résultats des entreprises cotées au cours des prochaines années.

Pour autant, les intervenants ont rappelé que plusieurs risques demeurent susceptibles d’influencer l’évolution du marché. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, pourraient continuer d’affecter les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les aléas climatiques restent également un facteur d’incertitude pour l’économie nationale.

Au final, les analystes estiment que le principal enjeu pour les investisseurs consiste désormais à arbitrer entre des fondamentaux domestiques jugés solides et un environnement international devenu plus instable. Dans cette perspective, la consolidation actuelle apparaît davantage comme une phase de normalisation que comme un changement de tendance de long terme pour la Bourse de Casablanca.

Le secteur minier porté par un cycle favorable des matières premières

Au-delà de l’analyse globale du marché, la conférence a également permis de mettre en lumière les perspectives de certains secteurs appelés à jouer un rôle moteur dans les prochaines années. Le secteur minier figure parmi ceux qui bénéficient actuellement d’un environnement favorable, marqué par la transition énergétique mondiale, le développement des infrastructures et une demande soutenue pour plusieurs métaux stratégiques.

Présentant son analyse, Noufel Aouragh a rappelé que le secteur connaît une profonde mutation, alimentée par les besoins croissants en cuivre, cobalt, argent ou encore or, utilisés aussi bien dans les technologies bas carbone que dans les équipements électriques et électroniques.

Selon lui, cette dynamique structurelle dépasse les fluctuations conjoncturelles observées sur les marchés des matières premières. Les investissements engagés dans les réseaux électriques, les véhicules électriques, les batteries et les infrastructures énergétiques continuent d’alimenter une demande soutenue pour plusieurs minerais, malgré les incertitudes économiques internationales.

L’analyste a souligné que cette évolution profite à plusieurs sociétés marocaines cotées, dont les résultats demeurent fortement corrélés à l’évolution des cours internationaux des métaux. Les investissements réalisés ces dernières années pour accroître les capacités de production et développer de nouveaux projets devraient, selon lui, soutenir leur croissance à moyen terme.

Il a toutefois rappelé que le secteur reste exposé à une volatilité importante, liée notamment aux fluctuations des prix internationaux, aux évolutions géopolitiques et aux perspectives de croissance des principales économies consommatrices de matières premières.

Pour les investisseurs, les valeurs minières continuent néanmoins d’offrir un potentiel de diversification au sein de la cote casablancaise, dans un contexte où les métaux stratégiques occupent une place croissante dans les chaînes de valeur mondiales.

HPS mise sur l’internationalisation de ses activités

La conférence s’est également intéressée aux perspectives de HPS, dont le positionnement sur les technologies de paiement continue d’attirer l’attention des investisseurs.

Présentant cette analyse, Marwa Farhat a rappelé que le groupe évolue sur un marché porté par l’accélération de la digitalisation des paiements, le développement du commerce électronique et l’adoption progressive des solutions de paiement numérique à l’échelle mondiale.

Selon elle, HPS poursuit une stratégie fondée sur l’expansion internationale de ses activités et sur le renforcement de son modèle récurrent, à travers le développement des revenus issus des abonnements et des services associés à sa plateforme PowerCARD.

L’analyste a également souligné que les investissements réalisés ces dernières années, notamment dans l’innovation et les acquisitions, continuent de peser sur certains indicateurs de rentabilité à court terme. Ils visent toutefois à renforcer le positionnement du groupe sur un marché mondial caractérisé par une concurrence technologique de plus en plus forte.

Elle estime que les perspectives de croissance demeurent favorables grâce à l’élargissement du portefeuille de clients internationaux, à la diversification géographique des revenus et à la poursuite de la transformation numérique des systèmes de paiement dans de nombreux pays.

Des perspectives qui restent orientées positivement

Au-delà de ces analyses sectorielles, les différents intervenants ont convergé vers une lecture globalement constructive des perspectives du marché actions marocain.

Ils estiment que la phase actuelle correspond davantage à une normalisation des valorisations après plusieurs années de progression exceptionnelle qu’à une dégradation des fondamentaux économiques ou financiers des entreprises cotées.

Les principaux facteurs de soutien demeurent inchangés : une croissance économique attendue à un niveau relativement élevé, la poursuite des grands programmes d’investissement publics et privés, la préparation des échéances internationales de 2030, la progression des bénéfices des sociétés cotées et le maintien d’un environnement monétaire relativement accommodant.

À ces éléments s’ajoutent plusieurs réformes engagées sur le marché des capitaux, notamment le développement de nouveaux produits financiers, l’amélioration progressive de la liquidité de la cote et l’arrivée de nouveaux investisseurs institutionnels, susceptibles d’élargir la profondeur du marché.

Les intervenants ont néanmoins rappelé que les investisseurs devront continuer à composer avec un environnement international marqué par des incertitudes persistantes. Les tensions géopolitiques, l’évolution des politiques monétaires des grandes banques centrales, les fluctuations des prix des matières premières ainsi que les perspectives de croissance de l’économie mondiale demeurent autant de facteurs susceptibles d’influencer les marchés financiers.

Dans ce contexte, les analyses présentées lors de cette conférence convergent vers l’idée que la Bourse de Casablanca dispose encore de marges de progression à moyen terme, à condition que les fondamentaux économiques continuent de se renforcer et que les entreprises poursuivent leur trajectoire de croissance bénéficiaire. Après plusieurs années d’expansion rapide, le marché semble ainsi entrer dans une nouvelle phase, où la sélection des valeurs, la qualité des résultats et les perspectives sectorielles devraient jouer un rôle plus déterminant que la dynamique générale des indices.

Selim Benabdelkhalek

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