Économie et Finance

Bourse de Casablanca : Fin de la concession de l’Etat en mars 2015

le 15 décembre 2014


La démutualisation de la Bourse de Casablanca, qui était attendue comme une évolution normale du marché financier, devient une obligation avec la fin de la concession donnée en 1993 par l’État aux sociétés de bourse et qui se termine en mars 2015.  A cette date échue, on ne pourrait même pas imaginer que l’État reconduise le « contrat » actuel sachant que l’évolution vers une nouvelle équipe des auteurs du marché s’impose.

Mais tout d’abord qu’elle est la signification de la démutualisation? Il s’agit de donner un nouveau statut à la Bourse en tant que société anonyme pour qu’elle puisse évoluer librement et donc continuellement sur les plans administratif et technologique pour rendre le marché qu’elle gère le plus ouvert, efficient et rentable possible.

Quel est donc son statut actuel ? La Bourse est une concession de l’État aux sociétés de bourse, lesquelles s’en partagent le capital. Mais, et il s’agit d’un grand MAIS, la gestion de la bourse, organisée en Conseil d’administration avec un Directeur Général, est tributaire du respect d’un cahier des charges défini par l’État.

Ce qui se traduit concrètement par la présence au Conseil d’un Commissaire du gouvernement qui fait le va et vient entre les administrateurs des SDB et le Ministère des Finances, tutelle de la Bourse.

Le statut concessionnaire actuel pose aussi le problème des fonds propres de la société de gestion du marché qui sont qualifiés de biens de retour, ce qui signifie qu’ils appartiennent à l’État à la fin de la concession. Et, ceux-ci cumulant au capital les bénéfices annuels, constituent en comptabilité des réserves aujourd’hui estimées à quelques 650 MDH !

Ainsi, toute démutualisation doit passer par une négociation entre les actionnaires de la Bourse auxquels on peut attribuer les résultats dégagés et l’Etat qui doit recouvrir les fonds propres prévus par le cahier des charges de la concession. C’est n’est donc pas tant le choix de la démutualisation qui sera en question en mars prochain, mais la solution qui s’impose pour partager d’abord et avant tous les réserves de la Bourse entre ses actionnaires et le concédant qu’est l’État. Une solution sera donc trouvée à la fin de la concession et la puissance étatique reprendra la Bourse des Valeurs qui, d’une concession au privé en quelque sorte, redeviendra une société anonyme publique.

Ce retour à son statut premier est une étape importante pour ne plus retomber dans l’état de mutualisation ou concentration entre les mains d’une catégorie d’actionnaires comme c’était le cas avec les sociétés de bourse.

Et d’ailleurs, d’un point de vue largement partagé au Maroc et à l’international, le schéma qui se dessine actuellement selon lequel les sociétés de bourse seraient remplacées par les banques et les compagnies d’assurances elles-mêmes souvent filiales de banques, est encore mutualiste puisqu’il remet la société de gestion de la bourse des valeurs entre les mains des banques, directement ou indirectement.

Ce qu’elles-mêmes ne semblent pas vouloir craignant d’assumer la très lourde responsabilité de la gestion de la Bourse avec les aléas de la grande ambition du Maroc, celle d’une Bourse des Valeurs à la hauteur de son projet de faire de Casablanca un hub financier et une place financière internationale.

L’Etat devrait tout simplement « re-privatiser » la bourse en deux temps : le premier en s’associant à un partenaire industriel comme le London Stock Exchange, comme c’est déjà le cas, en lui donnant un peu du pouvoir de décision dans le développement du marché grâce à sa présence à 20% du capital de la bourse.

Puis, dans un second temps, l’Etat devrait tout simplement introduire sa société sur son propre marché et en opérant une vraie introduction en bourse, réserver son offre en différentes tranches à plusieurs cibles que nous connaissons pour avoir vécu des opérations du ce genre de privatisation par le marché, comme IAM pour ne citer que cet exemple.

Ainsi, tous les institutionnels, marocains ou étrangers, pourraient y souscrire au même titre que les personnes physiques et personnes morales.

Mais, en tout état de cause, le schéma de démutualisation de la bourse est très attendu parce qu’il est considéré comme la dernière étape de la modernisation du marché financier marocain, sachant que les textes des différents produits financiers de pointecomme ceux à terme ou de taux, de nouveaux compartiments de marché – réservés aux PME ou encore de devises , sont votés. Et si l’on en parle depuis des années, la fin de la concession de la bourse en mars prochain l’imposera de fait …

 Afifa Dassouli