Avec près de 90 millions de quintaux attendus, la campagne céréalière 2026 s’annonce comme l’une des meilleures de la décennie. Pourtant, à fin juillet, à peine 5 millions de quintaux de blé tendre avaient été collectés par les minotiers. Les pouvoirs publics ont prorogé la période de collecte jusqu’à fin août.**
Le paradoxe est frappant. Après plusieurs années marquées par la sécheresse, le Maroc renoue avec une production céréalière substantielle : près de 90 millions de quintaux sont attendus au titre de la campagne 2025-2026, sur une superficie emblavée d’environ 3,9 millions d’hectares. Mais cette abondance ne se traduit pas mécaniquement par la constitution du stock stratégique national.
Une collecte très en deçà des attentes
À fin juillet, seuls 5 millions de quintaux environ de blé tendre national avaient été collectés par les minotiers — un niveau très éloigné des objectifs fixés par les pouvoirs publics. Un décalage qui interroge sur la fluidité de la chaîne entre l’agriculteur, le collecteur et l’industriel de la minoterie, et sur l’attractivité réelle du dispositif d’incitation mis en place.
Le dispositif d’incitation : primes de magasinage et de stockage
Pour encourager la collecte et la conservation du blé national, l’État a activé plusieurs leviers. Une prime de magasinage de 2,50 dirhams par quintal et par quinzaine est versée aux opérateurs, complétée à partir du 1er septembre par une prime de stockage de 3,00 dirhams par quintal et par quinzaine.
Le volume maximal éligible au stockage primé est fixé à 8 millions de quintaux entre le 1er septembre et le 31 octobre 2026, avant une réduction progressive : 6 millions de quintaux du 1er novembre au 31 décembre 2026, puis 4 millions de quintaux du 1er janvier au 28 février 2027. Un calendrier dégressif conçu pour accompagner l’écoulement de la récolte tout en évitant une immobilisation prolongée des capacités.
La collecte prorogée jusqu’à fin août
Face au retard accumulé, les autorités ont décidé de proroger la période de collecte primable jusqu’à la fin du mois d’août, alors qu’elle devait initialement s’achever fin juillet. La campagne s’étend donc officiellement du 1er juin au 31 août 2026. Un mois supplémentaire pour tenter de rattraper l’écart entre la performance agricole et la performance logistique.
Des droits de douane rétablis pour protéger la production nationale
En parallèle, les droits d’importation sur le blé tendre et ses dérivés ont été réinstaurés du 1er juin au 31 juillet 2026, dans une logique de protection de la production locale durant la période de commercialisation. Une mesure classique dans les campagnes marocaines, dont l’efficacité dépend étroitement de la capacité du marché intérieur à absorber la récolte nationale.
L’enjeu de la souveraineté alimentaire
Au-delà des chiffres de campagne, l’épisode illustre une difficulté structurelle : disposer d’une bonne récolte ne suffit pas à sécuriser l’approvisionnement du pays. La constitution effective d’un stock stratégique suppose une articulation fine entre prix d’achat aux producteurs, capacités de stockage disponibles et arbitrages des minotiers entre blé local et blé importé. Dans un contexte international volatil et alors que la facture des importations alimentaires reste élevée, la question dépasse largement la seule campagne 2026.
LNT