Le Royaume aborde la campagne agricole 2026-2027 avec des réserves en eau de surface au plus haut depuis une décennie. Les barrages totalisaient 11,35 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 66,69%, niveau qui n’avait plus été atteint depuis près de dix ans.
Ce redressement change les termes de la programmation agricole. Les grands périmètres irrigués des Doukkala, du Haouz et du Tadla, soumis à des restrictions sévères durant les années de sécheresse, devraient retrouver progressivement des dotations normales. Les arboricultures pérennes, agrumes, oliviers, grenadiers et pommiers, figurent parmi les filières les mieux placées pour tirer parti de cette disponibilité, leur rendement dépendant de l’irrigation de complément autant que de la pluviométrie de l’année.
Selon les évaluations avancées à l’appui de ces données, les réserves actuelles pourraient couvrir les besoins agricoles pendant environ trois ans dans des conditions de pluviométrie normales. Cette marge constitue une rupture avec la séquence des dernières campagnes, où la programmation se décidait au coup par coup en fonction des apports observés.
Le dessalement complète le dispositif. L’acheminement vers Marrakech d’eau de mer dessalée à Jorf Lasfar doit réduire la pression exercée sur les ressources superficielles et atténuer la concurrence entre les usages, l’eau potable primant réglementairement sur l’irrigation en cas de tension. Le transfert d’une part de la demande urbaine vers des ressources non conventionnelles libère mécaniquement des volumes pour l’agriculture.
Trois réserves tempèrent cet optimisme. La première tient aux nappes phréatiques, dont la recharge est beaucoup plus lente que celle des retenues de surface et dont l’état demeure dégradé dans plusieurs bassins, notamment au Souss et au Haouz. La deuxième porte sur les charges d’exploitation : le coût de l’énergie et celui des engrais restent élevés, le premier suivant la trajectoire des cours pétroliers, le second celle des marchés internationaux. La troisième concerne la main-d’œuvre, dont les tensions de recrutement en période de récolte se sont accentuées.
Le contexte céréalier demeure par ailleurs incertain. La collecte de blé tendre d’origine nationale a plafonné à environ 6 millions de quintaux pour la campagne écoulée, contre un objectif de 15 millions, ce qui a conduit à la réactivation du soutien aux importations à compter de ce 16 septembre.
LNT
