Économie et Finance

Badr Kanouni : L’émission d’Al Omrane a suscité l’engouement des investisseurs institutionnels

le 26 novembre 2018


Le Holding Al Omrane vient de réussir avec un succès indéniable sa première sortie sur le marché marocain des capitaux en levant la bagatelle d’un milliard de dirhams. M. Badr Kanouni, Président du Directoire du Groupe Al Omrane, explique ci-après pour nos lecteurs la quintessence de cet emprunt, ses conditions et ses finalités.

La Nouvelle Tribune :
M. Kanouni, Al Omrane, dont vous êtes Président du Directoire, vient de clôturer avec succès une double émission d’obligations ordinaires et de type « Social & Green Bonds ».
Il s’agit de votre PREMIÈRE sortie sur le marché des capitaux au Maroc. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs comment le groupe public que vous dirigez se finançait-il auparavant et tout particulièrement depuis sa fusion en 2007 avec d’autres établissements publics exerçant dans le même champ d’activité, en termes d’augmentation du capital, de comptes courants, de l’état des dettes bancaires, et en autres dettes fournisseurs ?

M. Badr Kanouni :
Le Groupe a connu 3 phases importantes depuis 2004.
La 1ére est une phase institutionnelle, réglementaire et législative qui a commencé par la fusion des établissements publics centraux à savoir, l’Agence Nationale de l’Habitat Insalubre, la Société Nationale d’Equipement Communal et Attacharouk.
Cette fusion a donné lieu à la création du « Holding Al Omrane ».
Ensuite, pour parachever la création d’un opérateur d’envergure, l’Etat a transformé en 2007 les 7 « Etablissements Régionaux d’aménagement et de construction », ERAC, en sociétés anonymes et les a apportés au Holding Al Omrane en contrepartie d’une augmentation de capital.
D’autres filiales sont venues renforcer le Groupe jusqu’en 2009, soit pour prendre en charge des projets d’envergure tels que les villes nouvelles, soit pour épouser le découpage régional et assurer une proximité non seulement vis-à-vis du client/citoyen, mais aussi des clients étatiques regroupant le gouvernement ou les collectivités territoriales (régions, communes…)
Entre 2008 et 2010, une seconde phase d’opérationnalisation de cet important Groupe a été nécessaire.
Dès 2011, une 3éme phase importante du Groupe correspondant à celle des réformes managériales a été conduite.
En parallèle et pour accompagner la réalisation des programmes publics ambitieux lancés par les gouvernements respectifs, le Groupe Al Omrane se devait de chercher des financements complémentaires aux meilleurs taux, et parfois en devises, conformément aux besoins publics de l’époque.
Pour ce faire, le Groupe a approché des bailleurs de fonds internationaux et des organismes de coopération gouvernementale.
Cette stratégie a ainsi permis au Groupe de construire des relations de partenariat et de confiance avec des bailleurs de fonds tels que la BEI, l’Ajica et l’AFD.
Les emprunts levés à partir de 2013 auprès de l’AFD, ne nécessitaient même plus de garantie de l’Etat.
En outre, grâce à la concessionalité des taux mais aussi à l’accompagnement continu, et en conformité avec la stratégie du Groupe, les impacts positifs environnementaux et sociaux de nos programmes ont pu être rehaussés.
La stratégie du Groupe et ses réformes nous ont permis non seulement de baisser nos taux de crédit moyen mais aussi de réduire notre taux d’endettement en l’abaissant de 87% en 2011 à 51% en 2017.
Mais, comme vous le savez, depuis quelques temps, non seulement les taux de crédit européens sont repartis à la hausse, mais également la volatilité du MAD face à l’euro est plus prégnante, ce qui nous a poussés à rechercher d’autres alternatives sur le marché financier marocain.

L’actuel recours d’Al Omrane au marché des capitaux, donc à des capitaux privés, s’inscrit-il dans le cadre des nouvelles réorientations du ministère des finances, qui préconise l’ouverture aux institutionnels des investissements publics ?
La sursouscription de vos deux émissions d’obligations normales et des « Social & Green Bond » de plus de 8 fois, est-elle l’expression d’un engouement des institutionnels pour ces nouveaux produits de placement
?

Comme cité plus haut, le recours à de nouvelles sources de financement puise son essence, entre autres, dans les changements qu’ont connus les taux de crédits européens, mais aussi de la stratégie menée depuis 2011 pour optimiser le cout d’endettement.
Enfin, l’intégration du caractère Green et Social n’est qu’une traduction concrète de la volonté, la vision et l’ADN du Groupe. C’est une suite logique et naturelle pour Al Omrane qui reste précurseur sur ces volets.
Il est utile de rappeler que le Groupe a été le 1er à lancer avec le soutien de l’Union européenne et l’AMEE des projets démonstrateurs dans l’efficacité énergétique avec en outre la fourniture aux clients de livrets pédagogiques « gestes verts » pour les informer sur les caractéristiques des logements efficaces énergétiquement et sur les bonnes pratiques à adopter pour réduire encore plus leurs factures.
Le Groupe a été aussi le 1er à lancer un Plan de Gestion Environnemental et Social avec le soutien de notre partenaire historique l’AFD.
Pour ce qui est de l’intérêt sur le titre, il a été ressenti déjà lors des road shows que nous avons réalisés chez les différents institutionnels, que je tiens à nouveau à remercier pour leur confiance. L’engouement a été confirmé avec une sursouscription de 8.2 fois et a été tel que plusieurs institutionnels n’ont malheureusement pas pu être servis.

Comment expliquez-vous cependant, que les OPCVM occupent pour les deux émissions 58% des offres ? Et pourquoi les organismes de retraite ont si peu souscrit à ces dernières ?

Au contraire, nous avons pu observer à travers les chiffres définitifs que l’engouement a été aussi important pour toutes les catégories de souscripteurs. La preuve en est que les assurances et organismes de retraites ont sursouscrit à plus de 2 Milliards de dirhams.

Les deux émissions du Groupe Al Omrane sont amortissables, ce qui signifie que chaque année Al Omrane doit rembourser capital et intérêts.
A combien vont se monter ces nouvelles charges financières et ne vont-elles pas être trop lourdes pour vos comptes d’exploitations ?
Et à ce sujet pouvez-vous expliquer à nos lecteurs pourquoi les taux de rémunération des Tranche A et F sont-ils différents, respectivement de 4,16%
 et 3,44%
, alors que les deux émissions sont sur la même durée de 10 ans, ne sont pas garanties par l’État, mais sont amortissables, soit de ce fait, moins risquées ?

Au-delà de l’engouement sur le titre, le taux moyen de sortie de l’emprunt obligataire a été de 3.8%, largement inférieur à celui qu’aurait obtenu le Groupe de manière classique auprès d’une banque marocaine.
Maintenant, la différence entre les taux dont vous parlez, s’explique, comme vous le savez, par l’existence d’un taux fixe et d’un taux variable révisable sur la base de taux de référence différents.
Le révisable est celui des taux à 52 semaines soit 2.44% alors que le taux fixe de 3.06% est adossé à celui de 10 ans équivalent à 7 ans compte tenu de l’amortissement constant.
Aussi, en bon père de famille, le Groupe a toujours eu l’habitude de conclure des contrats de prêts avec amortissement constant.
Enfin, seules les fourchettes basses des spreads ont été souscrites, ce qui confirme la confiance dans le Groupe, et ce qui nous permet de penser également que les primes de risque auraient sans doute été plus basses si ce n’était la 1ére émission du Groupe.

Comment comptez-vous utiliser le milliard de dirhams ainsi collecté, entre vos trois activités et dans le temps ?

La partie Green & Social vient refinancer des projets d’efficacité énergétique, mais aussi des projets intégrés dans le programme de résorption de l’habitat insalubre à fort impact social, et la partie ordinaire vient compléter le financement du reste du programme d’investissement du Groupe toutes activités confondues. A noter que le Groupe investit annuellement en moyenne 5.5 milliards de dirhams.

Entretien réalisé par Afifa Dassouli

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