Les banques face à de nouvelles exigences comptables

Le système bancaire vient d’adopter de nouvelles normes comptables IFRS, dites 9.

Celles-ci, censées être plus restrictives que les précédentes, ne les a point empêché d’afficher des résultats trimestriels à fin mars en forte croissance, attestés par la publication leurs comptes à la fin de juillet dernier.

Ces normes instaurent un provisionnement plus strict des crédits et une nouvelle méthode de classification des actifs financiers, propre à chaque banque en fonction de sa stratégie de gestion.

La réglementation comptable des banques marocaines suit celle établie par l’Union Européenne, laquelle, en l’occurrence, a validé la norme IFRS 9 en 2016 pour une mise en œuvre en janvier 2018.

Bank Al-Maghrib a, bien sûr, imposé l’implémentation de cette réglementation à la même date, même si, en réalité, compte tenu de la complexité de la nouvelle norme IFRS, la Banque Centrale avait accordé aux banques un délai de 2 mois, que celles-ci ont rattrapé.

Il faut savoir que les banques marocaines étaient jusque-là soumises à la norme comptable IFRS 39 selon laquelle les provisions sur les risques de crédits n’étaient constituées qu’à partir du moment où la perte était avérée et donc l’incapacité de remboursement du client démontrée.

Avec la norme IFRS 9, le provisionnement des créances clients est devenu systématique et préventif.

Concrètement, chaque banque est tenue de mettre en place une étude statistique par client, basée sur sa capacité de défaut en comparaison avec les autres clients de sa catégorie sur un recul d’un an.

Cette méthode permet d’étaler le provisionnement sur toute la durée des crédits et sur l’ensemble du portefeuille crédits, ce qui, de fait, renforce la prévention du risque.

D’ailleurs, l’application de cette nouvelle norme comptable a été facilitée par le scoring des clients, lequel est devenu une base de négociations des crédits bancaires.

Les crédits accordés sont notés par une grille alphabétique, avec un A pour les moins risqués, ce qui permet de déceler facilement le niveau du risque associé à chaque crédit et d’en évaluer le coût.

Voilà pourquoi une analyse de l’impact de cette nouvelle contrainte réglementaire comptable, s’impose sur les résultats des banques pour le premier trimestre 2018 !

En effet, les banques ont démontré que l’entrée en vigueur de cette nouvelle norme ne les a pas empêché de continuer à accroître leurs marges d’intérêt et donc leurs bénéfices nets.

D’abord, comme il a été dit plus haut, en ce qui concerne la marge d’intérêt des banques, compte tenu du système de scoring utilisé, la fixation des taux d’intérêt prend mieux en compte les risques.

De plus, Bank Al-Maghrib a introduit une méthode d’accompagnement de l’IFRS 9 en différenciant les provisions de l’exercice en cours de celles des années précédentes.

Ainsi, pour les premières, elles sont constituées selon la nouvelle règle comptable, alors que le relèvement des  secondes est lissé sur 5 ans. Cette mesure intervient tout particulièrement pour éviter l’impact du surplus de provisionnement sur les fonds propres des banques et donc sur le financement de l’économie, afin de ne pas ralentir la distribution du crédit.

La Banque Centrale agit en ce sens comme elle l’a fait pour l’entrée en vigueur de Bâle III, prévu pour 2020.

Pourtant et malgré cet accompagnement, les résultats trimestriels des banques cotées ont traduit une augmentation du coût de leur risque de 17,9%, à 2,3 milliards de dirhams pour le premier trimestre 2018 contre 2,2 Mrdh au 1er T 2017, soit 5% de plus, à un niveau de risque comparable à celui de 2016.

Cependant, après application de la norme comptable IFRS 9, la marge d’intérêt des banque cotées pour le premier trimestre 2018, s’établit en hausse de +7,2%, à 9 824 MDh.

Les commissions bancaires ont poursuivi leur croissance vigoureuse à +9,9% contre +7,3% un an auparavant pour un PNB du secteur bancaire, (banques cotées uniquement), en croissance de + 10,4%, à 14 ,951 milliards de dirhams.

De même que les résultats de marché ont progressé de +33%, à 1957 MDh, malgré un contexte obligataire peu porteur.

En conclusion, à fin mars dernier, la hausse de l’activité globale des banques a largement contrebalancé le renchérissement du coût du risque malgré qu’il ait atteint les 15,5% de leur Produit Net Bancaire, PNB.

De ce fait, le RNPG de ces banques ressort en hausse de +9,5%, à 2 849 MDh, soit +246 MDh sur un trimestre.

Reste à voir ce que les résultats semestriels qui seront publiés à la fin du mois en cours en IFRS 9, enseigneront sur cette tendance…

Afifa Dassouli