Le Maroc et le Groupe de la Banque mondiale ouvrent un nouveau chapitre de leur coopération avec l’adoption d’un Cadre de partenariat-pays (Country Partnership Framework – CPF) couvrant la période 2026-2035. Conçu sur un horizon inédit de dix ans, ce dispositif place la création d’emplois, le développement du secteur privé et le renforcement du capital humain au cœur de la stratégie de développement du Royaume. Aligné sur les orientations du Nouveau modèle de développement (NMD), ce partenariat entend accompagner la transition vers une économie plus compétitive, plus résiliente et davantage portée par l’investissement privé.
Au-delà de l’importance des financements mobilisés, ce nouveau cadre traduit une évolution de la philosophie d’intervention de la Banque mondiale. L’objectif n’est plus seulement d’accompagner des projets sectoriels, mais de soutenir une transformation structurelle de long terme, avec des résultats mesurables en matière d’emploi, d’investissement, de compétitivité et de cohésion sociale.
Le Groupe de la Banque mondiale rappelle accompagner le Maroc depuis plus de soixante-cinq ans. Au fil des décennies, cette coopération a soutenu plusieurs étapes majeures du développement national, depuis les investissements dans les infrastructures, l’agriculture et les équipements publics jusqu’aux réformes de l’éducation, de la santé, de la protection sociale ou encore de la gouvernance économique.
Ce nouveau Cadre de partenariat entend prolonger cette collaboration en articulant davantage les financements publics, les investissements privés, l’expertise technique et les réformes institutionnelles autour d’objectifs communs.
Pour la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, cette nouvelle étape revêt un caractère particulièrement structurant : « Ce nouveau cadre de partenariat marque une étape décisive pour le Maroc. Ce qui le distingue, c’est sa nature structurante : il aligne ainsi financements publics et privés, connaissances et réformes autour d’une vision commune pour l’avenir du Royaume. »
La ministre insiste également sur le fait que la création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, constitue désormais le cœur de cette ambition commune.
Le nouveau partenariat repose sur un constat largement partagé : pour accélérer durablement sa croissance, le Maroc devra progressivement faire évoluer son modèle économique vers une dynamique davantage portée par le secteur privé.
Le premier pilier du CPF vise ainsi à renforcer la compétitivité des entreprises. Il prévoit notamment la réduction des obstacles réglementaires, le renforcement de la concurrence sur les marchés, l’amélioration du climat des affaires et un meilleur accès au financement, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.
L’objectif est de favoriser l’émergence d’un tissu entrepreneurial plus dynamique, capable d’investir, d’innover et surtout de créer davantage d’emplois.
Le deuxième axe concerne le développement territorial. Le partenariat entend réduire les disparités géographiques en améliorant la connectivité entre les villes et les territoires ruraux, en facilitant l’accès aux infrastructures, aux marchés et aux services publics, mais aussi en favorisant une croissance plus équilibrée entre les régions.
Le troisième pilier est consacré au renforcement du capital humain. La Banque mondiale poursuivra son accompagnement des réformes engagées dans l’éducation, la santé, la couverture sanitaire universelle et la généralisation de la protection sociale, considérées comme des leviers indispensables pour améliorer la productivité de l’économie marocaine.
Contrairement aux précédents cadres de coopération, celui-ci fait de la création d’emplois son objectif transversal.
L’ensemble des interventions sera évalué à l’aune de leur capacité à générer des emplois de meilleure qualité, à favoriser l’investissement privé et à améliorer les opportunités économiques offertes aux Marocains.
Les indicateurs de suivi porteront notamment sur le nombre d’emplois créés, les investissements privés mobilisés, l’amélioration de l’accès à l’éducation et aux soins de santé, ainsi que le renforcement de la résilience des populations face aux effets du changement climatique.
Pour mettre en œuvre cette stratégie, le Groupe de la Banque mondiale combinera plusieurs instruments complémentaires : prêts, assistance technique, partage d’expertise, garanties et mobilisation de capitaux privés.
Pour Ousmane Dione, vice-président de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan, ce changement d’échelle est précisément l’une des principales nouveautés du partenariat : « En portant notre partenariat à un horizon de dix ans, nous faisons un choix délibéré, celui de dépasser les cycles de projet pour investir dans une transformation structurelle durable. »
L’une des principales nouveautés du CPF réside dans la place accordée à l’inclusion économique des femmes.
La Banque mondiale consacre une annexe entière à cette question, qu’elle considère comme l’un des principaux leviers de croissance du Royaume.
Le constat est connu mais demeure préoccupant. Malgré les progrès enregistrés en matière d’éducation, le Maroc affiche toujours l’un des taux d’activité féminine les plus faibles au monde. Selon les données de la Banque mondiale, seules 19 % des femmes en âge de travailler participent au marché de l’emploi, contre près de 70 % des hommes.
Cette situation apparaît d’autant plus paradoxale que les femmes représentent aujourd’hui une part croissante des diplômés de l’enseignement supérieur.
Pour l’institution, cette faible participation constitue un important manque à gagner économique et freine directement les ambitions de croissance du pays.
Le CPF identifie plusieurs freins persistants : insuffisance des structures de garde d’enfants, difficultés de mobilité, accès limité au financement, au foncier et aux actifs productifs, mais aussi poids des normes sociales.
Le mariage et la maternité continuent notamment de peser fortement sur les trajectoires professionnelles des Marocaines, tandis que les responsabilités domestiques restent très majoritairement assumées par les femmes.
Le partenariat prévoit ainsi d’accompagner le développement des services de garde d’enfants, le renforcement de la mobilité, l’accès au financement, le soutien à l’entrepreneuriat féminin et une meilleure prise en compte de la dimension du genre dans les politiques publiques.
Le nouveau partenariat accorde également une place beaucoup plus importante au secteur privé.
IFC, la branche du Groupe Banque mondiale dédiée au financement des entreprises, entend intensifier son action au Maroc afin de favoriser la mobilisation de capitaux privés et le développement des marchés.
Son vice-président pour l’Afrique, Ethiopis Tafara, souligne que le Royaume dispose de l’une des économies les plus dynamiques du continent : « À travers ce partenariat d’une durée de dix ans avec le Royaume du Maroc, nous renforçons notre engagement à consolider les marchés, à mobiliser davantage de capitaux privés et à soutenir la prochaine génération d’entreprises afin qu’elles puissent grandir, se développer et créer des emplois dans l’ensemble de l’économie. »
Cette orientation vise à attirer davantage d’investissements vers les secteurs créateurs de valeur et à améliorer les conditions de financement des entreprises, en particulier des PME.
La MIGA, l’agence du Groupe spécialisée dans les garanties contre les risques liés aux investissements, participera également à la mise en œuvre du partenariat.
Son intervention doit permettre de réduire le risque perçu par les investisseurs internationaux et de faciliter la mobilisation de capitaux privés au Maroc.
Pour son vice-président et directeur financier, Ed Mountfield, ces mécanismes de garantie contribueront à renforcer un modèle de croissance davantage porté par le secteur privé tout en favorisant la création d’emplois.
Selim Benabdelkhalek
