Le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé, mardi 22 septembre, de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%, dans un environnement international marqué par la persistance des tensions géopolitiques et la hausse des prix de l’énergie. La Banque centrale prévoit une inflation limitée à 0,7% en 2026 et une croissance économique de 4,4%, soutenue notamment par un rebond de 16% de la valeur ajoutée agricole. Pour 2027, la croissance ralentirait à 2,9%, sous l’hypothèse d’un retour de la production céréalière à un niveau moyen.
Bank Al-Maghrib laisse une nouvelle fois son taux directeur à 2,25%. Réuni mardi 22 septembre pour sa troisième session trimestrielle de 2026, le Conseil de la Banque centrale a examiné l’évolution de la conjoncture nationale et internationale ainsi que ses nouvelles projections macroéconomiques.
La décision intervient dans un contexte que BAM juge toujours entouré d’un niveau « très élevé » d’incertitudes, en raison notamment de la persistance des conflits internationaux, des tensions géoéconomiques, des risques sur l’approvisionnement énergétique et alimentaire, de la hausse des rendements souverains et des effets du changement climatique. Au niveau national, les incertitudes concernent également les conditions climatiques et l’orientation future de la politique économique.
Malgré la hausse des cours internationaux de l’énergie, l’inflation demeure faible au Maroc. Elle s’est établie à 0,3% en moyenne sur les huit premiers mois de 2026, sous l’effet notamment du recul des prix de certains produits alimentaires.
BAM prévoit désormais une inflation de 0,7% sur l’ensemble de 2026, avant une accélération à 1,5% en 2027. L’inflation sous-jacente passerait pour sa part de -0,2% cette année à 2,2% l’année prochaine, notamment avec la dissipation de l’effet de la baisse des prix de certains produits alimentaires, dont l’huile d’olive, et la persistance d’une inflation importée relativement élevée.
La Banque centrale relève par ailleurs que les anticipations d’inflation restent « bien ancrées ». Les experts du secteur financier interrogés au troisième trimestre tablent sur une inflation moyenne de 2,1% à huit trimestres et de 2,2% à douze trimestres.
Dans ces conditions, et compte tenu de la consolidation attendue de l’activité non agricole à moyen terme, le Conseil a estimé approprié de conserver le taux directeur à 2,25%, en précisant que ses prochaines décisions continueront d’être prises « réunion par réunion » sur la base des données disponibles.
Sur le front de l’activité, BAM prévoit une croissance de 4,4% en 2026, après 4,9% en 2025.
Cette évolution est notamment portée par le secteur agricole. La valeur ajoutée agricole devrait rebondir de 16% cette année, en tenant compte d’une récolte céréalière estimée par le ministère de l’Agriculture à 93 millions de quintaux.
Les activités non agricoles afficheraient en revanche une progression plus modérée. Leur croissance ralentirait de 4,5% en 2025 à 3,1% en 2026, en raison notamment d’une évolution moins favorable que prévu dans certaines industries extractives et manufacturières.
En 2027, la croissance globale devrait revenir à 2,9%. BAM fonde cette projection sur l’hypothèse d’une production céréalière moyenne de 50 millions de quintaux, qui entraînerait un recul de 7,6% de la valeur ajoutée agricole. Les activités non agricoles accéléreraient parallèlement à 4%.
Malgré le ralentissement de l’activité, le marché du travail a poursuivi son amélioration au deuxième trimestre. Selon les données du HCP reprises par Bank Al-Maghrib, l’économie a créé 406.000 emplois en glissement annuel.
Le taux de chômage au sens strict est revenu à 9,5% au niveau national, avec un taux de 11,9% dans les villes et de 5,4% en milieu rural.
La remontée des prix internationaux de l’énergie pèse en revanche sur les comptes extérieurs. Bank Al-Maghrib prévoit une augmentation de 28,4% de la facture énergétique en 2026, à 138,1 milliards de dirhams. Elle devrait ensuite redescendre à 116 milliards en 2027.
BAM table sur un prix moyen du Brent de 87,2 dollars le baril en 2026, contre 68,2 dollars en 2025, avant un reflux à 73,5 dollars en 2027.
Les exportations de phosphates et dérivés bénéficieraient en revanche de la hausse des cours des engrais, avec une progression attendue de 9,7% cette année puis de 12,1% en 2027, pour atteindre 122,6 milliards de dirhams. Les exportations automobiles devraient également reprendre progressivement et atteindre 202,2 milliards en 2027.
Sous l’effet notamment de la facture énergétique et des importations élevées de biens d’équipement, le déficit du compte courant devrait passer de 2,4% du PIB en 2025 à 4,6% en 2026, avant de revenir à 3% en 2027.
Les recettes de voyages devraient poursuivre leur progression pour atteindre 160 milliards de dirhams en 2027, tandis que les transferts des Marocains résidant à l’étranger s’établiraient à 136,3 milliards.
Les réserves officielles continueraient parallèlement de se renforcer, à 502,8 milliards de dirhams fin 2026 puis 515,3 milliards fin 2027, soit environ cinq mois et demi d’importations de biens et services.
Sur le plan monétaire, BAM anticipe une nette accélération du crédit bancaire au secteur non financier. Sa progression passerait de 4,8% en 2025 à 8,1% en 2026, avant de ralentir à 6,1% en 2027.
Le besoin de liquidité des banques devrait, lui, continuer à augmenter pour atteindre 168,2 milliards de dirhams en 2027, principalement sous l’effet de la progression attendue de la circulation fiduciaire.
Enfin, Bank Al-Maghrib prévoit un déficit budgétaire, hors recettes de cession des participations de l’État, de 3,4% du PIB en 2026 et de 3,5% en 2027. Sur les huit premiers mois de l’année, les recettes ordinaires ont progressé de 9,6%, tandis que les dépenses globales ont augmenté de 10,5%.
SB
