Des électeurs attendent pour voter sous la surveillance de la police, à Dacca, au Bangladesh, le 30 décembre 2018 © AFP Munir UZ ZAMAN

International

Les Bangladais aux urnes, douze morts en marge du scrutin

le 30 décembre 2018


Au moins douze personnes ont péri dimanche en marge des législatives au Bangladesh, dont la campagne avait déjà été ternie par des violences meurtrières et des accusations de répression à l’encontre de milliers de militants de l’opposition.

Trois hommes ont été tués par la police et huit autres ont péri dans des affrontements distincts entre les partisans de la Ligue Awami, au pouvoir, et ceux du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), la principale formation de l’opposition, selon un dernier bilan de la police. Un auxiliaire de police a par ailleurs été tué par des sympathisants de l’opposition.

Le scrutin, qui devrait accorder un quatrième mandat à la Première ministre Sheikh Hasina, s’est achevé à 16H00 locales (10H00 GMT), ayant donné lieu à un important déploiement de forces de sécurité.

Au pouvoir depuis 10 ans, Mme Hasina, 71 ans, reste très populaire auprès d’une partie de ses concitoyens en raison d’une période de forte croissance économique et pour avoir débarrassé le Bangladesh de son image de nation miséreuse et frappée de toutes les calamités du monde. Elle a accueilli également sur son sol les centaines de milliers de Rohingyas fuyant la Birmanie.

Mais ses détracteurs la décrivent comme une autocrate en germe qui a emprisonné sa rivale emblématique Khaleda Zia et réprimé la dissidence avec des arrestations en masse de militants d’opposition, des disparitions forcées et des lois draconiennes qui musèlent la presse.

– « Eviter les rumeurs » –

Le gouvernement a annoncé avoir déployé 600.000 membres de la police, de l’armée et d’autres forces de sécurité pour prévenir des violences dimanche, lors du onzième scrutin législatif depuis l’indépendance du Bangladesh en 1971.

Le régulateur des télécoms a ordonné aux opérateurs mobiles bangladais de couper la 3G et la 4G jusqu’à dimanche soir minuit, afin « d’éviter que des rumeurs ne se répandent », a indiqué un porte-parole.

Les décès annoncés dimanche portent à 14 le nombre de morts confirmées par la police depuis l’annonce, le 8 novembre, de la date du scrutin.

Un homme a notamment péri dimanche dans la ville de Bashkhali (sud). La police a dit avoir ouvert le feu en situation de légitime défense contre des partisans de l’opposition qui tentaient d’entrer de force dans un bureau de vote. Un autre homme a été tué par les forces de l’ordre qui affirment qu’il avait tenté de voler une urne.

D’après les sondeurs, Sheikh Hasina, dont le père Sheikh Mujibur Rahman fut le premier président du Bangladesh, semble en passe de décrocher facilement son troisième mandat consécutif de cinq ans depuis 2008, après un premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001, un record dans l’histoire du pays.

– Sélection contrôlée –

Sa coalition doit remporter 151 sièges lors du scrutin majoritaire uninominal.

« Nous avons reçu des informations préoccupantes sur des gens qui auraient illégalement voté dans la nuit à l’extérieur de Dacca », a déclaré Kamal Hossain, 82 ans, le « père » de la constitution bangladaise qui est une des figures de proue de l’opposition.

Des responsables de bureaux de vote dans la capitale ont fait état d’une faible participation dans la matinée.

Le BNP, qui avait boycotté le précédent scrutin en 2014, accuse les membres de la Ligue Awami d’avoir agressé ses militants afin de décourager les électeurs. La Ligue Awami rejette cette accusation.

Le parti de Khaleda Zia, opposante et ennemi jurée de Mme Hasina, a également accusé la commission électorale de partialité, ce qu’elle a nié. Le parti fait état de 15.000 militants emprisonnés depuis le 8 novembre.

Human Rights Watch et plusieurs autres organisations internationales de défense des droits de l’Homme ont dénoncé samedi, dans un communiqué commun, des mesures répressives qui ont créé un climat de peur pouvant dissuader les sympathisants de l’opposition de se rendre aux urnes.

« Nous faisons de notre mieux pour avoir une élection libre et équitable », a déclaré à l’AFP un responsable de la commission électorale, Rafiqul Islam, répondant aux inquiétudes de l’ONU et des États-Unis qui s’interrogent également sur la crédibilité du processus électoral.

D’après l’opposition, 17 candidats auraient été arrêtés sur des accusations montées de toutes pièces et 17 autres opposants empêchés de participer au scrutin par des tribunaux contrôlés par Sheikh Hasina.

« Ce n’est pas une élection libre et équitable. C’est plutôt une sélection contrôlée », a déclaré un diplomate occidental sous couvert d’anonymat.

Des responsables d’une des principales chaînes de télévision privées, Jamuna TV, ont annoncé qu’elle avait été retirée samedi soir des bouquets des principaux opérateurs du câble au Bangladesh.

« Nous n’avons eu aucune explication », a déclaré à l’AFP le directeur de l’information de Jamuna TV, Fahim Ahmed. « Nous diffusons. Mais personne au Bangladesh ne peut nous voir ».

Sheikh Hasina a rejeté toute accusation de répression et a appelé les électeurs à la soutenir pour continuer de renforcer l’économie, qui connaît une croissance annuelle de plus de 6% depuis sa victoire de 2008.

LNT avec AFP