Économie et Finance

Autoroutes du Maroc, la dette pèse lourdement sur les résultats financiers

le 7 mai 2015


Le trafic a progressé légèrement de 2,3% impactant positivement sur le chiffre d’affaires de la société Autoroutes du Maroc. Si le résultat d’exploitation est positif, le résultat net est déficitaire à cause du résultat financier. La société a remboursé 2,8 milliards de dirhams de dette (principal et services) en 2014.

Depuis son lancement en 1989, le réseau autoroutier a englouti plus de 45 milliards de dirhams d’investissement, permettant la mise en exploitation d’un réseau de 1 511 km, a expliqué M.Anouar Benazouz, Directeur Général d’Autoroutes du Maroc, lors de la 2ème édition d’ADM Press Meeting, qui s’est tenue le mardi 5 mai 2014. En plus du réseau déjà opérationnel, d’autres tronçons autoroutiers sont en cours de chantier dont celui de Safi-El Jadida (143 km), contournement de Rabat (41 km), dont le pont haubané sur Oued Bouregreg est réalisé à hauteur de 80%, et l’autoroute Berrechid-Khouribga (77 km). En tout, à la fin de l’année en cours, le Royaume devrait compter sur un réseau autoroutier de 1 800 km, faisant du réseau autoroutier marocain le second du continent après celui de l’Afrique du Sud.

Pour financer ce programme autoroutier, Autoroutes du Maroc a misé sur un modèle de financement basé sur l’endettement, notamment étranger. Ainsi, sur le montant global des investissements, 38 milliards de dirhams ont été mobilisés auprès des bailleurs de fonds étrangers (FADES, BAD, BRI, etc.) et des prêteurs locaux via le marché obligataire. Si ce modèle permet de limiter la contribution de l’Etat, il a l’inconvénient aussi de plomber longtemps les finances de la société. En 2014, les remboursements de la dette (capital et intérêts) se sont établis à 2,80 milliards de dirhams. Et ce sera ainsi pour les 5 prochaines années, au moins. En outre, sachant que plus de la moitié de la dette est contractée en devises étrangères, le résultat financier d’ADM fluctue fortement en raison des variations de la parité du dirham par rapport aux différentes devises d’emprunt. Ainsi, la société a bénéficié en 2013 d’une évolution favorable du taux de change qui a impacté positivement sur le résultat net qui n’avait affiché qu’un déficit de -148 MDH. Ce facteur exceptionnel ne s’étant reproduit en 2014, le déficit s’est creusé pour s’établir à -1 114 MDH, à cause des provisions pour risque de change, associées aux prêts qui ont atteint plus de 568 MDH. En clair, les charges financières vont encore longtemps plomber les réalisations financières d’ADM.

Faible hausse du trafic

Toutefois, avec un crédit d’impôt de 4,6 milliards de dirhams à fin 2014, résultat du différentiel entre le taux de TVA à l’investissement et celui appliqué aux recettes de péage, la société dispose d’un matelas financier qui pourrait lui offrir une bouffée d’oxygène.

Par ailleurs, au niveau de l’activité, la société Autoroute du Maroc (ADM) a vu la circulation de voitures sur son réseau croître de 2,3% à 17,6 millions de véhicules kilomètres par jour (nombre de véhicule passant sur section d’autoroute/longueur de la section en km). Cette hausse résulte essentiellement de la croissance du trafic au niveau des sections autoroutières entre Kenitra et Berrechid.

L’autoroute Casablanca-Rabat demeure le tronçon le plus fréquenté avec un trafic moyen journalier de 52 579 véhicules, en progression de 3,7% par rapport à l’année précédente. La hausse du trafic s’est traduite par une amélioration des recettes de péage de l’ordre de 2,2% à 2,34 milliards de dirhams. L’excédent brut d’exploitation de la société a augmenté de 3,5% à 1,66 milliard de dirhams.

3 Conventions

Par ailleurs, le total bilan d’ADM s’est apprécié de 4%, passant de 46,7 milliards de dirhams à 48,5 milliards de dirhams. En consolidé et selon les normes IAS/IFRS, le total bilan ressort à plus de 47,6 milliards de dirhams. Cette hausse s’explique essentiellement par les investissements liés à la réalisation des tronçons autoroutiers Berrechid-Beni Mellal, El Jadida-Safi et contournement de Rabat.

Enfin, la présentation des résultats d’ADM a été aussi marquée par la signature de 3 conventions de partenariats. Le premier a été signé avec le Centre monétique interbancaire (CMI) et porte sur le paiement des péages par carte bancaire. Ce partenariat permettra de fluidifier la circulation automobile en réduisant les arrêts des voitures au niveau des péages. Les deux autres conventions ont été signées par ADM Académie avec l’ISCAE et le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM-France) et visent à l’amélioration de la qualité des ressources humaines d’ADM via des formations adaptées.

Moussa Diop