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AFPDes conteneurs détruits dans le port vénézuélien de La Guaira, le 3 janvier 2026

Au Venezuela, traumatisme et incrédulité dans un quartier bombardé de La Guaira

Amériques

Au Venezuela, traumatisme et incrédulité dans un quartier bombardé de La Guaira

Par LNT
Capture d’écran 2026-01-04 173707
AFPDes conteneurs détruits dans le port vénézuélien de La Guaira, le 3 janvier 2026

À La Guaira, principal port du Venezuela et zone stratégique accueillant également l’aéroport international de Caracas, les traces des frappes américaines de la nuit de vendredi à samedi restent visibles. Dans le quartier populaire Bolívar, situé à quelques centaines de mètres des quais visés, les habitants oscillent entre choc, peur et incompréhension.

« On voyait les feux de bengale arriver, puis l’explosion », raconte Alpidio Lovera, 47 ans, encore marqué par les événements. Selon plusieurs témoins, au moins deux projectiles sont tombés sur des hangars et des conteneurs du port, provoquant d’importants dégâts matériels. Des conteneurs ont été éventrés et déformés, tandis qu’une fumée persistante s’échappait encore des installations plusieurs heures après les déflagrations.

Sur place, des pompiers et des employés du port s’affairaient avec des engins de chantier pour dégager les débris. Des policiers en moto, armés de fusils à pompe, patrouillaient dans le secteur afin d’éviter d’éventuels pillages. Des curieux se sont arrêtés pour filmer les barrières métalliques tordues par le souffle des explosions.

Au sol, des éclats de verre et des fragments métalliques projetés à plusieurs dizaines de mètres témoignent de la violence des impacts. Le souffle a endommagé des bâtiments publics du front de mer, brisé de nombreuses vitres et arraché plusieurs toitures en tôle dans les rues adjacentes.

« Tous les habitants de la communauté ont fui vers la colline, parce que si un missile tombait ici, il ne resterait plus rien », explique Alpidio Lovera, dont l’épouse est enceinte.

Sa sœur, Linda Unamuno, 39 ans, qui vit dans le quartier depuis trois décennies, n’a pas encore surmonté la peur ressentie cette nuit-là. « On a entendu le premier bruit très fort vers deux heures du matin. Je suis sortie chercher ma fille de 11 ans dans la chambre voisine », raconte-t-elle, en larmes.

Le souffle a arraché une grande partie du toit de sa maison. « Je me suis réfugiée dans un coin pour protéger ma fille. J’ai vraiment cru que la colline était en train de s’effondrer », dit-elle, évoquant également la tragédie de Vargas, survenue il y a plus de vingt ans dans cette région, lorsque des glissements de terrain avaient causé des milliers de morts. « Jusqu’à peu, je pleurais encore. C’était traumatisant. Je ne souhaite ça à personne. »

Plus loin, un voisin, Alirio Elista, 68 ans, montre le château d’eau de sa maison, endommagé par l’onde de choc. Pour lui, l’opération militaire ne peut pas être une solution. « Ceux qui pensent que l’invasion est la réponse ne savent pas de quoi ils parlent. Il faut trouver une solution pacifique », affirme-t-il.

Il se dit par ailleurs sceptique quant à l’annonce de la capture de Nicolas Maduro. « Je crois que ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible », confie-t-il, exprimant son désenchantement vis-à-vis de la classe politique. « Je ne veux ni Maduro ni Maria Corina Machado au pouvoir. Je veux quelqu’un d’honnête qui aime le pays. »

Dans ce quartier populaire, comme dans de nombreuses zones de La Guaira, la nuit de bombardements a laissé derrière elle un sentiment d’insécurité profonde. Au-delà des dégâts matériels, les habitants évoquent un choc psychologique durable, ravivant le souvenir de catastrophes passées et accentuant l’incertitude sur l’avenir du pays.

LNT avec AFP

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