Attaque américaine contre l’Iran, les réactions marocaines
Peu après l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, l’émotion a gagné les réseaux sociaux. Très vite, le débat sur la condamnation ou le soutien à l’attaque a pris le devant. Entre un État iranien défavorable à l’intégrité territoriale nationale, mais soutien de la cause palestinienne, et un Etat d’Israël génocidaire, le débat a fini par susciter de vives tensions.
Voilà qui est fait. L’Oncle Sam et son enfant chéri Israël sont partis en guerre contre l’Iran, imposant ainsi un ordre guerrier à la « cow-boy ». Et en attendant des lendemains incontestablement incertains pour bon nombre d’économies mondiales, le duo américano-israélien continue de mener une offensive qu’il qualifie de juste et d’urgente avec comme principal objectif, le renversement d’un régime iranien qualifié de dangereux pour toute la région du Moyen-Orient.
Officiellement, le Maroc n’a pas hésité une seconde pour afficher sa solidarité inconditionnelle avec les monarchies du Golfe visées par Téhéran. D’ailleurs, les autorités publiques ont procédé à une interdiction musclée de toutes les manifestations pro-iraniennes dans les villes de Rabat, Tétouan et Tanger.
Côté opposition politique, le PPS et le PJD ont été parmi les premiers à dénoncer l’attaque lancée par Washington. En même temps, ils ont exprimé leur inquiétude de voir la guerre s’étendre aux pays de la région.
Auprès d’Adl Wal Ihssane, principal mouvement islamiste du pays, la position reste sans équivoque, inscrite dans sa lignée idéologique. En effet, le Conseil d’Al Irchad des Adlistes a très vite publié un Bayane condamnant « fermement et sans ambiguïté l’agression sioniste-américaine contre la République islamique d’Iran : nous rejetons catégoriquement la logique consistant à déclencher des guerres et à étendre le cercle des conflits, car cela ne fera qu’engendrer davantage de destruction, de déplacements de population et de dévastation ». Dans leur Bayane, les Adlistes présentent leurs condoléances au peuple iranien pour les victimes de cette agression, parmi lesquelles des civils, des intellectuels et des dirigeants, notamment le Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei.
Du côté de la population au sens large, la logique est particulièrement différente. Cette attaque, et les représailles iraniennes visant plusieurs pays du Golfe abritant sur leur sol des bases militaires américaines, a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Évidemment là, la problématique des interprétations a mené à des débats houleux, voire haineux.
Sans pour autant juger les convictions, la double appréciation de ce conflit armé, bien que compréhensible sous le coup de l’émotion, en dit long. Pour les uns, l’attaque est une agression contraire aux règles du droit international. Dans leur argument, les Américains cherchent à protéger Israël, détruire militairement l’Iran et faire de l’État hébreu la seule puissance militaire de la région du Moyen Orient. On ajoute également qu’il ne faut pas oublier que c’est toujours l’Iran qui s’oppose et démantèle les « plans sionistes d’expansion » d’Israël en Palestine. Un autre argument entendu est que les Etats-Unis et Israël, en passant à l’acte militaire, ont attaqué un autre symbole très fort et structuré de la résistance palestinienne, valeur fondamentale de la Oumma Islamia, qu’elle soit Chiite ou Sunnite.
Aux yeux des autres, cette manière d’appréhender la cause palestinienne, signifie pratiquement jeter les Marocains dans les bras des fondamentalistes de tout bord, qui n’attendent que cela en vue de les couper de la communauté nationale. Justement, ceux qui ne condamnent pas l’attaque américaine, estiment qu’il est hors de question de soutenir un pays qui, en soutenant la thèse algérienne, s’oppose à l’intégrité territoriale du Maroc.
Pour d’autres qui se veulent humanistes, stopper la guerre reste une urgence absolue pour sauver des vies des deux côtés d’une part, et éviter à l’économie mondiale, déjà en grande difficultés de croissance, une énième crise énergétique susceptible d’enflammer les bourses, les marchés et d’impacter terriblement le pouvoir d’achat, d’autre part.
Hassan Zaatit
