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Article IV : Le Maroc face au test de la constance réformatrice

Article IV : Le Maroc face au test de la constance réformatrice

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Une équipe du FMI dirigée par Laura Jaramillo, une économiste qui occupe désormais le poste de cheffe de mission du Fonds monétaire international (FMI) pour le Maroc, vient de terminer sa visite annuelle dans le pays du 29 janvier au 11 février. Dans le cadre de ce rituel, l’équipe du FMI a procédé à des échanges avec les hauts responsables du pays, du gouvernement marocain, de Bank Al‑Maghrib, ainsi qu’avec des représentants du secteur public et privé, des consultations prévues par l’article IV du Fonds.

Laura Jaramillo, économiste colombienne-américaine qui a rejoint le FMI en 2002, remplace Roberto Cardarelli qui a occupé ce poste depuis le début des années 2020- 2024 et reconnu la résilience de l’économie marocaine face aux crises successives, tout en insistant sur l’importance de la poursuite des réformes structurelles du pays pour assurer une croissance durable et inclusive.

L’une des principales responsabilités du FMI consiste à suivre les politiques économiques et financières de ses pays membres et de leur prodiguer des conseils dans le cadre de la surveillance qu’il exerce également aux niveaux mondial et régional, dans l’objectif de détecter les risques et recommander des changements de politique de nature à soutenir la croissance économique et à favoriser la stabilité financière.

Pour le Maroc, en tant que pays émergent en pleines réformes, un suivi vigilant par le FMI est essentiel pour détecter les risques susceptibles d’exiger que les pouvoirs publics prennent des mesures correctrices. D’autant que son économie est de plus en plus intégrée à l’échelle mondiale et que les politiques qu’il met en œuvre peuvent avoir des répercussions bien au-delà de ses frontières. D’ailleurs, le suivi exercé par le FMI porte sur un pays en particulier dans le cadre d’une surveillance bilatérale, ou sur l’ensemble de l’économie mondiale pour une surveillance multilatérale.

C’est dans le premier cas que le FMI exerce généralement ses activités de suivi en se rendant une fois par an dans les pays membres concernés comme le Maroc. Au cours de ces missions, les services du FMI s’entretiennent avec des responsables du gouvernement et de la banque centrale sur les risques pesant sur la stabilité intérieure et mondiale, ainsi que sur les mesures et les réformes à entreprendre pour y faire face.

Ces entretiens portent principalement sur le taux de change, les politiques monétaire, budgétaire et financière, ainsi que sur les réformes structurelles. Ils concernent également les évolutions observées dans d’autres domaines essentiels à la stabilité économique et financière, comme le changement climatique et le passage au numérique. Ses entretiens approfondis avec des interlocuteurs très variés permettent au FMI de mieux évaluer les politiques économiques et les perspectives de chaque pays.

Ainsi, une fois leur évaluation achevée, les services du FMI soumettent un rapport à l’examen du conseil d’administration de l’organisation internationale avant de transmettre leur rapport aux autorités nationales, ce qui conclut la procédure dite de consultations au titre de l’article IV. C’est ce rapport des services du FMI, que l’économiste en cheffe Laura Jaramillo chef de mission désignée pour le Maroc, vient de présenter la semaine dernière au Ministères des finances à Rabat.

Il est important de préciser que le FMI classe le Maroc dans le cadre de la région MENA, Moyen Orient, Afrique du Nord et Asie centrale, et que son dernier rapport sur les perspectives économiques régionales de mai 2025 considère que la région doit « se frayer un chemin dans le brouillard » du fait de la montée des tensions commerciales, l’incertitude entourant les politiques publiques à l’échelle mondiale et les conflits régionaux. Face à ce nouvel environnement les pays de la zone doivent privilégier la stabilité macroéconomique et accélérer leurs réformes structurelles.

Précisément, au terme de sa mission 2025, la cheffe de délégation a apprécié ses échanges avec les autorités marocaines et les représentants des secteurs public et privé qu’elle a qualifiés de « constructifs », réaffirmant la confiance du FMI dans les perspectives du Royaume, tout en soulignant la nécessité de « poursuivre les réformes structurelles et de gérer prudemment les risques ».

Le Maroc, est d’ailleurs reconnu comme étant un bon élève du FMI, gagnant à suivre ses recommandations et à les réaliser. Preuve en est, le Maroc a été soutenu par l’octroi de lignes de crédit successives pour renforcer ses réserves extérieures. La dernière en date, accordée en avril 2025, est une nouvelle ligne de crédit modulable (LCM) de 4,5 milliards de dollars sur deux ans, pour protéger le pays contre les risques de baisse de ces dernières, dans un contexte d’incertitude économique mondiale. Car, le point faible du pays réside dans le déficit de sa balance des paiements, qui découle du déficit de la balance commerciale avec un niveau des importations, élevé et croissant, qui ne se compense pas suffisamment avec les rentrées de devises des exportations, IDE et recettes du tourisme.

C’est la deuxième LCM accordée au Maroc, après celle de 2023, qui s’élévait à quelque 3,7262 milliards de DTS (environ 417% de la quote-part). Le Maroc avait également bénéficié de quatre accords successifs au titre de la Ligne de Précaution et de Liquidité (LPL) entre 2012 et 2020.

Toutefois, le FMI souligne que l’économie marocaine a démontré une résilience remarquable face aux chocs récents, malgré une succession de sécheresses qui ont réduit la production agricole et augmenté le chômage.

Par ailleurs, les conclusions, très favorables, du FMI sur l’économie marocaine relèvent notamment que la forte dynamique de croissance devrait se poursuivre en 2026 à 4,9%, soutenue par l’investissement public et privé ainsi qu’une production agricole robuste, en particulier grâce aux pluies récentes et abondantes.

Le FMI note également que la poursuite de la bonne performance des recettes, conjuguée à une réorientation des priorités en matière de dépenses, permettrait de dégager des marges pour accroître l’investissement dans le capital humain, et contribuerait à reconstituer les marges budgétaires.

Le Maroc pourrait aussi tirer profit des opportunités offertes par l’accélération de l’investissement public qui nécessite toutefois une gestion prudente des risques et un investissement accru dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

La création d’emplois durables demeure une priorité pressante pour le Fonds, appelant à un climat des affaires plus propice, un secteur privé plus dynamique, et davantage de réformes liées au marché du travail.

Au-delà de ces constats positifs, le FMI porte un intérêt bien marqué aux réformes engagées par le Maroc en appréciant d’une part celles récemment réalisées comme celles fiscales avec la modernisation de la TVA, l’introduction de la retenue à la source et la dématérialisation des procédures fiscales. Mais aussi, celle des finances publiques avec le renforcement du cadre budgétaire à moyen terme et la gestion de l’investissement public. Ou encore, celle des établissements et entreprises publics pour améliorer leur performance et leur gouvernance, du marché du travail avec la mise en œuvre de la Feuille de route pour l’emploi à horizon 2030 pour réduire le chômage et améliorer l’insertion professionnelle. Sans oublier la refonte du système financier par les réformes pour traiter les créances en souffrance et renforcer la résilience du système financier, couplée à la politique monétaire avec la transition vers un régime de ciblage de l’inflation et une plus grande flexibilité du taux de change.

En définitive, les conclusions de la mission au titre de l’article IV confirment que le Maroc avance sur une trajectoire globalement solide, portée par des réformes structurelles cohérentes et une gestion macroéconomique prudente.

Si les perspectives de croissance restent favorables et la résilience reconnue, les vulnérabilités extérieures et le défi de l’emploi rappellent que l’essentiel se joue désormais dans la profondeur et la constance des réformes. Plus qu’un satisfecit, ce rapport constitue une feuille de route exigeante : consolider les équilibres, investir dans le capital humain et transformer l’investissement en création durable de valeur et d’emplois.

 

Afifa Dassouli

 

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