Aretha Franklin, le 3 mai 2011 à New York City © AFP/Archives Andy Kropa

Culture

Aretha Franklin, la Reine de la Soul, s’en est allée

le 17 août 2018


La légende américaine de la Soul Aretha Franklin, interprète d’immenses succès et combattante inlassable des causes du féminisme et des droits civiques, est décédée jeudi à 76 ans, suscitant un torrent d’hommages.

La famille de l’artiste a indiqué qu’elle s’était éteinte à son domicile de Détroit (Michigan) des suites d’un cancer du pancréas.

Jeudi, la New Bethel Baptist Church, l’église dans laquelle officia son père, pasteur, s’est transformée en lieu de recueillement.

Des anonymes sont venus y déposer fleurs, ballons et même ours en peluche, tandis que le son des principaux succès de la diva soul s’échappaient du bâtiment.

« J’ai le coeur brisé », confie à l’AFP Jerome Greear, en larmes. L’homme de 53 ans, ingénieur du son, est venu avec sa mère Joyce, qui était au lycée avec Aretha Franklin.

« Cependant je suis heureux d’avoir grandi à une époque où j’en ai été le témoin. J’ai vu son ascension. J’ai vu son apogée. J’ai vu ses chutes et sa véritable ascension et je suis fier. Je suis fier. Je suis fier », martèle-t-il.

L’agente de longue date de l’artiste, Gwendolyn Quinn, a annoncé à la presse locale que la date et le lieu des funérailles ne seraient vraisemblablement pas communiqués avant le début de la semaine prochaine.

Le maire de Detroit, Mike Duggan, a indiqué, sans plus de précisions, que de nombreux événements seraient organisés à Detroit pour rendre hommage à cette étoile de la musique américaine.

En plus de soixante ans de carrière, Aretha Franklin aura incarné la vague soul qui a transformé la musique moderne et inspiré des générations d’artistes.

Ouverte aux collaborations, elle aura enregistré avec des artistes de divers univers, classique, pop, rock et rap, capable de transposer sa voix chaleureuse, mélange de puissance et sensibilité, dans tous les univers.

« Nous avons perdu la matriarche et le roc de notre famille », ont témoigné les proches de la légende de la chanson américaine dans un texte transmis par Gwendolyn Quinn.

La Reine de la Soul, à laquelle un cancer avait été diagnostiqué en 2010, recevait depuis plus d’une semaine des soins palliatifs à son domicile de Detroit.

– « Elle était sans pareil » –

Immédiatement après l’annonce du décès, les réactions ont afflué, des artistes aux politiques, dans un éloge à l’unisson.

Le président Donald Trump a salué sur Twitter « une femme exceptionnelle qui a bénéficié d’un merveilleux bienfait de Dieu, sa voix ».

« Durant plus de six décennies, chaque fois qu’elle chantait, nous avions tous droit à une lueur divine », ont dit, dans une déclaration écrite, l’ancien président Barack Obama et son épouse Michelle.

Aretha Franklin avait chanté lors de la cérémonie d’investiture du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis en 2009.

Bien au-delà de Detroit, les manifestations spontanées se sont multipliées aux Etats-Unis, jusqu’aux fleurs disposées autour de l’étoile qui portait son nom sur Hollywood Boulevard, à Los Angeles.

La NASA, l’agence spatiale américaine, a elle aussi rendu hommage à la légendaire chanteuse, soulignant qu’un astéroïde portait son nom. « Nous sommes attristés par la perte d’Aretha Franklin. L’astéroïde 249516 Aretha, découvert par notre mission NEOWISE et qui porte le nom de la chanteuse pour célébrer la #QueenOfSoul, continuera à orbiter autour de Mars », a écrit l’agence sur son compte Twitter.

Fille de pasteur, Aretha Franklin a fait ses gammes dès 9 ans en chantant du gospel à la New Bethel Baptist Church, où officiait son père, connu également pour ses engagements en faveur des droits civiques.

« Je ne voulais vraiment pas chanter au début, mais mon père a insisté », expliquait-elle en 1990 dans un entretien à l’émission « 60 Minutes » de CBS.

Bien que révélée à Detroit, où sa famille avait emménagé durant son enfance, elle n’aura pas été une artiste des célèbres studios Motown, son père ayant refusé de la laisser signer avec le jeune label.

– De MLK à Obama –

Premier enregistrement à 14 ans, premier album sous le label Columbia à 19, Aretha Franklin devra néanmoins attendre plusieurs années avant de connaître le succès.

En moins de cinq ans, elle enchaînera une série de titres –de « Respect » en 1967 (adapté d’une chanson d’Otis Redding) à « Spanish Harlem » en 1971– qui constitueront le socle de son répertoire.

Elle remportera 18 Grammy Awards, les récompenses de l’industrie musicale américaine, dont les deux premiers en 1967 pour « Respect » et le dernier en 2007 pour un titre gospel, « Never Gonna Break My Faith ».

Auteure de plusieurs de ses grands succès, notamment « Think », celle qui était aussi une pianiste hors pair aura été la première femme élue au Rock’n’Roll Hall of Fame, le panthéon américain du rock et de la musique populaire.

Entraînée dans le mouvement des droits civiques par son père, elle en deviendra ensuite l’une des messagères, même si elle a toujours assuré n’avoir jamais envisagé le titre « Respect », devenu un hymne émancipateur, comme une chanson engagée.

A 16 ans, elle effectuera une tournée avec Martin Luther King, puis chantera lors de ses funérailles en 1968.

Son énergie sur scène, sa gouaille et son sourire en faisait une figure positive et joyeuse, mais beaucoup de ceux qui l’ont connu évoquaient un côté plus sombre.

Mère pour la première fois à 13 ans, puis de nouveau à 15 ans, deux fois divorcée, Aretha Franklin a parfois laissé entendre que son histoire amoureuse était jalonnée de déceptions, même si elle se réfugiait toujours derrière une indéfectible pudeur.

« Elle nous a aidés à être plus connectés les uns aux autres, plus optimistes, plus humains », ont écrit les époux Obama. « Et parfois, elle nous a aidés à danser et à oublier tout le reste. »

LNT avec Afp

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