Après cinq ans de porte fermée, l’OCP débarque 54 000 tonnes d’engrais à La Nouvelle-Orléans

Par LNT
OCP phosphate

Une première cargaison de TSP marocain est arrivée le 17 août au port de La Nouvelle-Orléans, à la suite de la suspension temporaire des droits compensateurs décidée par Washington le 29 juin. Un retour sur un marché où la production domestique de phosphate a chuté de plus de 50% depuis 1995.

C’est un déverrouillage que le groupe OCP attendait depuis cinq ans. Une première cargaison d’environ 54 000 tonnes de TSP (triple superphosphate) marocain a été déchargée le 17 août 2026 au port de La Nouvelle-Orléans, marquant la reprise effective des livraisons d’engrais phosphatés marocains vers les États-Unis.

Une suspension décidée fin juin par Washington

L’ouverture découle d’une décision de l’administration américaine, qui a accordé le 29 juin 2026 une suspension temporaire des droits compensateurs (countervailing duties) frappant les engrais phosphatés marocains. Ces droits, en vigueur depuis 2021, avaient de fait exclu l’OCP de l’un des plus grands marchés agricoles mondiaux.

« Cette cargaison démontre notre engagement à approvisionner le marché américain », a déclaré Kevin Kimm, directeur général d’OCP North America.

Un marché américain en déficit structurel de phosphate

Le contexte explique largement le revirement de Washington. L’extraction domestique de phosphate aux États-Unis a reculé de plus de 50% depuis 1995, réduisant mécaniquement les options d’approvisionnement des agriculteurs américains. Cinq années d’accès restreint aux engrais marocains ont accentué cette tension, dans un pays où la sécurité de l’approvisionnement en intrants agricoles est devenue un enjeu politique.

La suspension a d’ailleurs été calibrée en fonction du calendrier agricole : elle intervient en amont de la saison de semis d’automne, période de pic de consommation d’engrais phosphatés.

L’argument technique du TSP

L’OCP met en avant les caractéristiques du produit livré. La flexibilité du TSP — qui permet d’appliquer le phosphore indépendamment des autres nutriments — autorise les agriculteurs à ajuster leur fertilisation aux caractéristiques précises de leurs sols et de leurs cultures. Un positionnement que le groupe inscrit dans l’approche dite « 4R Nutrient Stewardship » (bonne source, bonne dose, bon moment, bon endroit), référence méthodologique reconnue dans l’agriculture nord-américaine.

L’enjeu : transformer une suspension en visibilité durable

Reste que le mot « temporaire » pèse sur l’ensemble du dossier. L’OCP réclame explicitement une visibilité tarifaire de long terme, condition qu’il présente comme nécessaire pour engager des investissements d’infrastructure en Amérique du Nord et garantir un approvisionnement continu des agriculteurs américains. Sans horizon réglementaire stabilisé, le groupe restera exposé à une réversibilité de la mesure.

Un signal pour les exportations marocaines de phosphates

Ce retour intervient à point nommé pour une filière en repli. Au premier semestre 2026, les exportations marocaines de phosphates et dérivés ont reculé de 2,3%, à 45,42 milliards de dirhams — l’un des rares postes en baisse dans une balance commerciale par ailleurs déficitaire. La réouverture du débouché américain, si elle se confirme dans la durée, constituerait un relais de croissance significatif pour l’un des piliers historiques des recettes extérieures du Royaume.

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