AMO : 25 millions de Marocains couverts, mais un régime qui creuse ses déficits

Par LNT
AMO stock

La CNSS affiche des chiffres records pour 2025 : 25,08 millions de bénéficiaires de l’Assurance maladie obligatoire et 22,65 milliards de dirhams de prestations servies. Derrière la progression, un régime continue de dépenser bien plus qu’il n’encaisse.

Le chiffre a de quoi impressionner : deux Marocains sur trois disposent aujourd’hui d’une couverture médicale de base gérée par la Caisse nationale de sécurité sociale. Réuni jeudi à Casablanca sous la présidence de la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, le Conseil d’administration de la CNSS a validé un bilan 2025 en hausse sur presque tous les indicateurs : 25,08 millions de bénéficiaires de l’AMO (+3 % sur un an) et 22,65 milliards de dirhams (MMDH) de prestations versées, soit une progression de 17 %.

Mais la lecture par régime raconte une histoire plus nuancée.

Les non-salariés, le maillon qui coûte

Le régime des travailleurs non salariés (AMO-TNS) compte 1,69 million d’assurés principaux, en hausse de 4 %, pour 2,28 MMDH de prestations, en bond de 24 %. Problème : la Caisse elle-même reconnaît un « déficit structurel ». Le ratio prestations/cotisations y a atteint 157 % en 2025, en hausse de 25 points en un an. Autrement dit, pour chaque dirham encaissé auprès des commerçants, artisans, agriculteurs et professions libérales, le régime en dépense plus de 1,57.

Ce déséquilibre n’est pas une surprise. Dans son rapport publié en 2025, la Cour des comptes pointait déjà un taux de recouvrement de seulement 37 % pour ce régime en 2024, tombant à 22 % chez les agriculteurs et 19,6 % chez les artisans, avec 3,27 millions d’inscrits pour une cible estimée à près de 11 millions de bénéficiaires potentiels. Informalité de l’économie, revenus volatils, faible culture contributive : les causes sont connues, les remèdes plus lents à produire leurs effets. La CNSS indique travailler, avec les départements concernés, au « renforcement de l’adhésion » et à « l’amélioration du recouvrement ».

Tadamon et Achamil, les régimes de la solidarité

À l’autre bout de la chaîne, l’AMO Tadamon, destinée aux populations en situation de vulnérabilité, a couvert 3,95 millions de personnes pour 8,49 MMDH de prestations (+13 %). L’AMO Achamil, elle, connaît la plus forte progression du système : 265 551 assurés principaux, soit +70 % en un an, pour 1,36 MMDH versés. Le régime des salariés, colonne vertébrale du dispositif, dépasse quant à lui 4 millions d’assurés principaux (+5 %) pour 9,22 MMDH de prestations (+12 %).

Le régime général tire l’ensemble

Le reste du bilan est plus confortable. Le nombre de salariés déclarés à la CNSS atteint 4,24 millions (+4 %) et la masse salariale déclarée passe de 222,51 à 244,84 MMDH, soit une hausse de 10 %. Les cotisations dues s’établissent à 36,46 MMDH (+9 %), pour 31,5 MMDH de prestations servies contre 29,7 MMDH un an plus tôt.

Une partie de cette performance vient de la traque à la sous-déclaration. La Caisse revendique 10 411 missions d’inspection et de contrôle en 2025, en hausse de 22 %, ayant permis de régulariser la situation de 151 682 salariés (+24 %) et de faire rentrer dans les radars une masse salariale de 6,6 MMDH, en progression de 63 %. Au total, les actions de recouvrement ont rapporté 5,25 MMDH, contre 4,79 MMDH en 2024.

Deux filiales pour préparer la suite

Au-delà des comptes, le Conseil a arrêté les états financiers, validé le plan d’action et le budget 2026, et pris acte du rapport du Contrôleur d’État. Il a surtout approuvé plusieurs décisions structurantes : le renforcement de la sécurité des systèmes d’information, la création d’une filiale dédiée à l’accélération de la transformation digitale, et la mise en place d’une entité chargée de la gestion des Polycliniques de la CNSS.

Des chantiers qui interviennent alors que la Caisse absorbe progressivement de nouvelles missions dans le cadre de la généralisation de la protection sociale — un transfert de charges dont le Conseil économique, social et environnemental a lui-même souligné les risques financiers.

LNT

Les articles Premium et les archives LNT en accès illimité
 et sans publicité