Des militants écologistes bloquent le trafic automobile sur le pont Jannowitz à Berlin le 20 septembre 2019 © AFP AXEL SCHMIDT

International

Allemagne: Poursuite du bras de fer sur un plan climatique

le 20 septembre 2019


Les partis de la fragile coalition gouvernementale d’Angela Merkel peinaient vendredi à accorder leurs violons sur une vaste stratégie climatique après une nuit entière de négociations et en pleine grève mondiale sur le sujet.

Après déjà des mois d’âpres discussions entre les conservateurs d’Angela Merkel et leur partenaire social-démocrate, un compromis devait être au départ annoncé dans la nuit.

L’enjeu consiste à prendre des mesures pour inciter les Allemands à réduire les émissions polluantes, et permettre au pays, aujourd’hui en retard, d’atteindre ses objectifs de réduction d’émissions polluantes.

Or vendredi matin, après près de 16 heures de négociations marathon au plus haut niveau à la chancellerie, aucune fumée blanche n’était perceptible.

« Au football aussi, il y a parfois des prolongations. Et c’est à ce moment que les buts décisifs sont souvent marqués », a fait savoir le vice-président du groupe parlementaire conservateur Andreas Jung.

Ce compromis doit en principe pour être adopté vendredi en milieu de journée en conseil des ministres, le jour même d’un mouvement mondial de grève pour la défense du climat.

– Pression de l’opinion –

La mobilisation devrait être particulièrement bien suivie dans en Allemagne, où les écologistes ont le vent en poupe et enchaînent les succès électoraux.

A Francfort, des manifestants ont déjà bloqué la circulation en centre-ville, provoquant un embouteillage monstre et des concerts de klaxons, selon la police locale. A Berlin, la principale manifestation doit débuter à 10H00 GMT à l’emblématique Porte de Brandebourg.

Selon le projet d’accord en discussion, des investissements d' »un montant à trois chiffres en milliards d’euros », soit au moins 100 milliards d’euros, sont prévus pour d’ici à 2030.

Mais les négociations achoppaient encore sur le détail des mesures. Et en particulier sur un modèle de tarification des émissions de CO2, où l’essence, le diesel, le gaz de chauffage ou le fioul pourraient être intégrés dans un marché national de certificats et voir leur prix monter, d’environ 11 centimes par exemple pour le litre de diesel.

Question centrale: où fixer le curseur pour à la fois avoir un prix suffisamment élevé afin d’inciter les consommateurs à opter pour les solutions les moins polluantes, mais en même temps ne pas provoquer de levée de bouclier de l’opinion, à l’exemple du mouvement des gilets jaunes en France ?

Il est question dans les discussions de prix plancher et plafond sur ce marché.

Concrètement, la stratégie du gouvernement comprend aussi une panoplie de mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie, le bâtiment, l’agriculture, l’industrie et les transports.

Cela va de la promotion des transports publics et des trains, à l’augmentation du prix des voyages en avion en Allemagne, ou à diverses subventions pour le développement des voitures électriques ou pour des chauffages individuels efficaces et propres.

Parallèlement, il s’agit de mettre un coup d’accélérateur sur le développement d’énergie propre (solaire, éolien ou biomasse), dont la part dans la production d’électricité dans le pays doit monter à 65% en 2030 contre 40% actuellement.

– Gouvernement fragile –

La pression pesant sur le gouvernement Merkel est grande: il doit répondre aux attentes de la mobilisation initiée par les jeunes de FutureforFridays, mouvement crée par l’égérie suédoise Greta Thunberg. Et un accord paraît indispensable à la survie de la coalition elle-même, très fragile depuis sa difficile constitution l’an dernier.

Le ministre social-démocrate des Finances Olaf Scholz a directement lié la poursuite de la coalition, très impopulaire en Allemagne, à l’élaboration d’un « grand projet climatique ».

L’Allemagne a certes décidé en début d’année d’abandonner le charbon d’ici 2038, mais il lui reste à programmer la fermeture de ses mines et centrales. Un chantier d’autant plus délicat qu’elle doit parallèlement achever d’ici 2022 sa sortie du nucléaire, décidée en 2011 après la catastrophe de Fukushima.

Et sa puissante industrie automobile a longtemps privilégié les véhicules essence ou diesel avant de prendre sur le tard le virage de l’électrique.

Résultat: le pays qui s’était engagé à réduire les émissions de CO2 de 40% comparé à 1990, n’aura atteint qu’un tiers. En 2030, il vise une réduction de 55%.

LNT avec Afp