Politique

Al Hoceima, Zefzafi et la Banque Mondiale

le 19 mai 2017


La manifestation qui s’est déroulée jeudi soir dans les rues et boulevards d’Al Hoceima, à l’appel du mouvement contestataire HIRAK et de son leader Nasser Zefzafi, a connu un succès que ne sauraient diminuer les polémiques sur le nombre de personnes qui y ont participé.

Qu’ils aient été 3500 ou 50 000, l’important est de noter que la marche, totalement pacifique, bien encadrée et bien organisée, a constitué une réponse claire et non équivoque aux déclarations gouvernementales et au communiqué des six partis constituant la coalition majoritaire.

Les habitants d’Al Hoceima ont exprimé leur choix et donné leur réponse à ceux qui les accusaient de séparatisme et de régionalisme, en choisissant leur camp, celui de ceux qui protestent contre le sous-développement de leur région, son enclavement, l’absence d’infrastructures sociales, la présence massive de forces sécuritaires, l’indifférence des pouvoirs publics face au manque de projets d’investissements, d’infrastructures éducatives, hospitalières, etc.

Certes, c’est à partir de « l’affaire Mohcine Fikri » que le mécontentement des habitants d’ Al Hoceima, de Nador et de leurs environs, a commencé à s’exprimer, mais s’il a pu se prolonger dans le temps, réunir de plus en plus de participants, c’est parce que « la coupe était pleine » depuis longtemps !

Cette permanence de la contestation, sa vigueur, la nature des revendications expriment, quoi qu’en disent les officiels et les pouvoirs publics, un malaise profond dans le Rif, qui, effectivement, pourrait servir les desseins inavoués de certains milieux et groupuscules, mais l’important ne se situe pas vraiment à ce niveau.

Les manifestants d’Al Hoceima ne sont pas des séparatistes et ne remettent pas en cause le système institutionnel.
Ils veulent une vie meilleure, de l’emploi, des hôpitaux et des écoles, toutes revendications qui s’expriment ailleurs dans le Royaume, mais, sans doute, avec moins d’insistance…

Les attitudes figées, la tentation répressive, les qualifications abusives, le suivisme des partis majoritaires, tout cela pourrait entraîner une radicalisation du mouvement, ce qui serait porteur de développements non maitrisables et extrêmes !

La maturité des forces de l’ordre et de leur hiérarchie, qui ont adopté une attitude responsable lors de la manifestation du jeudi 18 mai en restant « l’arme au pied », est incontestablement le signe que « Rabat a compris le message ».

Il convient donc d’aller plus loin et plus vite en menant avec les responsables du mouvement Hirak des discussions et un dialogue constructif.

En effet, il est très clair désormais que les manifestants d’Al Hoceima ne se reconnaissent pas dans les élus et les partis politiques qui, dans ce Nord du Royaume, ont brillé par leur passivité !

Le malaise social qui s’exprime en cette région n’est pas différent de celui que vivent des millions d’autres Marocains dans le pays.
La réponse doit donc être aussi claire que constructive et ni la stigmatisation, ni la répression ne calmeront la colère et les revendications légitimes.
Le climat social est délétère au Maroc aujourd’hui et cela devrait préoccuper plus fortement les autorités et les responsables publics et politiques.

Zefzafi et les siens, ce n’est rien d’autre que la matérialisation sur le terrain des constats du Rapport de la Banque Mondiale qui vient d’être rendu public !!!

Alors, de grâce, plus de temps à perdre car la tension est réelle, aussi forte que sont graves les problèmes sociaux et la situation économique actuels.
L’Etat doit réagir en comptant sur la société civile et ses forces vives, réellement représentatives de la volonté populaire, avant qu’il ne soit trop tard, à Nador, Al Hoceima ou ailleurs !!!

Fahd YATA